Articles et interventions

Le résistances à la crise globale- 2p – 15.10.2009 – Crise

Les résistances préfigurent les issues de la crise

Gustave Massiah
Octobre 2009

A partir de quelle gauche parlons-nous

Je partirai du mouvement altermondialiste se définit comme un mouvement qui prolonge et renouvelle les trois mouvements historiques précédents : celui de la décolonisation, celui des luttes ouvrières et sociales, celui des luttes pour les libertés. La décolonisation, les luttes sociales, l’impératif démocratique et les libertés constituent la culture de référence historique du mouvement. L’enjeu est de définir un nouveau projet d’émancipation.

Ce mouvement est porteur d’un nouvel espoir né du refus de la fatalité ; c’est le sens de l’affirmation « un autre monde est possible ». La stratégie du mouvement altermondialiste s’organise autour de la convergence des mouvements sociaux et citoyens qui mettent en avant la solidarité, les libertés et la paix. Ils construisent aussi une nouvelle culture politique fondée sur la diversité, les activités autogérées, la mutualisation, « l’horizontalité » préférée à la hiérarchie. Une orientation stratégique s’est dégagée, celle de l’accès pour tous aux droits fondamentaux. C’est la construction d’une alternative à la logique dominante, à l’ajustement de chaque société au marché mondial à travers la régulation par le marché mondial des capitaux. Les débats en cours dans le mouvement mettent en avant la question stratégique. Elle soulève la question du pouvoir qui renvoie au débat sur l’Etat et recoupe celle des partis, et la question du modèle de transformation sociale et de la nature du développement.

En Europe, de manière spécifique suivant les pays, cinq courants politiques se proposent de construire la gauche. La gauche de la gauche qui continue sa mue par rapport à l’extrême gauche ; le communisme qui se reconstruit après l’effondrement du soviétisme ; les libertaires qui tentent d’articuler le refus individuel et collectif et des pratiques alternatives ; ceux des sociaux-démocrates qui ont mesuré le désastre de la subordination au néolibéralisme ; ceux des écologistes qui relient directement l’écologie au social, aux libertés, à la solidarité internationale.

 

L’urgence est de faire face aux dangers de la crise

La crise globale est une crise de la mondialisation capitaliste dans sa phase néolibérale. Il s’agit d’une crise structurelle : économique et sociale ; écologique ; géopolitique ; politique et idéologique. La séquence actuelle crise financière, monétaire, immobilière, alimentaire, économique en est une déclinaison en situation. Tous ces aspects sont déterminants dans l’affrontement entre les mouvements sociaux et politiques et les forces dominantes.

Le premier danger concerne la pauvreté. Les sorties habituelles consistent à faire payer la crise aux pauvres, et d’abord aux discriminés et aux colonisés. Il s’agit aussi de raboter les couches moyennes. Le deuxième danger concerne la restriction des libertés et de la démocratie. Des politiques de sortie de crise fondées sur des orientations antisociales s’appuient en général sur les mesures de répression, de criminalisation des mouvements sociaux, de pénalisation de la solidarité, d’instrumentalisation du terrorisme, d’idéologie sécuritaire, de xénophobie, d’agitation raciste, islamophobe et nationaliste, d’exploitation des boucs émissaires, des migrants et des rroms. Cette évolution peut aller dans certaines régions vers des régimes autoritaires et répressifs et même vers des fascismes et des populismes fascisants. Le troisième danger cible des pays qui seront marginalisés et ruinés. Les risques de guerre sont aussi une issue classique des grandes crises. N’oublions pas que le monde est déjà en guerre et que près d’un milliard de personnes vivent dans des régions en guerre. Les conflits sont permanents et la déstabilisation systématique. Les formes de guerre ont changé avec la militarisation des sociétés, l’apartheid global, la guerre des forts contre les faibles, la banalisation de la torture.

Pour lutter contre ces dangers il faudra renforcer les résistances et élargir les alliances et les coalitions pour les libertés, la démocratie et la paix. De ce point de vue, l’Europe intervient comme un des acteurs principaux porteurs de tous ces dangers, pour les autres régions du monde et pour les classes et les couches populaires européennes.

Les issues à la crise ne sont pas prédéterminées

Les opportunités existent. Elles peuvent être identifiées à partir de l’analyse des impasses de la période néolibérale, des échecs du soviétisme, des limites du keynésianisme des « trente glorieuses », de la crise de la décolonisation.

Retenons six opportunités ouvertes par la crise. D’abord, la défaite idéologique du néolibéralisme  favorise la montée en puissance de la régulation publique. Ensuite, la redistribution des richesses et le retour du marché intérieur redonnent une possibilité de stabilisation et de garantie des revenus et de la protection sociale, de redéploiement des services publics. De même, l’urgence écologique nécessite une mutation du mode de développement social. Dans le même sens, la crise du modèle politique de représentation renforce la nécessité de la démocratie sociale et de la démocratie participative et une nouvelle réflexion sur les pouvoirs. De plus, le rééquilibrage ente le Nord et le Sud ouvre une nouvelle phase de la décolonisation et une nouvelle géopolitique du monde. Sur tous ces aspects, des luttes populaires mettent en avant des propositions passionnantes qui sont marquées par une prise de conscience : l’amélioration des couches populaires ne doit pas passer par la réaffirmation des positions dominantes de l’Europe.

Aucune de ces opportunités ne s’imposera d’elle même ; elles ne pourront déboucher vers des situations meilleures que si les résistances s’amplifient et si les luttes sociales, écologiques, pour les libertés, contre les guerres s’intensifient. Deux interrogations sont déjà posées. Comment éviter l’alliance, entre les forces néolibérales et conservatrices avec les réformateurs, fondée sur des réformes minimales et des régimes verts et autoritaires ? Comment radicaliser un éventuel mouvement des réformes au profit des couches populaires ?

L’incertitude demeure sur les temps et les horizons de la crise. Elle demeure aussi sur le temps de la crise elle-même. Rappelons la crise structurelle précédente, son ouverture officielle en 1929, la Grande Dépression de 1930, le New-Deal en 1933, les nouvelles politiques en 1945, après une guerre mondiale.  Plusieurs sorties sont possibles. L’une est celle d’une dominante conservatrice, celle d’un néolibéralisme de guerre. La deuxième est celle d’une réforme en profondeur du capitalisme sous une  forme néokeynésienne et écologique ou un « Green New-Deal ». La troisième s’inscrit dans la perspective question historique d’un dépassement du capitalisme.

Le mouvement ne néglige pas les améliorations possibles et n’hésite pas à s’engager pour éviter les situations insupportables. Il est aussi, pour sa plus grande part, concerné par une transformation radicale et prend très au sérieux les possibilités, ouvertes par la crise, d’un dépassement du capitalisme. Ce dépassement s’inscrit dans le temps long et n’est pas prédéterminé. Il existe déjà, dans la société actuelle, des rapports sociaux qui le préfigurent, comme des rapports sociaux capitalistes ont émergé dans les sociétés féodales. Le nouveau monde né dans l’ancien se construit dès aujourd’hui et passe par des ruptures. Il part des contradictions vécues et en construit des nouvelles. Un nouveau projet d’émancipation collective est à l’ordre du jour. Le capitalisme n’est pas éternel, la question de son dépassement est d’actualité. Et nous devons commencer dès maintenant à revendiquer et à construire un autre monde possible.

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