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Situation en France en 2002 – Notes – 7p -20.08.2002 – Europe, situation

Situation France 2002

Gustave Massiah
20-08-2002

Dans cette nouvelle situation, nous devons changer nos manières de voir, nos habitudes de penser et nos façons de faire.

La situation en France n’est pas unique, montée des populismes européens, Bush, intégrismes divers

Des interrogations fondamentales

L’accumulation d’événements majeurs au cours des dix dernières années laisse penser que nous sommes dans une période de crise. Une crise ne sépare pas forcément deux périodes favorables ; elle ouvre une transition et des incertitudes. Plusieurs sorties sont possibles et l’issue de cette transition dépend de la confrontation des projets et des stratégies, elle dépend des affrontements et des luttes, elle dépend de nos engagements et de notre capacité à être à la hauteur des enjeux.

Pour tenir compte de ce qui est nouveau sans se laisser ballotter par les événements et pour inscrire nos actions dans une perspective, la reconstruction du politique s’impose comme une priorité. L’analyse de la situation doit nous amener à une interrogation sur nos démarches et nos méthodes. Ce détour est d’autant plus nécessaire qu’une nouvelle génération est en train de construire, à travers ses engagements, sa culture politique. Pour y contribuer, il n’est pas inutile, afin qu’elle puisse en tenir compte, de rendre explicites les leçons que nous tirons de notre culture politique.

Réaffirmer et préciser les objectifs, l’inacceptable ce sont les inégalités, les discriminations, le racisme et la xénophobie, l’exploitation et l’oppression, l’absence de libertés, le mépris des générations futures ; et la conviction qu’un autre monde meilleur est possible, si on lutte et si on s’engage mais qu’il ne se construira pas sans ruptures et sans luttes.

Dans les événements, apprécier les tendances et les changements, penser l’incertitude ; caractériser la période. Aller chercher dans le passé les éléments pour comprendre dans le présent ce qui est important pour préparer l’avenir

Définir une stratégie dans l’espace et dans le temps ; articuler le long, le moyen et le court terme ; articuler le local, le national, le régional et le mondial ; articuler l’économique et le social, le politique et l’institutionnel, l’idéologique, le culturel et le symbolique ; définir les politiques en situation ; le rapport entre le projet et les alliances sociales, entre les valeurs de référence, les programmes et les propositions ;  le rapport entre les résistances, la construction des alternatives et les mesures à gagner en situation.

Dans quelle période sommes-nous ?

Nous vivons une période de grands bouleversements. L’effondrement du bloc soviétique, définitif en 1989, accentue la crise de l’utopie socialiste ; alors même que la critique du soviétisme avait montré la différence entre ce système et la conception du socialisme. Le nouveau système impérial se construit à travers les nouvelles guerres, l’instrumentation du système des Nations Unies, le contrôle renforcé des institutions financières et commerciales, l’unilatéralisme américain et le cantonnement de l’Europe. Les mouvements sociaux de 1994 et 1995 ouvrent la crise de l’utopie libérale ; de Seattle à Porto Alegre, le mouvement citoyen mondial s’affirme, passe des résistances à la mise en avant des alternatives. L’idée qu’Un autre monde est possible renoue avec une volonté d’émancipation. Les attentats du onze septembre 2001 s’inscrivent dans la montée en puissance des utopies identitaires et régressives ; les intégrismes de toute sorte dans le monde se combinent avec la montée des populismes et des droites extrêmes en Amérique du Nord et en Europe.

Nous vivons une période d’incertitudes. Les opportunités sont réelles et les dangers sont immenses. Les contradictions s’aiguisent. Nous devons être capables de penser dans le même mouvement : Bush et la radicalisation de la droite américaine ainsi que Seattle ; le onze septembre 2001 ainsi que le Forum Social Mondial de Porto Alegre ; les mouvements sociaux européens depuis 1995 ainsi que la montée des populismes d’extrême droite ; la présence de Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles en France ainsi que la mobilisation pour le refus du racisme et de la xénophobie.

Comment caractériser la situation ?

Pour caractériser la situation en France, il faut tenir compte de son inscription dans une situation plus large et des spécificités de la société française. Les deux caractéristiques essentielles de la nouvelle période peuvent être résumées par la nature de l’étape actuelle de la mondialisation et par le discrédit du politique.

La mondialisation est un processus contradictoire. Ce n’est pas un phénomène nouveau, il caractérise le capitalisme dès le départ.

La mondialisation néolibérale accentue de manière fantastique l’insécurité et le sentiment d’insécurité. Insécurité sociale qui résulte de la remise en cause du salariat, de la précarisation de l’emploi, de la destruction des systèmes de protection sociale, de la montée des inégalités. Insécurité culturelle qui naît des mécanismes d’exclusion, des délires des purifications ethniques, de la montée du racisme et de la xénophobie, du rôle structurel des discriminations dans la ségrégation sociale. Insécurité fondamentale qui naît des dangers pour la survie de la planète et de l’espèce humaine, de la réalité des risques majeurs de l’écosystème, des manipulations génétiques incontrôlées, de l’arrogance d’une modernité scientiste qui exclut une part croissante de la population mondiale. Insécurité politique qui résulte de l’incapacité ressentie de maîtriser l’évolution des sociétés, de la primauté de la gestion des situations sur la transformation en profondeur des réalités, du désaveu général des élites, du recul dans le règlement pacifique des conflits, de la violence dans la reproduction des formes de domination et dans la nature des pouvoirs.

L’évolution du politique

L’évolution du politique ne se réduit pas à l’évolution des partis et des échéances électorales. Le désaveu du politique est plus profond que la déception provoquée par les pratiques de pouvoir et que la désillusion par rapport aux programmes proposés par les partis qui représentent les grands courants d’opinion. Le politique fondé sur les pratiques sociales et locales, les mouvements sociaux et citoyens, les engagements individuels n’a pas faibli.

La bataille sociale et culturelle
La bataille idéologique
La bataille institutionnelle
La bataille politique
Les partis
Reconstruire la gauche
Les mouvements
Les espaces politiques de l’invention d’un nouveau projet

Se traduit par un doute et un mal être, la peur de l’avenir

L’Humanité a peur pour son avenir, les risques sont devenus majeurs
Le politique de tous les jours apparaît impuissant et les mesures dérisoires.

Une utopie identitaire et régressive qui émerge. La crise de l’utopie socialiste née de l’impasse du soviétisme. La crise de l’utopie libérale née de l’échec de la mondialisation. Une utopie émancipatrice nouvelle reste à inventer : le dépassement du capitalisme et des inégalités sociales ; une démocratie nouvelle

La reconstruction de la gauche.
Gauche de la gauche, une gauche plus à gauche
Un mouvement politique de masse
Cad, l’espace politique qui à partir des mouvements sociaux et culturels définira les nouvelles valeurs et les programmes d’une émancipation 

Elaborer
Mobiliser
Représenter
Proposer

La présence de Le Pen au deuxième tour de la campagne présidentielle n’est pas anecdotique. Elle conforte, auprès d’une partie de l’opinion, la banalisation de ses thèses et de ses opinions. Elle lui permet aussi de prendre une option sur le débat idéologique, d’imposer les questions à traiter et la manière de les traiter. Pour apprécier ce que représente cet agenda et la manière dont est engagée la bataille idéologique, nous pouvons partir des cinq référendums proposés par Le Pen. Le premier référendum proposerait le rétablissement de la peine de mort dans la lutte contre l’insécurité et le terrorisme. Le second référendum proposerait de fonder sur la famille le redressement moral en interdisant l’avortement, en revenant sur les PACS et en valorisant, par le salaire familial, le rôle traditionnel de la femme. Le troisième référendum proposerait de s’attaquer à l’immigration, de revenir sur la conception de la nationalité et de la citoyenneté en la fondant sur le droit du sang plus que sur le droit du sol, de remettre en cause des naturalisations en insistant sur les devoirs par rapport aux droits, d’organiser des départs massifs d’étrangers. Le quatrième référendum proposerait de sortir de l’Europe en subordonnant la souveraineté nationale à une conception nationaliste étroite. Le cinquième référendum proposerait de renforcer une conception de l’Etat autoritaire assumant sans mauvaise conscience son caractère répressif. 

Voici donc le programme du populisme d’extrême droite. Même si on peut estimer que moins de 20 % des électeurs en France font le lien entre les cinq domaines et adhèrent à un programme fascisant cohérent, il faut admettre que sur chacun de ces points, des opinions plus larges peuvent se retrouver. Il faut donc veiller à ne pas être embarqué dans un saucissonnage consistant à persuader, question par question, de la cohérence et de la nécessité d’une idéologie régressive. C’est pourquoi il n’est pas acceptable de considérer qu’il s’agit des bonnes questions même si les réponses sont mauvaises. Bien sûr, il ne suffit pas de ne pas répondre à ces questions, il faut bien arriver à y répondre. Mais il faut aussi se demander pourquoi ce sont ces questions qui sont posées et de cette manière, impliquant une réponse inacceptable. Il y a beaucoup d’autres questions au moins aussi importantes, comme, par exemple, les inégalités, les exclusions, les discriminations, l’absence de libertés. Accepter de ne pas les prendre en compte dans le débat c’est accepter déjà le champ des réponses. C’est pourquoi, dans la bataille des idées, gagner par rapport à l’opinion la possibilité de définir les questions et la manière de les poser est une étape fondamentale. La question n’est pas secondaire. D’autant que la stratégie de l’extrême droite est de forcer la droite à s’aligner sur ses positions.

Les conséquences pour la droite

Et notre propre agenda ?

Pourquoi le PS a échoué
Sa pratique
Son ralliement au libéralisme
Sa tactique
Impasse sur les exclus
Résignation devant la crise

Social démocratie a-t-elle un avenir ?

Le social libéralisme
Et Blair

Et plus radical ? 

Gauche de gouvernement et gauche de contestation 

Les mouvements :

Le mouvement social
ATTAC,
Ras le Front
CRID
LDH
Les comités locaux 

Institutionnel
Extrême droite et droite extrême

Élitisme et désaveu des couches populaires

La peur ou l’espoir
Gauche culturelle et citoyenne
Occupation du pouvoir d’Etat n’a qu’un intérêt relatif

Démocratie avec participation
Sens et appartenance

Penser l’incertitude

Social
Culturel
Géopolitique

Pourquoi la gauche plurielle a échoué ? Au delà des raisons tactiques et de conjoncture, il y a des raisons plus fondamentales.
La première rupture a eu lieu avec les mobilisations des sans-papiers. Le refus et sa forme ont été pour une part non négligeable un divorce profond sur les valeurs et la morale.
Non que les propositions et les réalisations de la gauche aient été négligeables. Les 35 heures, le RMI, la CMU, la réduction du chômage
Mais voilà, condescendance, on fait ce qu’on peut, changer la société par le haut

Ce n’est pas seulement une question de style ! les conséquences sur les réformes suivent. Par exemple, pour les 35 heures, cette mesure a surtout profité aux cadres, les employés ont perdu en revenu avec la remise en cause des heures supplémentaires. Les relations de travail se sont tendues dans les petites entreprises. L’inertie du PS le tire  vers les couches moyennes. Non que la question des alliances soit secondaire, mais elle ne peut pas se traduire par la division des couches populaires, de l’élitisme. Est-ce à dire qu’il suffirait que le PS soit plus à gauche pour que ça puisse marcher ? Ce n’est pas du tout sûr. Les élections auraient pu être moins catastrophique mais la question n’est pas vraiment là. 

Il y a une rupture entre les bases sociales et le projet de transformation sociale. Le projet social-démocrate n’est plus une position stable. C’est sur la question de l’exclusion, des discriminations, des inégalités que se fait la différence. Il y a une question de conception. Entre une société avec moins d’exclusions et une société sans exclusion. La conversion au libéralisme et l’intériorisation des contraintes découlent de l’idée qu’une société sans exclusion n’est pas envisageable dans un avenir prévisible. Evidemment, une position purement volontariste ne suffit pas. Il ne suffit pas de vouloir une autre société pour qu’elle se réalise.

Si le projet social-démocrate n’est pas une position stable, dans la version que nous avons vécue, quelles sont les positions stables. Deux projets, compatibles avec le cadre existant de l’économie mondiale sont candidats. Un projet néo-libéral qui paraît de plus en plus comme un projet plus conservateur et autoritaire que libéral. Il est très bien représenté par la politique économique et sociale de Bush aux Etats-Unis. La référence au marché paraît alors comme une référence pour faire passer des politiques autoritaires et répressives correspondant aux alliances de classes recherchées. Le projet social-libéral n’est pas de même nature. Il partage la priorité à l’efficacité et aux politiques de croissance attribuées au marché. Il prend acte et adhère à l’ajustement au marché et des contraintes internationales et propose une alliance de classes et des politiques économiques et sociales compatibles. Il redéfinit le rôle de l’Etat et la conception des services publics fondés sur les filets sociaux et des politiques spécialisées pour les pauvres. C’était la politique Clinton, c’est plus directement la politique de Blair.

Une position néo keynésienne

Cet échec de la social-démocratie remet en question les politiques de l’extrême gauche fondées sur le débordement. Elle interroge aussi la division du travail entre gauche de gouvernement et gauche de contestation. La nouvelle distinction portera moins sur le fait que la gauche de gouvernement ne va pas assez loin mais sur la définition d’un projet alternatif. La division entre gauche réformiste et révolutionnaire ne porte pas aujourd’hui sur le refus d’être conséquent et de ne pas décevoir les masses.

Comment alors réfléchir à une recomposition d’une nouvelle gauche. Certains estimeront qu’il faut donner la priorité à la construction d’une gauche plus à gauche, moins libérale et plus attentive aux intérêts des couches populaires et à l’alliance entre les salariés et les exclus. D’autres considéreront que la priorité est de construire une gauche de la gauche capable de peser sur l’évolution. Pour ma part, et sans que cela soit antagonique avec les deux autres approches, je donnerai la priorité à la construction de nouvelles modalités du rapport entre le mouvement social et le politique. Je me référerai donc plus volontiers à la conception que Gramsci avait de la construction d’un mouvement politique de masse. Prenons pour exemple le rôle que pendant l’affaire Dreyfus, le mouvement qui devait donner naissance à la Ligue des Droits de l’Homme, a joué en mettant les droits de l’Homme au centre du débat politique et en permettant à l’opinion de se saisir de ce débat politique. De même, dans les années trente, après la montée électorale de l’extrême droite et la tentative de coup d’Etat de 1934, ceux qui ont amené les partis politiques divisés et réticents à mettre en avant un programme social commun, et notamment la LDH, ont permis la victoire du Front Populaire.

Il s’agit donc de s’interroger sur les espaces politiques qui en France contribuent au renouvellement du débat et des pratiques politiques. Citons notamment les syndicats et les mouvements sociaux confrontés à la remise en cause du salariat comme statu social et à la montée de la précarisation ; la Confédération Paysanne qui repose la question de la nature du progrès porté par la mondialisation, des risques majeurs d’une recherche scientifique orientée par le profit et qui réinvente les formes de lutte de la non-violence active ; les mouvements de contestation des formes dominantes des politiques et du système international, comme ATTAC, qui pose la question de la mondialisation, de la redistribution et des paradis fiscaux ; du large mouvement de solidarité internationale, comme le CRID, qui pose la question de la solidarité internationale comme valeur et comme stratégie et qui propose le partenariat entre sociétés ; les associations de défense des droits de l’Homme, comme la Ligue des Droits de l’Homme, qui ont toujours porté la défense des droits par les citoyens et qui élargissent leur combat aux droits économiques, sociaux et culturels. Citons aussi le mouvement de lutte contre l’extrême droite, comme Ras le Front, qui pose la question des formes de résistance au racisme, la xénophobie. Il y a d’autres mouvements qui jouent un rôle mouvements locaux.

Elles participeront aux mobilisations contre le racisme, la xénophobie, les discriminations et les inégalités sociales et travailleront avec tous les mouvements qui contribueront à la recomposition des valeurs d’émancipation et des programmes alternatifs. Citons notamment le CRID avec la solidarité internationale ; ATTAC avec la prise en compte de la mondialisation ; la LDH, la FIDH et Amnesty avec la défense des droits ; le mouvement syndical et la Confédération Paysanne ; les mouvements de lutte contre l’exclusion comme le DAL, AC ! et Droits Devants ; le mouvement des collectifs citoyens locaux pour la démocratie locale ; le GISTI et les associations de l’immigration pour la défense des droits des immigrés ; Ras le Front pour la lutte contre le fascisme ; et.

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