L’idéologie managériale
Gustave Massiah
16 juin 2023
Le néolibéralisme est toujours dominant. Il règne sans partage, et pourtant il est en crise, avec ses guerres, ses régimes autoritaires voire dictatoriaux, l’explosion des inégalités et des discriminations. Une situation qui par certains côtés rappelle celle des années 1930 ; une crise sociale, démocratique et de plus, écologique. Pour imposer son pouvoir la classe dominante applique sa stratégie : marchandisation, privatisation, financiarisation. Elle met en œuvre l’hégémonie culturelle, théorisée par Gramsci. Elle martèle des idées simples : le marché, synonyme du capitalisme, c’est la démocratie et les libertés. Le privé est toujours supérieur et préférable au public. La liberté est individuelle, le collectif est liberticide. Le profit est légitime et le progrès résulte de l’action des plus forts. L’égalité c’est l’atteinte aux libertés, les inégalités sont naturelles
C’est l’idéologie managériale. Gérer et diriger en suivant les arbitrages du marché capitaliste. Utiliser la violence contre celles et ceux qui s’y opposent. Cette théorie a été expérimentée sous la dictature de Pinochet, au Chili, en 1973. Elle a été imposée par des institutions : la Banque Mondiale, le FMI (Fond Monétaire International), l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Elle a mis en scène, au Forum de Davos, l’alliance dirigeante entre les financiers et les politiques.
Les néolibéraux ont conquis les facultés d’économie et les grandes écoles, marginalisant les keynésiens et les marxistes. L’économie est réduite à la managérisation et à la financiarisation. Les acteurs principaux sont les grandes banques internationales et les entreprises multinationales qui contrôlent les nouveaux outils et l’explosion du numérique.
L’idéologie managériale et la gestion capitaliste dominent la pensée économique et l’idéologie. C’est une nouvelle rationalité. Après les universités, le contrôle des médias a été mené tambour battant. Il s’est étendu à internet et aux réseaux sociaux. Le contrôle de l’économie s’est organisé autour des MBA, des Masters of Business Administration. Les MBA sont les permanents politiques du capitalisme néolibéral managérial. Ils sont des centaines de millions dans le monde qui sont persuadés de la vérité scientifique du capitalisme managérial. Manager, c’est contrôler les salariés, les faire travailler plus, les payer moins, augmenter les profits. Les associations, les coopératives, les services publics, les administrations doivent s’aligner sur ces règles.
Cette nouvelle ligne, dominante dans les entreprises et dans les sociétés, se heurte à de nouvelles limites. La souffrance au travail, le désintérêt pour les nouvelles finalités, l’explosion des inégalités. De nouvelles contradictions s’aiguisent. L’écologie, la santé, l’éducation démontrent les limites du capitalisme néolibéral. La bataille sur les retraites a rappelé la question du temps de travail. Les mouvements sociaux sont porteurs de nouvelles formes de luttes. Les luttes sociales, ouvrières et paysannes, mais aussi les luttes féministes, antiracistes, des migrants, des peuples autochtones, pour le droit au logement et à la santé. L’extrême droite monte, profitant notamment de la crise de l’utopie socialiste, mais rien n’est joué !
