Articles et interventions

FAL, France Amérique Latine, Adelante – 8p – 10.02.2010 – Solidarité, Amérique

France - amérique latine
Adelante

Gustave Massiah
10-02-2010

 

En quelques années, France Amérique Latine a occupé une place particulière et importante dans le mouvement de solidarité internationale en France. Elle apporte au CRID de grands enseignements notamment sur la place des grandes régions dans la solidarité et sur la solidarité entre des mouvements à l’échelle des grandes régions.

France Amérique Latine conçoit la solidarité au niveau d’une grande région. C’est pour le CRID une nécessité de penser le partenariat au niveau régional et sa place dans l’articulation entre les niveaux de solidarité. Deux questions s’imposent alors, la nécessité de tenir compte de la dimension géopolitique de la crise et de penser la solidarité entre l’Amérique Latine et l’Europe.

Chacune des régions du monde répond de manière spécifique à la crise globale, économique et sociale, écologique, démocratique et géopolitique. La réponse de l’Amérique latine correspond à l’émergence d’un mouvement continental « civique ». La période des dictatures et la « décennie perdue » des années 80 ne sont pas si loin avec l’hyperinflation dévastatrice, les déstructurations sociales et les instabilités politiques. L’évolution de l’Amérique Latine permet de réfléchir sur les évolutions possibles et sur les facteurs de cohérence et de contagion à l’échelle des grandes Régions. L’Amérique Latine met aujourd’hui en avant l’importance des marchés régionaux et leur rôle comme une des contre-tendances possibles au marché mondial, à travers le refus de l’ALCA et l’expérience de l’ALBA. La région revendique des rapports équilibrés et novateurs en matière d’échanges économiques et politiques, notamment avec l’Europe.

L’Amérique Latine est confrontée aux inégalités sociales et porte une attention particulière à la dimension écologique. L’écologie au centre des débats sur le développement en Amérique Latine est traitée comme une question mondiale comme on a pu le voir à Belém en Amazonie, et à Cochabamba dans le sommet sur la justice climatique. L’Amérique Latine reste aussi le continent des inégalités. Ces inégalités se traduisent par l’explosion des violences et mettent en danger la démocratisation qui avait fait reculer les régimes dictatoriaux.

France Amérique Latine donne la priorité aux rapports entre les mouvements sociaux. Nous avons beaucoup à apprendre de la vigueur des mouvements en Amérique Latine, de leur conception de la transformation sociale et du rapport entre le social et le politique. Cette priorité se retrouve dans les Forums sociaux mondiaux et régionaux qui sont une des formes privilégiées de l’investissement du CRID.

L’Amérique Latine connaît un développement remarquable de la société civile qui contribue à la vitalité économique, sociale et politique du continent. Ce mouvement, présente des caractéristiques communes. Il s’agit en fait d’un front social dans lequel on retrouve des articulations entre les mouvements paysans, les syndicats de travailleurs, les mouvements écologistes, les mouvements des femmes, les mouvements des habitants, les mouvements des peuples indigènes et noirs, les mouvements de l’économie sociale et solidaire. La question des migrations et notamment du refus des politiques migratoires des Etats-Unis et de l’Europe sont aussi déterminantes. L’innovation porte aussi sur les rapports entre les mouvements civiques et le politique. Sous des formes très diverses, de nombreux régimes affirment une volonté de réformes sociales et affichent des liens étroits avec certains secteurs de ces nouveaux mouvements.

France Amérique Latine a joué un rôle direct dans les rapports entre les mouvements sociaux et citoyens en Amérique Latine et en Europe et a permis au CRID d’y être présent. En parallèle à la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe et d’ALC, à Madrid en mai 2010, la rencontre bi-régionale « Enlazando Alternativas» a été conçue comme un Sommet des Peuples des deux continents. Elle a regroupé les mouvements sociaux où se rejoignent des communautés indigènes, les organisations paysannes, des syndicalistes, des organisations d'immigrés, des jeunes, des femmes, des communautés issues de l'immigration africaine, des défenseurs de l'environnement, des défenseurs des droits humains, des associations de solidarité internationale.

Quelques réflexions sur l’Amérique latine

Gustave Massiah
Octobre 2010

Ces quelques réflexions sur l’Amérique Latine sont issues des questions que France Amérique Latine a apporté dans son action de solidarité internationale.

En quelques années, France Amérique Latine a occupé une place particulière et importante dans le mouvement de solidarité internationale en France. Elle apporte au CRID de grands enseignements notamment sur la place des grandes régions dans la solidarité et sur la solidarité entre des mouvements à l’échelle des grandes régions.

France Amérique Latine conçoit la solidarité au niveau d’une grande région. C’est pour le CRID une nécessité de penser le partenariat au niveau régional et sa place dans l’articulation entre les niveaux de solidarité. Deux questions s’imposent alors, la nécessité de tenir compte de la dimension géopolitique de la crise et de penser la solidarité entre l’Amérique Latine et l’Europe.

France Amérique Latine donne la priorité aux rapports entre les mouvements sociaux. Nous avons beaucoup à apprendre de la vigueur des mouvements en Amérique Latine, de leur conception de la transformation sociale et du rapport entre le social et le politique. Cette priorité se retrouve dans les Forums sociaux mondiaux et régionaux qui sont une des formes privilégiées de l’investissement du CRID.

France Amérique Latine a joué un  rôle direct dans les rapports entre les mouvements sociaux et citoyens en Amérique Latine et en Europe et a permis au CRID d’y être présent.

L’échelle de l’Amérique Latine

L’échelle de grandes régions joue un rôle spécifique dans l’organisation du monde et dans la solidarité. La place des régions peut modifier les règles du marché mondial et le cadre géopolitique ouvrant ainsi une possible réorganisation de la mondialisation. Chacune des régions du monde répond de manière spécifique à la crise globale, économique et sociale, écologique, démocratique et géopolitique. Dans la réponse à la crise de l’hégémonie des Etats-Unis, les deux réponses les plus innovantes viennent d’Asie et d’Amérique Latine. En Asie du Sud, notamment en Chine et en Inde, la réponse se fait par la compétition économique. Il ne s’agit pas d’une réponse antilibérale, mais elle est anti-hégémonique. La réponse de l’Amérique latine correspond à l’émergence d’un mouvement continental « civique ».

La région devient, en tant qu’espace géoculturel, une échelle pertinente des évolutions économiques, politiques et écologiques. Sans négliger les situations spécifiques, la Région n’est pas l’addition des 34 pays qui la composent et ne se résume pas aux trois principaux pays, le Brésil, le Mexique et l’Argentine. Tous les pays comptent et l’ensemble à sa dynamique propre. L’Amérique latine peut-être considérée comme une « zone émergente ». La période des dictatures et la « décennie perdue » des années 80 ne sont pas si loin avec l’hyperinflation dévastatrice, les déstructurations sociales et les instabilités politiques. L’évolution de l’Amérique Latine permet de réfléchir sur les évolutions possibles et sur les facteurs de cohérence et de contagion à l’échelle des grandes Régions.

L’Amérique Latine met en avant l’importance des marchés régionaux et leur rôle comme une des contre-tendances possibles au marché mondial. Les mouvements de la Région ont refusé la Zone de libre échange des Amériques, l’ALCA. Les pays  adhérents à l’ALBA, soutenu par les réseaux, organisations et mouvements sociaux d’Amérique Latine, ont adopté un modèle de traité de commerce dans lequel l’échange commercial a pour fonction de répondre à la complémentarité des besoins. La région revendique des rapports équilibrés et novateurs en matière d’échanges économiques et politiques. Ces échanges concernent la société française et aussi les échanges entre régions à travers l’Union Européenne.   Cette évolution achève de remettre en cause le consensus de Washington qui, malgré sa remise en cause affirmée, continue à servir de cadre de cohérence à la mondialisation.

L’Amérique Latine est confrontée aux inégalités sociales et porte une attention particulière à la dimension écologique. L’écologie au centre des débats sur le développement en Amérique Latine est traitée comme une question mondiale. IBASE, au Brésil, publie avant le Forum Social de Belém un document qui va jouer un grand rôle : De quelle Amazonie le monde a-t-il besoin ? Les propositions du Sommet de Cochabamba relayent les revendications des mouvements sociaux et écologiques du Sommet alternatif de Copenhague sur la justice climatique. La discussion plus générale est engagée sur les rapports avec la Nature. La montée en puissance et en visibilité des mouvements des peuples indigènes joue un grand rôle dans cette prise de conscience. La liaison entre l’écologie et le social s’impose comme une dimension déterminante. L’Amérique Latine reste le continent des inégalités. De 1980 à 1999, la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté passe de 120 à 220 millions. Ces inégalités se traduisent par l’explosion des violences et mettent en danger la démocratisation qui avait fait reculer les régimes dictatoriaux.

La vigueur des mouvements sociaux et citoyens

L’Amérique Latine connaît un développement remarquable de la société civile qui contribue à la vitalité économique, sociale et politique du continent. L’existence d’un mouvement vigoureux, social et citoyen, est un des résultats et une des explications de l’évolution du continent. Ce mouvement, qui caractérise pour une part ce qu’on appelle la société civile, présente de grandes spécificités suivant les pays. Il présente aussi des caractéristiques communes. Il s’agit en fait d’un front social dans lequel on retrouve des articulations entre les mouvements paysans, les syndicats de travailleurs, les mouvements écologistes, les mouvements des femmes, les mouvements des habitants, les mouvements des peuples indigènes et noirs, les mouvements de l’économie sociale et solidaire. L’ensemble de ces mouvements forment la base des Forums sociaux mondiaux qui depuis 2000 se réunissent dans la région. Citons notamment les rencontres de Porto Alegre, de Caracas, de Belém, de Mexico et les nombreuses rencontres des Amériques et des forums nationaux et locaux.

La Confédération Syndicale des Amériques, (CSA) revendique 50 millions de salariés. Dans son congrès de fondation, la CSA a défini des positions notamment sur l’intégration régionale par rapport à la liberté totale du commerce et de l’investissement, la problématique des migrations, le développement durable, les multinationales, la répression syndicale en Colombie. Le mouvement paysan en Amérique Latine se différencie des syndicats agricoles qui représentent les intérêts des agro-exportateurs. Il est représenté par Via Campesina qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, de travailleurs agricoles, de femmes rurales, de communautés indigènes. Il propose une réforme agraire intégrale et un modèle agricole alternatif qui est composé de plusieurs volets : la souveraineté alimentaire ; la biodiversité et la lutte contre les OGM ; l'agriculture paysanne ; le respect des droits des communautés rurales ; l'accès équitable aux moyens de productions que sont la terre, l'eau et les semences ; la reconnaissance du rôle spécifique des femmes dans l'agriculture. Les mouvements d’habitants ont aussi pris très rapidement une très grande importance.

Le mouvement des femmes a obtenu une audience significative depuis plus de 30 ans en Amérique latine. Des conquêtes au niveau des lois sociales, au niveau de la dénonciation de la violence domestique dans toutes ses formes ainsi que les violences sociales contre les femmes trouvent aujourd’hui un espace significatif dans les moyens de communication sociale et dans la conscience d’un bon nombre de personnes. L’organisation des femmes indigènes au niveau continental et intercontinental, l’organisation des femmes d’origine africaine, l’organisation des femmes des milieux ruraux et autres révèlent de plus en plus qu’en Amérique latine la question raciale et celle du genre ne sont pas seulement liées aux différentes cultures et sexes, mais aussi à des structures économiques et culturelles. Aujourd’hui, le mouvement des femmes joue un rôle déterminant dans tous les mouvements et constitue une part majoritaire des bases sociales des mouvements paysans, des mouvements indigènes et des mouvements de l’économie sociale et solidaire. La participation des femmes dans les luttes ouvrières joue aussi un rôle très actif et fortement symbolique au Brésil, en Argentine, au Mexique et dans la plupart des pays de la région. La Marche Mondiale des Femmes en Amérique latine est un des acteurs importants des Forums sociaux mondiaux.

Les mouvements des peuples indigènes prennent une importance de plus en plus grande, surtout au Mexique et dans l’Amérique andine. Ils mettent en avant de nouvelles formes d’intervention, notamment dans les politiques municipales en liant, comme à Cottacaxi, en Equateur, l’éducation et la culture. Ils s’appuient sur la vague écologiste en mettant en avant  le rapport à la nature et la crise de civilisation. L’« émergence indigène » dans les Andes reçoit une confirmation supplémentaire à travers l’élection récente d’Evo Morales en Bolivie. La diversité du mouvement en Equateur, en Bolivie, au Brésil et au Pérou, souligne la nature complexe et ambivalente de la « question indienne » et le refus suivant l’expression du sociologue péruvien Aníbal Quijano, de la « colonialité du pouvoir ». Le retour des indigènes au devant de la scène andine participe d’un mouvement, plus profond et plus complexe qui touche pratiquement toute l’Amérique latine. C’est ce que montrent la diversité et la vitalité des mouvements noirs en Amérique Latine et dans les Caraïbes.

 

L’économie sociale et solidaire constitue un véritable mouvement social en Amérique Latine. Des pays comme le Brésil, l'Equateur, la Bolivie, le Chili, l’Argentine et d'autres constituent autant de laboratoires du développement d’une autre forme de production et d’échanges. Les mouvements de femmes y jouent un rôle majeur. Sans se définir comme un dépassement de l’économie capitaliste, l’économie sociale et solidaire se présente comme une alternative par rapport à l’idée d’une forme exclusive qui combinerait le marché, la propriété privée et l’accumulation capitaliste.

Les innovations sont extrêmement diversifiées et les exemples foisonnent. Les piqueteros et les barrios de pie en Argentine rénovent les formes de résistance sociales. Les expériences de crédit et les monnaies locales se multiplient au Brésil et dans toute l’Amérique centrale. Au Mexique, elle est définie, dans l'article 25 de la Constitution, comme un secteur social. Elle est présentée comme un des secteurs de sortie de la crise.

 

Les mouvements écologistes en Amérique Latine sont d’implantation récente. Depuis quelques années, à côté des réseaux internationaux d’écologistes, des associations nationales de toutes tailles se sont développées. Par ailleurs, de nombreux mouvements, particulièrement les organisations paysannes et les mouvements des peuples indigènes, se revendiquent comme écologistes. La convergence avec les mouvements qui mettent en avant la dette sociale et la dette écologique a été très forte. Dans plusieurs pays et particulièrement au Brésil, le courant « écosocialiste », dont les animateurs sont Michaël Lowy et Pedro Ivo Battista, a été très actif.

Les migrations marquent l’histoire de l’Amérique Latine, comme son nom l’indique. Après le temps de la colonisation puis celui de l’immigration européenne, les mouvements internes et frontaliers ont traversé le continent. Aujourd’hui, le quatrième âge des migrations est caractérisé par l’installation dans les pays du Nord, surtout aux Etats-Unis et en Espagne. En Europe, en Espagne surtout mais aussi en France, la période des dictatures a donné lieu à un exode, politique et intellectuel, de main-d’œuvre très qualifiée. Aujourd’hui, le flux des travailleurs migrants s’est considérablement élargit. L’Amérique Latine alimente 13% des migrations alors qu’elle représente 9% de la population mondiale. Les émigrés ont envoyé en 2003 vers leur région d'origine 38 milliards de dollars. La région est la première réceptrice mondiale de transferts effectués par des migrants.

Pour lutter contre l’immigration latino-américaine, le gouvernement des Etats-Unis envisage de construire un mur de 1 130 km entre le Mexique et les Etats-Unis où vivent plus de 35 millions d’hispaniques. Ce projet, ainsi que l’expulsion des clandestins et la poursuite des personnes qui les embaucheraient a suscité de fortes réactions. Les 22 pays ibéro-américains (toute l'Amérique latine, plus l'Espagne, le Portugal et Andorre) ont lancé lors de leur 16e sommet annuel, en 2006, à Montevideo (Uruguay), un "appel ferme" aux Etats-Unis afin qu'ils reconsidèrent "la construction d'un mur de division en Amérique" à leur frontière avec le Mexique. Ces projets suscitent aussi une très vive opposition aux Etats-Unis. Les réactions sont aussi très vives par rapport à la directive retour de l’Union Européenne. Plusieurs Chefs d’Etat ont réagit. Le premier a été Evo Morales dans une très belle lettre, en juillet 2008. Le Forum mondial sur les migrations a lieu à Quito (Equateur).

 

Le mouvement social et le politique

L’innovation porte aussi  sur les rapports entre les mouvements civiques et le politique. En Amérique Latine, sous des formes très diverses, de nombreux régimes affirment une volonté de réformes sociales et affichent des liens étroits avec certains secteurs de ces nouveaux mouvements. En janvier 2009, cinq chefs d’Etat d’Amérique Latine ont fait le déplacement au FSM de Belém et sont venus discuter publiquement avec les mouvements.

Après la période de démocratisation qui a suivi les dictatures, le débat est ouvert sur des possibilités de politiques alternatives au Brésil, en Uruguay, au Chili, en Argentine, au Venezuela, en Bolivie, au Mexique, au Pérou. Il s’agit d’une nouvelle période de la réflexion stratégique de transformation sociale en Amérique Latine qui renouvelle les programmes établis dans la première période de la révolution cubaine et dans le Chili de la période d’Allende.

Pour les mouvements sociaux il ne s’agit pas «seulement» d’influer sur le processus électoral à travers des coalitions larges ; il s’agit de continuer un processus politique «par en bas». Il s’agit aussi de questionner les pratiques de corruption et de clientélisme qui s’infiltrent dans les processus politiques.  Ces mouvements doivent repenser leur rapport au pouvoir, à la politique et aux partis. Tout en s’affrontant à la question de la survie immédiate, ils mettent en avant un nouveau mot d’ordre : «démocratiser radicalement la démocratie»

Les mobilisations sociales considérables se définissent toujours par rapport aux politiques imposées dans les années 80 dont les effets continuent à marquer les sociétés. Les ONG se développent en Amérique Latine dans les années soixante dix, dans la période des dictatures. Elles représentaient alors un des seuls canaux d’expression possible. Elles jouent un rôle accru dans le domaine sociopolitique. Elles animent des plateformes de discussion et de nombreux cadres des ONG sont devenus des acteurs politiques. Elles sont aujourd’hui confrontées à des organisations populaires qui ont gagné en importance et en maturité et qui reprochent aux organisations non gouvernementales de tenter de les maintenir sous influence, pour perdurer.

Le rapport des mouvements sociaux avec les entreprises transnationales est très conflictuel en Amérique Latine. Le débat porte essentiellement sur les rapports entre l’Union Européenne et l’Amérique Latine et à la critique des accords de libre-échange avec l’Union Européenne. Au cours des dix dernières années, les entreprises européennes dans la région ont augmenté jusqu’à 300% leurs investissements à la faveur des privatisations massives. A la demande du réseau 'Enlazando Alternativas', le Tribunal des Peuples (TPP) a organisé des sessions sur les transnationales, à Vienne (Autriche) en 2006,  à Lima (Pérou) mai 2008 et à Barcelone (Espagne) en 2010.

Comme les mouvements sociaux, de plus en plus de gouvernements en Amérique Latine affirment leur volonté de construire des rapports plus égalitaires entre l’Amérique Latine et l’Europe. La lettre de Rafael Corréa, président de l’Equateur, au Parlement européen et aux chefs d’Etat  exprime cette volonté. Elle appelle à  un Accord d’Association global qui soit l’expression effective de la solidarité entre la Communauté andine et l’Union européenne. Elle réclame des mécanismes efficaces de dialogue politique et des engagements larges et vérifiables en matière de coopération au développement, qui tendent à engendrer une authentique relation de « partenaires », qualitativement supérieure à une relation purement commerciale.

Il s’agit aussi d’une appréciation de la variable déterminante de l’évolution en Amérique Latine, celle des rapports avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis n’ont pas abandonné les priorités de leur politique sécuritaire régionale (anti-drogue, anti-terroriste, sécurité énergétique, etc.). Ils maintiennent de manière routinière un « containment » de Cuba. Ils ont choisi la Colombie comme allié privilégié. Au-delà des déclarations et des hésitations, sont-ils prêts à s’engager dans un nouveau système de relations internationales multipolaires et à respecter le droit international et la souveraineté des peuples, notamment en Amérique Latine.

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