L’Afrique, ses contradictions et son avenir
Olivier Blamangin, Gustave Massiah, Patrice Yengo
(CEDETIM)
07-09-2003
Produits de l’après-guerre, les Etats africains étaient inscrits de par leur création dans la guerre froide. La division du monde née des accords de Yalta leur avait conféré une structure bien particulière qui en faisait le maillon faible d’un système dont ils avaient ingéré les caractéristiques ; justifications idéologiques et parti unique d’un côté et insertion dans le système capitaliste mondial de l’autre. Dès lors, la transformation décisive survenue dans la division du monde avec la fin de la guerre froide ne pouvait que les atteindre. De plein fouet. C’est à l’aune de cette nouvelle période qu’il parait décisif de saisir la dynamique des sociétés africaines tant du point de vue de la résurgence des tensions locales, qui avaient été masquées par des déterminants attribués à l’opposition Est/Ouest, que des ravages opérés dans ces sociétés par la violence économique de la mondialisation. Toutefois, les enjeux ouverts par celle-ci ne prennent leur pleine signification qu'en rapport avec l'Histoire de ce continent marquée par la colonisation et l'échec du modèle social généré par les indépendances nationales.
L’échec du modèle des « indépendances nationales »
De la colonisation, l’Afrique a hérité une structure économique presque exclusivement centrée sur l’exportation de produits de base. Cette « économie de rente », de plantation et d’extraction minière, tout comme la forte polarisation sur les économies des anciennes métropoles coloniales, caractérisent toujours le continent. Si l’on exclu l’Afrique du Sud et les zones franches de Madagascar et Maurice, l’Afrique subsaharienne exporte uniquement des produits non transformés. Il en résulte une vulnérabilité extrême aux chocs extérieurs, fluctuations des cours des matières premières, taux de changes et évolution de la demande des pays du Nord. Parallèlement, l’Afrique importe toujours l’essentiel de ses besoins en biens intermédiaires et d’équipement et, à l’exception de quelques pays producteurs de pétrole, en produits énergétiques.
Le modèle dit « des indépendances nationales » s’était fixé comme objectif, au lendemain des luttes de libération nationale, de rompre avec cette spécialisation en lançant d’ambitieux programmes de transformation des matières premières et de substitutions aux importations de produits manufacturés. Faute d’acteurs privés, les Etats africains ont alors pris en charge l’essentiel des investissements industriels et de modernisation de l’agriculture, censés développer le marché intérieur et amorcer un processus d’accumulation.
Ces tentatives, qui ont suscité d’immenses espoirs, ont échoué, pour de multiples raisons, tant internes qu’externes : détournement des fonctions de l’Etat au profit d’une minorité et de bases sociales spécifiques, bureaucratisation et corruption, dépendance technologique, inefficacité assez générale des entreprises publiques, déficit commercial chronique, exclusion d’une écrasante majorité de la paysannerie du processus de modernisation de l’agriculture, etc. Le déni des droits fondamentaux et l’absence de libertés réduisent à néant, auprès des populations, la crédibilité de ces régimes.
La crise de la dette et le modèle de l’ajustement
C’est la crise de la dette qui, à la fin des années 70 et au début des années 80, achève le modèle des indépendances. En l’absence d’épargne intérieure, les Etats africains ont eu largement recours, pour financer leurs investissements, à l’emprunt extérieur. Le contexte international des années 70 est alors favorable à l’endettement : les banques occidentales disposent d’importantes liquidités, les taux d’intérêt sont au plus bas, les pays industrialisés pratiquent des politique de relance de l’économie par l’exportation à crédit vers les pays du Sud, la tendance à la hausse des prix des matières premières semblent garantir les capacités de remboursement. Cette offre abondante de crédits s’accompagne, en Afrique comme ailleurs, d’une corruption à grande échelle, de détournements massifs et « d’éléphants blancs » en pagaille. Entre 1970 et 1980, la dette publique extérieure de l’Afrique sub-saharienne passe de 5,8 à 42 milliards de $.
Les bouleversements de politiques économiques dans les pays industrialisés à la fin des années 70 (forte hausse des taux d’intérêt et du dollar) et l’effondrement brutal et durable des prix des matières premières [1] font basculer les pays endettés et le système bancaire international dans la crise. Les pays du Nord refusent de reconnaître l’illégitimité d’un grand nombre de créances (dette de l’apartheid, dette de Mobutu,...) et leur co-responsabilité dans la façon dont la crise s’est nouée (décision unilatérale d’augmentation des taux d’intérêt, corruption massive, prise de risque inconsidérées, etc.). Les pays du Sud se retrouvent au banc des accusés et assument seuls le coût de la crise. Chaque année, le service de la dette publique de l’Afrique sub-saharienne absorbe plus de 10 milliards de $. En 1999, la Mauritanie consacrait 11% de son PIB au service de la dette, contre 1,4% aux dépenses publiques de santé et 5,1% aux dépenses publiques d’éducation. Les initiatives de traitement de la dette vont se succéder, sans qu’une solution juste et globale ne soit jamais mise en œuvre. C’est le cycle infernal : les pays africains ont continué à emprunter pour rembourser les emprunts antérieurs. La dette publique extérieure de l’Afrique sub-saharienne ne cesse de croître jusqu’au milieu des années 90 pour finalement se stabiliser entre 160 et 170 milliards de $.
En échange de nouveaux financements, les institutions de Bretton Woods ont partout imposé le modèle de l’ajustement. Pour restaurer la solvabilité des économies africaines, il faut laisser faire le marché, gagner plus (spécialisation de l’appareil productif vers l’exportation de matières premières, recouvrement des coûts des services de base, privatisations, etc.) et dépenser moins (réduction des dépenses publiques, disparition des subventions aux produits de base, etc.), quitte à mettre en place des politiques économiques récessives.
La marginalisation dans la mondialisation
Sous l’impulsion de ces politiques libérales, « l’intégration » de l’Afrique au marché mondial s’est faite à marche forcée. On l’a vu, les économies africaines ont toujours été extrêmement ouvertes. Les exportations de biens et de services représentent aujourd’hui jusqu’à 40% du produit intérieur brut de l’Afrique subsaharienne. Pour autant, la part du continent dans le marché mondial n’a cessé de reculer : les exportations des pays de l’Afrique subsaharienne représentaient 3,1% des exportations mondiales en 1970 ; elles ne représentent plus que 1,7% en 1986 et moins de 1% en 2000 – dont plus de 40% pour le seul pétrole. Dans le même temps, le continent subit les effets du développement de l’économie mafieuse mondialisée, source d’enrichissements privés et de financements de violents conflits pour le contrôle de la drogue, du diamant, ou des métaux rares (or, tantale, coltan).
La libéralisation des économies africaines n’a pas tenu ses promesses d’augmentation de la productivité ni de reprise des investissements. Sur les 6,7 milliards de flux nets d’investissements directs à l’étranger (IDE) reçu par l’Afrique subsaharienne en 2000 (moins de 1% de l’ensemble des IDE), 60% se sont concentrés sur deux pays pétroliers, l'Angola et le Nigeria, et sur le seul pays pouvant être considéré comme émergent, l'Afrique du Sud. Faibles, ces investissements n’en sont pas moins rentables : les profits rapatriés d’Afrique par les investisseurs représentent chaque année entre 4 et 5 milliards de dollars. La globalisation financière n’a guère affecté le continent qui est resté, à l’exception de l’Afrique du Sud, en marge des flux de capitaux spéculatifs.
Les inégalités –de revenus, d’accès aux services de base, etc.– n’ont cessé de se creuser, entre les pays africains et les pays industrialisés et au sein même des sociétés africaines. La précarité touche des franges toujours plus larges de la population et les femmes en sont les premières victimes. En moyenne, 50 % des habitants d'Afrique subsaharienne vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Dans le même temps, les Etats africains se trouvent aujourd’hui dans une dépendance extrême vis-à-vis de l’aide publique au développement alors que celle-ci ne cesse de se réduire.
Effondrement de l'Etat, violence politique, déstructuration sociale
Globalisation de l’économie et néolibéralisme allant de pair, la violence du marché devient fondatrice de la conjoncture de la violence politique et sociale car celle-ci se nourrit des inégalités et de la marginalisation sociale que renforce la mise sous tutelle des économies dominées.
Paradoxalement, sous le régime d’ajustement structurel, les acteurs politiques ont tout à gagner sur le plan matériel. Les occasions de s’enrichir se multiplient et les privatisations procurent de bonnes affaires. Aussi les dirigeants des pays « ajustés » sont-ils loués pour leur docilité. Au cours de cette phase, l’Etat perd pour une longue période la maîtrise de sa politique macro-économique et sectorielle (agriculture, énergie …) et de sa capacité redistributive. L’ingérence économique qui atteint durablement les structures de production, d’échange, autrement dit les rapports sociaux, favorise la concentration des richesses et du pouvoir entre les mains d’une minorité et la marginalisation du plus grand nombre. Les structures traditionnelles s'effritent à mesure qu'augmente la vulnérabilité des populations. C’est la voie ouverte à des explosions sociales prenant la configuration d’affrontements ethniques que les dirigeants imputent d'emblée à des victimes-émissaires parmi les groupes les plus faibles. Le reflet immédiat de cette mondialisation est la formation “d’entités chaotiques ingouvernables”[2] sur le continent africain et la multiplication des conflits dont le volume ne cesse d’augmenter. Pour la seule année 1999, l’Afrique a été le théâtre de seize conflits armés. Plus de mille personnes ont perdu la vie au combat dans sept d’entre eux. Trois configurations se dessinent, en fonction de leur intensité : les conflits inter-étatiques, dans lesquels sont impliqués tous les pays intervenant (R.D.C.) ; les conflits internes (high and low intensity internal conflicts) qui traversent l’Afrique du Maghreb à l’Afrique australe et dans lesquels il est facile de reconnaître les conflits de l’Angola, du Burundi, de la République de Centrafrique, de la Sierra Leone, du Liberia et récemment encore de la Somalie ou du Congo-Brazzaville ; les violences à caractère politico-religieux comme au Soudan, au Kenya, au Nigeria.
La violence qui affecte les sociétés africaines est donc le versant mondialisé de la violence économique avec ses formes éclatées qui comprennent aussi bien la dé-territorialisation des communautés (Ogoni au Nigeria) que la montée des violences ethniques (génocide rwandais). Les espaces gagnés par la violence se distinguent par l’impuissance de l’Etat à les maintenir sous son contrôle, laissant des secteurs entiers de l’économie et de la société sous le joug des nouveaux maîtres de la guerre ou des réseaux mafieux auxquels l'Etat finit par ressembler. Le monopole de la violence est dès lors atomisé dans la pratique et récupéré par les différents acteurs qui en abusent au nom de pouvoirs même parcellaires. La fragmentation culturelle se nourrit aussi de cette tendance qui rend plus délicate la formulation de l’Etat-Nation puisque désormais la nation, comme primat de l’identité culturelle des personnes au sein de la communauté imaginaire qu’elle constitue, éclate au profit des micro-nationalités ou d’autres identités qui phagocytent l’espace public. Dès lors, toute expression conflictuelle prend l’allure de guerre communautaire.
Autant d’éléments qui font du cadre territorial (administratif et politique) qui constituait l’Etat, une entité éclatée. A la dislocation généralisée de ce cadre général succède une zone mouvante qui, telle que dans l’ex-Zaire, devient la proie des réseaux de prédation constitués par des anciens acteurs ou des bureaucraties nouvelles en quête de légitimité. Dans tous les cas, ces "entités chaotiques ingouvernables", n’ayant pas le statut de la légalité étatique, développent des activités de type mafieux. Informelles, elles font reculer l’autorité étatique au point que les tâches habituellement dévolues à l’autorité centrale se trouvent désormais aux mains de ces réseaux qui n’ont aucun intérêt à la cessation du conflit. Economie et violence se privatisent, laissant ainsi aux différents acteurs les moyens de piller ce qui reste de l’Etat et de s’en attribuer les ressources.
Même la structure étatique ne repose désormais plus sur une quelconque légalité. En effet, n’appartenant à aucun corps représentant l’ensemble de la communauté, l’Etat –de fait illégitime- ne peut pas même revendiquer l’exercice de la violence légale sauf à en exacerber le caractère répressif (tortures, exécutions extra-judiciaires…).
L’AFRIQUE ET LA MONDIALISATION
De la décolonisation à l'altermondialisation : leçons du passé pour une alternative démocratique
Si l’avenir de l’Afrique, comme celui du reste du monde, est saisi par le rapport complexe entre mondialisation et démocratie, les spécificités de l’Afrique, pour grandes qu’elles paraissent n’en fondent ni une singularité absolue ni une fatalité qui pourraient entraver l’évolution démocratique de l’Afrique.
La mondialisation s’est imposée comme une tendance lourde. La mondialisation n’est pas une nouveauté. Comme l’a montré Fernand Braudel, dès le 15ème siècle, le capitalisme est mondial. La soumission de l’Afrique, de la traite esclavagiste à la colonisation s’est développée dans des système-mondes ; on peut même avancer que les peuples africains, comme les peuples amérindiens sont constitutifs, à travers leur exploitation, le soubassement du système mondial. Cette mondialisation a connu différentes phases, la phase actuelle peut être qualifiée de phase néolibérale.
La mondialisation, dans cette phase néolibérale est caractérisée, comme on l’a déjà indiqué, par l’ajustement structurel, celui de chaque société au marché mondial sans que soit envisagé d’une quelconque façon l’ajustement de l’économie mondiale aux besoins des sociétés. Il s’agit de l’imposition, par le haut et par la violence, d’une modernisation et d’une nouvelle modernité. Les programmes d’ajustement structurel sont un succès du point de vue du néolibéralisme, une des modalités d’un gigantesque transfert de richesses des pauvres vers les riches ; ils sont un désastre du point de vue des conditions de vie des peuples. La réduction des dépenses de santé, d’éducation et l’élévation des prix des produits de première nécessité accentuent les inégalités, les exclusions, les discriminations. Les conséquences politiques ne se font pas attendre, l’ajustement s’oppose à la démocratisation et aux libertés politiques. L’Afrique, déjà fortement fragilisée, n’en finit pas d’imploser sous les chocs répétés des ajustements.
La phase néolibérale de la mondialisation est aussi celle de la crise de la décolonisation. La crise de la décolonisation ne doit pas faire oublier l’importance majeure du mouvement historique de la décolonisation, de ce moment ou tous les peuples ont gagné le droit de participer à leur avenir et à l’avenir de l’Humanité. La crise de la décolonisation est ouverte depuis 1979, alors même que la décolonisation n’était pas encore terminée, particulièrement en Afrique. Elle ne l’est toujours pas complètement. La fin de l’apartheid en Afrique du Sud nous rapproche d’une décolonisation achevée. Les conséquences sur la libération des esprits dans toute l’Afrique peuvent être considérables.
La libération économique n’a pas suivi la libération politique ; la crise de la décolonisation est aussi une crise du développement. L’échec des régimes à assurer la survie de leurs sociétés et un minimum de libertés a coupé les dirigeants de leurs peuples, rompant les alliances des luttes de libération nationale. Cet échec résulte largement de la reprise en main du système international par les anciens pays colonisateurs rebaptisés pays du Nord et démocraties industrielles ; cet échec a facilité cette reprise en main dont l’arme principale a été la gestion politique de la crise de la dette. L’Afrique, démantelée et infériorisée, est intégrée et contenue dans les marges du système mondial. L’Afrique est constituée en zone réserve ; réserves de matières premières, de populations, de territoires, de marchés à venir. La fin de l’axe Est/Ouest donne une importance accrue à l’axe Nord/Sud. L’Afrique montre bien l’actualité du Tiers-Monde, dans la conception que lui donnait Alfred Sauvy quand il a forgé ce mot, en 1952, pour désigner les pays et les peuples exclus de la citoyenneté mondiale, en référence à la Révolution française de 1789 et du Tiers Etat, lui aussi contesté et divers, défini par son exclusion de la citoyenneté politique.
La mondialisation et la crise de la décolonisation exacerbent la crise des Etats africains. La lutte anticoloniale était porteuse de modernité, porteuse d’identité. Les Etats africains ont cherché à unifier des histoires et des territoires, de former des identités culturelles, de forcer à des unités nationales, à travers notamment les partis uniques. Les bases sociales des nouveaux Etats sont bouleversées par la fonctionnarisation et l’urbanisation qui rendent structurels les déficits budgétaires et commerciaux. L’ajustement structurel restreint la base sociale des Etats africains et se traduit par des convulsions de plus en plus violentes. L’Etat africain, conçu comme Etat-Nation, acteur principal du progrès social et politique, fondateur de la Nation, garant de son unité, artisan de l’organisation de la production et des équilibres sociaux n’y résiste pas.
Les guerres de toute sorte n’en finissent pas de s’installer dans les sociétés africaines. Les guerres pétrolières et des matières premières. La République Démocratique du Congo, miracle géologique pour son malheur, est aussi le nœud des implosions qui irradient l’Afrique. La carte des gisements pétroliers coïncide exactement avec celle des guerres et des insurrections, alimentées et manipulées par les compagnies internationales et leurs Etats protecteurs. Les politiques africaines des pays du Nord, particulièrement la politique africaine de la France ne sont pas encore décolonisées. Dans ce cadre général, se déploient d’autres formes de guerres et de violences. Ce ne sont pas des guerres archaïques, ce sont des guerres modernes. La crise des Etats et la déstructuration des sociétés ne sont pas spécifiques à l ‘Afrique. L’évolution des pays de l’Est amène à repenser complètement les évidences. La vigueur et la profondeur de l’explosion des nationalités et des religions, le brouillage des frontières, la décomposition des formes de régulation sociales et de nombre de formes étatiques dans cette région du monde, amènent à poser différemment les questions qui se posent sur ce qu’on définissait comme le retard des Etats africains.
L’évolution est toutefois contradictoire ; les Etats africains comme tous les Etats sont remis en cause par le haut, par les effets de la mondialisation, mais ils sont aussi mis en cause par le bas, par la montée des revendications de démocratie. Les grandes régions sont un des sièges de cette contradiction, elles sont les vecteurs de la mondialisation néolibérale, mais elles sont aussi le support de contre-tendances. Il y a de nouvelles perspectives pour les solidarités régionales ; des nouvelles possibilités pour repenser un projet d’unité africaine. La polarisation du continent autour de grandes métropoles, d’un axe Jobourg, Lagos, Le Caire, et des grandes villes comme Nairobi, Kampala, Abidjan, Dakar, Douala et d’autres pourrait amorcer une réorganisation du continent. L’émergence de l’Afrique Australe ouvre la possibilité d’une influence politique africaine autour d’une alliance Afrique du Sud, Brésil, Inde, comme on a pu le voir dans la crise des médicaments génériques à l’OMC. D’un autre côté, la montée en puissance des municipalités africaines qui s’est traduite autour des rencontres panafricaines réunissant des centaines de maires à Abidjan en 1998, à Windhoek en 2000, répond à la demande de démocratie de proximité. Elle peut aider à la reconstruction des Etats et à l’émergence de nouvelles couches dirigeantes. Du point de vue démographique, malgré les migrations intra africaines et vers le reste du monde, l’Afrique moderne n’est plus celle des années soixante. La République Démocratique du Congo comptait moins de cinq bacheliers, aujourd’hui, même si le système éducatif est en crise, il y a dans chaque pays des dizaines voire des centaines de milliers de cadres disponibles pour construire l’avenir de l’Afrique dès que les conditions minimales seront réunies
Le mouvement altermondialisation donne de nouvelles perspectives au mouvement social et politique africain. Les syndicats africains, les mouvements paysans, les mouvements urbains et civiques, les ong de développement, les associations pour la défense des droits fondamentaux, les écologistes s’inscrivent dans des réseaux africains et internationaux Les nouvelles définitions de la citoyenneté sont, en Afrique aussi, en chantier. Cette dimension est développée dans la contribution du groupe Afrique d’ATTAC.
Les luttes actuelles pour la démocratie ne sont pas un simple coup de fièvre. Ce pourrait être, comme le prédisait Mongo Beti, le début d’une révolution, certes longue et difficile, mais aussi porteuse des espoirs d’indépendance et de libération des peuples africains. Elles interrogent cette mondialisation considérée comme une forme de modernisation. Une mondialisation qui, avec son délire technologique et sa nouvelle rationalité, se traduit quasi mécaniquement par la montée de l’irrationnel et les intégrismes de toute sorte qui résultent des exclusions. L’Afrique paraît rebelle à la nouvelle modernité. Ne saurait-elle donc être qu’en perdition ? Et si la résistance de l’Afrique à la nouvelle modernité était révélatrice des limites de cette modernité ?
