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Recension livre Thierry Paquot – les bidonvilles – 3p – 28.07.2022 – Habitat, urbain

Les bidonvilles,
un livre de Thierry Paquot

aux Editions la Découverte, collection Repères

Gustave Massiah
25 juillet 2022

 

Thierry Paquot a rédigé un livre, bienvenu et très important, sur les bidonvilles, dans la collection Repères des Editions La Découverte. Il s’intéresse à la question majeure de l’urbanisation dans le monde actuel. Les bidonvilles sont la forme majeure de l’urbanisation aujourd’hui. Un milliard de bidonvillois en 2005, ils seront deux milliards en 2030 et seraient probablement trois milliards en 2050, soit près de 30% de la population mondiale.

Le bidonville, le slum, est un ensemble d’habitations disparates, bricolées, illégalement installées sur un terrain squatté, ne disposant d’aucun confort, d’aucun équipement de base que sont les toilettes, l’eau l’électricité, un espace sans voirie, sans adresse, sans ramassage des ordures, sans éclairage public, sans desserte d’un quelconque transport collectif. Le bidonville naît de l’occupation illégale d’une terre par une population démunie.

Le premier chapitre montre l’importance de l’évolution du XX ème et XXI ème siècle autour de l’urbanisation accompagnée de la taudification et la bidonvillsataion. Le bidonville, caractéristique du 20ème siècle est une formation spontanée, non planifiée, à l’occasion de l’arrivée d’une population « étrangère », exode rural, immigration, réfugiés, qui doit se contenter d’abris de fortune. Ils combinent des situations d’espoir dont on peut se sortir par l’ascension sociale et des situations de désespoir dont on est prisonnier. Il s’agit d’une rupture qualitative dans la population mondiale, la population agricole se réduit en quelques décennies de la majorité de la population mondiale, depuis la Mésopotamie, à moins de 5% de la population dans chaque pays. Les bidonvilles résultent d’une paupérisation qui aurait pu être évitée en dotant les villages de vrais services publics (hygiène et santé, scolarisation, transports et loisirs) et d’activités productives (microcrédit, coopératives, artisanat).

Le deuxième chapitre propose un tour du monde des bidonvilles en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie et en Europe. Il illustre la croissance durable des bidonvilles. Il souligne les rares tentatives de relier ces « quartiers informels » à la vraie ville en leur apportant l’eau courante, l’électricité, les transports en commun, les services publics élémentaires (dispensaires, bains douches, toilettes publiques, écoles, bibliothèques, centres civiques, équipements culturels et sportifs) et en assurant à chaque habitant la sécurité foncière et le droit de bâtir sa maison. Quelques heureuses réussites tiennent à la solidité du réseau associatif, au soutien de l’autorité publique locale et à la mise à distance du contrôle par des réseaux criminels.

Le troisième chapitre s’intéresse au quotidien des bidonvilloises et des bidonvillois. Il montre l’importance des propositions des habitants et de leurs représentants. Il montre aussi les difficultés liées à l’incertitude et à la fragilité des situations. Les témoignages et les enquêtes ne manquent pas. Les situations changent mais les bidonvilles sont toujours là. Ils reflètent la nature profonde du système dominant, le caractère systémique des inégalités économiques et sociales qui affectent chaque société et la société mondiale.

Les quatrième et cinquième chapitres s’intéressent aux imaginaires des bidonvilles dans la littérature et dans le cinéma. Thierry Paquot nous convie, avec son immense culture, à une enquête approfondie. Il montre que la littérature, le cinéma, l’art, la chanson et la culture en général se sont saisis de la question des bidonvilles et ont bien vu qu’il y avait là un révélateur de la société la plus profonde. La littérature apporte une compréhension des réalités des bidonvilles qui échappe souvent aux experts et nombreux conseillers en développement. Le cinéma montre le contraste entre les centres villes rutilants et les quartiers sous-équipés. Le bidonville reflète l’urbanisation, il en dévoile la réalité.

Le bidonville est un lieu qui recèle des inventivités de survie. On ne peut pas considérer que les bidonvilles n’ont ni urbanisme, ni architecture. A les observer de près, la pauvreté des matériaux, la hâte de leur construction, l’absence de plan d’ensemble et d’interventions de praticiens aux compétences reconnues, les formes parfois incongrues, bigarrées, instables, pauvres accompagnent la leçon architecturale des bidonvilles. Sans les idéaliser, certaines des auto-constructions des bidonvilles peuvent être exemplaires

Thierry Paquot insiste : « Rien de véritablement satisfaisant dans l’évolution d’un bidonville ne peut venir uniquement de l’extérieur et en n’impliquant pas les bidonvilloises et les bidonvillois. Il s’agit de bien saisir les mécanismes de la bidonvillisation et de penser des solutions avec les bidonvilloises et les bidonvillois…. Le bidonville est à la fois un lieu d’enfermement et un appel à l’émancipation. Il peut déboucher sur une explosion sociale tout comme sur une auto-organisation locale et efficace. … Pour le moment, les bidonvilles sont la marque profonde des inégalités économiques et sociales que la globalisation du capitalisme financier accroît d’année en année. La part d’ombre de notre humanité. »

Le livre fourmille de références que cet infatigable lecteur présente et met en évidence. Il s’appuie et cite les références des principaux auteurs qui ont travaillé sur la question des bidonvilles. On y retrouve les principaux chercheurs et historiens qui ont travaillé sur les bidonvilles et notamment : Jacques Berque ; Julien Damon ; Rana Dasgupta ; Mike Davis ; Michel Ecochard ; Franz Fanon ; Yona Friedman ; Bernard Granotier ; Ivan Illitch ; françois Lefort ; Oscar Lewis ; Lewis Mumford ; Lisa Peattle ; Jean françois Pérouse ; Colette Pétonnet ; Abdelmalek Sayad ; John Turner. Et plusieurs personnes qui ont participé aux travaux de l’Aitec et notamment :  Agnès Deboulet ; Claude Liauzu ; Françoise Navez Bouchanine ; Annick Osmont ; Jean François Tribillon. On y trouve aussi une abondante revue de références littéraires et une très riche filmographie.

 

Mike davis ; jf tribillon ; franz fanon ; zygmunt bauman ; julien damon

Lewis mumford ; henri sellier ; john seeley ; charles stokes ; pierre mac orlan ; michel écochard

Jacques berque ; Bernard granotier ; annick osmont ; Claude liauzu

Françoise navez bouchanine ; agnès deboulet ; dasgupta ; jean françois pérouse

Monique hervo ; marie ange charras ; françois lefort ; abdelmalek sayad

Oscar lewis ; lisa peattle ; colette pétonnet

Roger katan, john turner ; ivan Illitch, yona friedman

Robert merle ; dris chraibi ; azouz begag ; latife tekin ; sedef ecer ; orhan pamuknalan turkeli

Ahmed Khaled Tewfik ; jamil nasir ; Katherine boo ; sunil khulnani

Paulo lins ; conceicao evaristo ; pierre clitandre ; kettly mars ; jean d’amérique ; patrick chamoiseau

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