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Thèse juliana Carvalho Teixeira – jury – 2p – 04.02.2018 – FSM

Thèse Juliana Carvalho Miranda Teixeira

Monsieur Gustavo Massiah, économiste, membre du Conseil international du FSM depuis ses débuts, est invité comme témoin qualifié à prendre la parole.

Il souligne le travail considérable mené par Juliana et sa volonté de mener de front un travail théorique sur les concepts et une prise en compte de l’évolution des FSM.

Il souligne l’intérêt, qui a bien été souligné dans la thèse, de situer les forums sociaux mondiaux comme une phase du mouvement altermondialiste qui commence dès la fin des années 1970 en réponse à la phase néolibérale de la mondialisation capitaliste. La première phase du mouvement altermondialiste a concerné les luttes, surtout dans les pays du Sud, contre les programmes d’ajustement structurels et la crise de la dette. La deuxième phase, après la chute du mur de Berlin, a concerné la réponse à la recherche par les forces dominantes du capitalisme financier d’un nouveau système institutionnel international, marginalisant les Nations Unies au profit du FMI, de la Banque Mondiale et surtout de l’OMC. La troisième phase, celle des forums sociaux mondiaux (FSM), correspond à l’affirmation de l’altermondialisation, « un autre monde possible ».

La question posée est celle du passage à une nouvelle phase de l’altermondialisme, après l’apogée de la troisième phase au FSM de Belém en 2009 qui avait répondu à la crise financière de 2008. La séquence de 2011 à 2013 ouvre une situation nouvelle. Les mouvements insurrectionnels de 2011 interpellent les FSM. Ils sont en continuité avec les FSM mais ne se situent pas dans les FSM. La contre révolution dès 2013 met en place une évolution vers un néolibéralisme autoritaire et guerrier et réaffirme la prééminence du Forum Economique Mondial de Davos. Cette situation s’appuie sur la montée d’une idéologie qui conteste la référence aux droits fondamentaux et met en avant les racismes, les xénophobies et le sécuritaire. Dans cette situation, la bataille pour l’hégémonie culturelle mise en avant par Gramsci prend toute son importance. Cette nécessité est bien soulignée dans la thèse.

Juliana Carvalho Miranda Teixeira attache une grande importance dans sa thèse au débat théorique. Elle reconnaît la nécessité d’actualiser le marxisme avec créativité, sans oublier ou reléguer toutes les catégories défavorisées du système. Elle conteste toutefois la proposition qu’elle nomme « négriste » de la multitude comme classe globale et représentation du mouvement altermondialiste. Elle estime que la nature abstraite du tout et de la représentation du sujet collectif des luttes risque d’affaiblir les représentations par rapport à une figure de la subjectivité révolutionnaire.

La thèse oppose le prolétariat à la multitude. Mais, il ne s’agit pas d’un simple rappel aux références historiques. Elle développe à plusieurs reprises la nécessité de prendre en compte, dans l’exploitation, les dimensions de la domination et de l’humiliation. Elle insiste sur le fait que le prolétariat ne se restreint pas à la figure du salarié, encore moins de l’ouvrier d’industrie. La discussion sur les catégories et les classes sociales s’enrichit par la prise en compte de la lutte des classes.

La thèse, sans l’approfondir, souligne que la question que rencontrent Les Forums   sociaux mondiaux est celle de la stratégie. Elle cite Daniel Bensaid « Porto Alegre ne suffit pas à refonder une stratégie politique ». Dans la stratégie, il y a la question de l’urgence et des résistances. Il y a aussi la question du projet et des alternatives. C’est la discussion sur le dépassement du capitalisme et de la transition. C’est aussi la question des bases sociales et des alliances. La spécificité des forums sociaux mondiaux c’est de constituer un espace de convergence des mouvements sociaux et citoyens et de confronter la dimension internationale des stratégies des mouvements.

Juliana Carvalho Miranda Teixeira a refusé la facilité, elle a choisi d’aborder de front le débat théorique et la dynamique des mouvements. La discussion sur les concepts est nécessaire pour les mouvements. Dans le débat théorique, les concepts ne s’imposent pas par eux-mêmes, ils prennent leur sens par les mouvements qui s’en saisissent.

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