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La mutation des politiques urbaines (résumé) – ADP – 3p – 05.03.2018 – Urbain

La mutation des villes et des politiques urbaines
Résumé de l’intervention à l’ADP

Gustave Massiah
5 mars 2018

 

Le rapport de Leilani Farha, rapporteuse de l’ONU sur le logement convenable interpelle la financiarisation « en tant qu’élément de droit à un niveau de vie suffisant ainsi que sur le droit à la non-discrimination à son égard ». La conclusion de son rapport est que la financiarisation n’a pas permis et ne permet pas un droit à un niveau de vie suffisant ni à un droit à la non-discrimination.

Que représente la financiarisation dans le temps long de l’évolution urbaine et quelles sont les questions qui se posent dans la phase actuelle ?

Les politiques urbaines définissent les manières spécifiques d’agir dans le cadre des modèles urbains. Quels sont les modèles urbains existants et comment peuvent-ils évoluer ? A chaque modèle de développement, correspond un modèle urbain. La ville que nous connaissons est constituée de l'articulation des modèles précédents.

Quelques modèles urbains fonctionnent comme des évidences pour la ville actuelle ? Le modèle fordiste est celui de la deuxième révolution industrielle ; il fonctionne encore comme une évidence. Ce modèle a complètement renouvelé la conception même du salariat, et a lié le logement au salariat. Sa représentation architecturale et urbaine était celui de la Charte d’Athènes, le modèle du zoning et de la ville sociale-libérale. Pour beaucoup de professionnels et beaucoup d’habitants, elle est encore une évidence. Il y a aussi le modèle des indépendances nationales qui a accompagné les villes pendant la période de décolonisation, avec ses réussites et ses échecs. Nous vivons aujourd’hui dans un modèle qui commence à la fin des années 1970, qui s’impose dans les années 1980, et qui est le modèle de l’ajustement structurel. Il donne naissance à un modèle urbain qu’Alain Durand-Lasserve a appelé « le modèle de la ville libérale mondiale ».

Ce qui devient dominant du point de vue de la rationalité, c’est le capital financier. Le capital financier détrône en quelques sortes le capital industriel. D’ailleurs, il détrône également le capital foncier. Mon hypothèse c’est qu’effectivement nous sommes dans une période de crise de ce modèle de développement, de la financiarisation. En 2008, c’est la démonstration de cette crise, avec la crise des subprimes. Le capital financier s’est saisi de l’urbain et est passé par l’endettement, par la logique de la dette, comme manière de fonctionner dans le fonctionnement du marché des capitaux. Une phrase m’a beaucoup frappé et qui traduit bien cette logique : « des capitaux qui cherchent des projets ». Avant, c’étaient des projets qui cherchaient des capitaux.

Il y a trois scénarios possibles de modèles de développement avec trois modèles urbains correspondants. Le premier modèle est celui de la poursuite de la financiarisation. C’est celui de l’économie verte : l’idée est de créer un marché illimité par la financiarisation de la nature et la marchandisation du vivant. Le modèle urbain lié à cette idée de sortie de crise, c’est celui du développement de la financiarisation : on ne produit pas en fonction des besoins mais en fonction de l’argent que l’on a à placer.

Un autre scénario serait celui du Green New Deal. La référence au New Deal correspond à l’idée dune nouvelle économie, renouvelant le modèle fordiste et keynésien, lié à une économie verte.

Le troisième scénario est celui de la transition écologique sociale et démocratique. Il avance des nouvelles notions, de nouveaux concepts en cours de construction, qui bouleversent la pensée urbaine et vont bouleverser les modèles urbains. Par exemple, les biens communs, qui sont une autre manière de réfléchir à la propriété ; le buen vivir qui est une autre manière de penser la consommation ; la propriété sociale qui permet de dépasser la contradiction entre propriété d’Etat et propriété privée ; les budgets participatifs etc.

La ville du futur sera une articulation entre ces trois modèles. Les professionnels devront apprendre à articuler leurs propositions en fonction de situations très différentes.

Pour terminer, je dirai que nous sommes dans une période contradictoire. 2008 a montré qu’il y avait un épuisement de la financiarisation, de la phase actuelle de la mondialisation. Nous avons connu juste après une période qui, pour des urbanistes et tout professionnel urbain, est importante, celle de 2011. A cette date, nous avons connu une cinquantaine de mouvements insurrectionnels, de révolutions urbaines qui fabriquent aussi des modèles de villes futures. Ils ont renouvelé l’idée du droit à la ville à travers l’idée du droit à l’espace public, qui a été remis sur le devant de la scène, présenté comme une nécessité de la reconstruction des modèles urbains. Actuellement, nous vivons une période de contre-révolution, avec une montée des idéologies racistes, xénophobes, sécuritaires, que l’on peut observer dans beaucoup de pays du monde.

Cette contre révolution empêche de voir une période de révolution longue qui change complètement la manière de penser les villes et de les faire. Nous vivons cinq révolutions majeures, des révolutions de longues périodes, générationnelles. La ville nouvelle va partir de là. Ces révolutions sont inachevées et elles ont comme répercussions d’énormes violences. Il s’agit de : la révolution du droit des femmes qui voit des rapports millénaires remis en cause ; les droits des peuples qui correspond à une deuxième phase de la décolonisation, après celle de l’indépendance des Etats ; la révolution écologique, qui est une révolution philosophique, celle du temps fini qui remet en cause l’idée même du développement ; la révolution du numérique et de la biotechnologie qui modifie l’écriture et le langage et qui est une révolution culturelle majeure ; la révolution du peuplement de la planète et des migrations massives.

Cette période est celle de la réinvention de la manière de penser et de produire les villes, et ce sera certainement très difficile et très passionnant.

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