Regards - L'abeille

Photo de Anand Varma
Compacte, ramassée, soyeuse, l’abeille a accompagné l’histoire et l’imaginaire de l’espèce humaine. Sa présence dans les poèmes, les contes, les bandes dessinées et les dessins animés témoigne de cette permanence.
Au début, la mouche à miel des anciens était célébrée pour offrir le plus délicieux des nectars. C’est ensuite l’essaim et la vie en groupe qui a marqué les esprits ; même si dans la multiplicité des espèces d’abeilles, il y a aussi des solitaires. On a alors donné à admirer un bel exemple d’une espèce sociale et industrieuse. L’amour de l’ordre s’est plu à louer une société hiérarchisée. Même si elle pouvait difficilement servir de modèle avouable avec sa reine, ses ouvrières, ses guerrières, et ses mâles, des faux-bourdons qui meurent à la tâche.
Aujourd’hui, l’abeille devient une référence écologique majeure. On découvre, à une large échelle, l’importance de son rôle dans la pollinisation des plantes. La voir épinglée sur la photo, rappelle qu’elle devient une espèce en voie de disparition. Cette disparition sonne l’alarme et inquiète.
L’écologie est dans sa phase d’alerte. On ne se rend compte de l’importance des processus que quand ils sont menacés de disparition. Le projet écologique est à la croisée des chemins, il doit se déployer. L’écologie, comme les abeilles, est à la recherche de sa chrysalide, de sa mue et de sa métamorphose qui la fera passer de l’état de larve ou de nymphe à son imago, son état adulte. Il lui faut quitter l’hypnotisme mortifère des catastrophes prévisibles pour inventer les avenirs prometteurs. La pensée écologique, avec ses composantes sociales et démocratiques, ouvre le champ d’une révolution de la pensée. En se confrontant à l’invention de nouveaux rapports entre l’espèce humaine et la Nature, elle bouleverse nos connaissances et interpelle nos comportements individuels et collectifs.
Gustave Massiah,
15 septembre 2015
