Articles et interventions

Palestine – l’action de l’AIC, Alternative information center – 2p – 29.10.2013 – Moyen Orient, Palestine

Palestine
Action de l’AIC

Gustave Massiah
Membre fondateur du CEDETIM/IPAM
29-10-2013

Merci à l’Alternative Information Center, à l’AIC, pour son message d’espoir.

Depuis trente ans, l’AIC s’interdit le désespoir et nous délivre un message d’espoir. L’AIC est à la fois un symbole et une réalité. C’est le symbole de la résistance et du refus de l’inacceptable. C’est la réalité de ceux qui unissent leurs efforts pour démontrer que deux peuples peuvent vivre ensemble dans le respect des droits de chacun, des droits individuels et des droits collectifs.

L’AIC est la preuve que l’engagement permet de dépasser les situations impossibles. Il est la première indication qu’il existe un chemin et que ce chemin est possible. Peut-on préfigurer une réalité possible : la rencontre entre deux peuples à partir de l’engagement pour la justice, la paix et la solidarité. C’est dans ce combat commun que se construit l’avenir et que tout devient possible. Ce chemin n’est pas facile, c’est dans sa difficulté que se construisent les possibles.

Le courage et l’honneur c’est de se lever et de dire non à l’inacceptable, quel que soit le risque, même et surtout si on est minoritaire. Parler dans le désert est une image qui peut se révéler fausse. Les déserts sont souvent plus peuplés qu’on ne croît, même si les présences sont peu visibles. On parle aussi pour ceux qui ne sont pas là, pour ceux qui viendront.

L’action de l’AIC nous parle très fortement en France. Elle nous parle de la ségrégation des quartiers populaires où vit le précariat cette nouvelle classe dangereuse reliée à l’évolution du monde. Elle nous parle de la montée du racisme et de la xénophobie dans les sociétés européenne. Elle nous parle des migrants et de l’apartheid social. Elle nous parle de l’islamophobie qui est la forme actuelle de l’antisémitisme dans la société française. Elle nous rappelle que toutes ces questions, même si elles ne s’y résument pas, ne peuvent pas être comprises en dehors de l’héritage de la colonisation.

L’AIC construit la fraternité entre tous ceux qui luttent pour leur émancipation. La fraternité des palestiniens qui luttent pour leur libération et des israéliens qui luttent parce qu’ils savent qu’un peuple qui colonise un autre n’est pas un peuple libre. Ils comprennent la très belle phrase d’Aimé Césaire, dans le Discours sur le colonialisme : « la colonisation avilit le colonisateur, elle fait monter la barbarie dans les civilisations ».

L’AIC parle à partir d’une situation, celle du peuple palestinien. Cette situation est caractérisée par la guerre, la colonisation et l’apartheid. Le peuple palestinien n’a toujours pas un Etat dans des frontières sûres et reconnues. Aucun progrès n’est réalisé sur les trois questions fondamentales des colonies, des réfugiés et de Jérusalem.  Le gouvernement israélien, avec arrogance et cynisme, accentue la répression et les provocations. Il est soutenu sans faille par les Etats Unis et l’Union Européenne.

L’AIC à partir de cette situation, à partir du peuple palestinien, élargit son action à la compréhension du monde. Elle met en évidence les questions stratégiques de la situation mondiale. D’abord celle de la décolonisation inachevée dont la Palestine est l’exemple le plus emblématique. La première phase de la décolonisation, celle de l’indépendance des Etats a été remise en cause d’une part par une stratégie de recolonisation, à partir de la dette, de l’ajustement structurel et des guerres et, d’autre part, par la coupure entre les élites de la libération nationale et les peuples sur les libertés et la souveraineté populaire. Ensuite, celle de la dimension géopolitique de la crise globale. Le Moyen Orient est marqué par la contradiction entre le nouveau cycle de luttes et de révolutions d’une part et les manipulations et les interventions de l’autre.  Enfin, celle du droit international et des Nations Unies qui sont minés par le « deux poids, deux mesures ». Comment peut s’affirmer un droit international si certains peuvent bénéficier d’une impunité totale.

L’AIC parle depuis le cœur de l’arc des crises. Il a participé à la création de Alterinter, un réseau qui est inscrit dans le processus des forums sociaux mondiaux et qui regroupe des associations dans des pays dont les peuples refusent de renoncer à la lutte et à l’espoir d’une rupture, celle pour une transition sociale, écologique, démocratique. Une rupture qui s’inscrit dans une nouvelle phase de la décolonisation. Cette nouvelle phase devra commencer par la solution des questions non réglées de la phase précédente, particulièrement la libération du peuple palestinien.

L’AIC nous offre la plus belle illustration de cette recommandation que mettait en avant Gramcsi « savoir allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté ». Nous sommes fiers d’avoir de si magnifiques compagnons de lutte.

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