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JPEM, Elong Mbassi, la passion de l’unité africaine – 7p – 17.12.2021 – Afrique

Jean Pierre Elong Mbassi, JPEM, 2021

La passion active de l’unité africaine à partir des collectivités locales africaines

Gustave Massiah
23-12-2021

 

Je connais Jean Pierre Elong Mbassi, que je nommerai pour simplifier JPEM, depuis quelques dizaines d’années et je découvre toujours sa personnalité exceptionnelle, sa curiosité, sa capacité d’écoute, son enthousiasme, ses engagements et son amour de l’Afrique.

Je l’ai rencontré pour la première fois, à Paris, dans les locaux du Service des Missions Urbanisme et Habitat rattaché à l’Agence Coopération et Aménagement dans les années 1970, à l’occasion de séances de formation sur l’urbanisme, l’aménagement et la coopération. JPEM y a travaillé de 1973 à 1980, s’initiant à la théorie et à la pratique de l’urbanisme, reliant la recherche à l’opérationnalité. JPEM était, jeune géographe, responsable des stages des étudiants, en majorité africains. Il organisait des stages de longe durée dans des quartiers populaires des villes africaines. J’avais beaucoup apprécié le sérieux de l’organisation de ces stages et aussi les formes très innovantes de l’immersion dans les réalités urbaines africaines et la recherche de voies nouvelles, mêlant l’écoute et l’attention aux conditions de vie de habitants à l’attention portée aux changements et aux innovations. Ce fut le début d’une longue amitié. Comme tous ceux qui ont connu JPEM, j’appréciai son engagement, son opiniâtreté, son ouverture et ses grandes qualités d’écoute et de compréhension.

En 1981, JPEM trouvera enfin l’occasion de travailler dans son pays, le Cameroun, dans sa ville Douala. Le premier projet urbain financé par la Banque Mondiale au Cameroun porte sur quartier Nylon ; il s’agit d’un projet pour la restructuration et l’aménagement d’une zone d’habitat insalubre de 300000 habitants. JPEM va y rester dix ans et en sera le directeur. Cette immersion dans un quartier populaire lui donnera une expérience et la pratique d’un aménageur qu’il n’oubliera jamais. Elle lui permettra de se construire une philosophie de l’action à l’écoute des habitants et avec la recherche de leur accord et de leurs actions. Il tentera des démarches innovantes, dont plusieurs avec succès. Il s’était lancé avec enthousiasme dans cette aventure, une des premières opérations de rénovation d’un quartier en Afrique.

Pendant ces dix ans, JPEM va apprendre à se forger une stratégie d’intervention qui comprend d’abord la fidélité aux habitants, à leur écoute et au respect de leur parole. Il apprendra aussi la nécessité de tenir compte des autorités administratives et politiques, de ne pas affronter frontalement leurs directives tout en préservant son autonomie et ses marges de manœuvre. Il apprendra aussi à travailler avec les institutions internationales et les bailleurs de fond. Il saura qu’il faut se faire respecter par la recherche de l’excellence technique et qu’il faut faire respecter son autonomie en cherchant à combiner les propositions innovantes et une liberté de parole en évitant que la critique systématique n’entraîne le refus de l’écoute.

Malgré les embuches et les difficultés, il avait démontré qu’une action est possible. Il n’avait pas évité les remises en cause et les accusations. Mais la reconnaissance de l’action engagée pendant ces dix ans lui a permis d’avoir raison de ces critiques.  C’est cette pratique et sa volonté de résistance et de faire front aux critiques qui lui a valu la reconnaissance des techniciens camerounais, des élus locaux et de la société civile au Cameroun qui lui sont toujours restés fidèles comme on a pu le vérifier à toutes les occasions, notamment dans les Africités.

JPEM a toujours eu le Cameroun au cœur. Et les camerounais le lui rendent bien

Chaque fois que l’occasion s’est présentée, il a accepté d’être mis en avant et de témoigner pour le Cameroun et pour la démocratie, sans non plus tirer la couverture à lui et en soutenant ceux qui lui paraissaient le plus susceptibles de faire avancer son pays.

Au début des années 1990, les institutions de coopération prennent conscience de l’importance du local tout en prenant soin de laisser la priorité aux Etats. La Banque Mondiale et la Coopération française vont créer, en 1992, deux bureaux techniques, deux programmes de développement municipal (PDM), le PDM Ouest à Cotonou, au Bénin, et le PDM Est à Harare, au Zimbabwé. JPEM va se retrouver secrétaire général du PDM Ouest. JPEM m’a proposé de soutenir le PDM Ouest, en tant que conseiller, ce que j’ai accepté avec plaisir.

JPEM va s’investir dans le PDM et en faire un outil incontournable. Il va former avec le Président du PDM, Daby Diagne, Président de la Région de Louga au Sénégal, une équipe remarquable. Ils vont commencer par consolider l’autonomie du PDM en en faisant un outil d’excellence. Pour exister, pour résister, l’engagement est nécessaire mais il ne suffit pas, c’est la durée qui compte. Les institutions qui financent en ont vue d’autres. Pour les convaincre d’abord, pour leur résister ensuite quand elles ne contrôlent plus complètement et qu’elles sentent qu’il y a un risque que ça leur échappe, il faut démontrer l’excellence technique et une gestion inattaquable.

JPEM a d’abord consolidé le PDM sur un plan technique, pas à pas, avec un sérieux inattaquable. Le PDM s’est imposé par une excellence technique et une ouverture fondée sur la recherche d’innovations, exigeante et consciente. JPEM a découvert et démontré qu’en Afrique, quand quelque part se construit une opportunité sérieuse orientée vers la satisfaction des besoins du plus grand nombre, beaucoup d’africains sont prêts à s’y engager, et beaucoup de techniciens et d’experts sont prêts à y participer. C’est ce qui est arrivé avec le PDM. Souleymane Maiga qui avait été maire de Gao au Mali, est arrivé en disant, c’est avec vous que je veux travailler. De nombreux maires, comme celui d’Abidjan, Nkoumo Mobio, la mairesse de Port Boué, Hortense Aka Anghui, de Dakar, Alioune Diop, le commissaire à la décentralisation du Burkina Faso, Antoine Sawadogo, et bien d’autres vont s’investir dans le PDM. Pierre Aubry, consultant pour la coopération canadienne sera enthousiasmé par le PDM. Michel Arnaud, un des urbanistes reconnus de la coopération française et Jean Marie Cour, économiste réputé expert de l’OCDE, appuyés par un jeune économiste brillant, François Yatta, vont participer à la création d’un nouveau modèle, ECOLOC, fondé sur une comptabilité locale intégrant le secteur informel, permettant de développer l’économie locale africaine. Laurent Bossard construira une alliance entre le PDM et le Club du Sahel. C’est un des traits de caractère de JPEM ; quand on lui propose une innovation importante, il ne dit pas non, il en accepte les risques en disant : essayons et nous verrons si c’est possible. Il libère ainsi beaucoup de dynamismes.

Le PDM était un bureau mis en place par les institutions de coopération, la Banque mondiale, la coopération française et la coopération canadienne. Le Conseil d’Administration était formé par les représentants de ces institutions. Le PDM avait développé une nouvelle fonction, le soutien à la création dans des pays africains, d’associations nationales d’élus locaux. JPEM et Daby Diagne ont proposé cette nouvelle voie au PDM, tout en assurant le sérieux technique et des opérations, ils ont défini un nouvel objectif, soutenir les élus locaux, construire les associations de collectivités locales africaines, les renforcer et les faire reconnaître. Les associations nationales d’élus locaux étaient représentées dans un comité consultatif du PDM. Et puis, un jour, JPEM et Daby Diagne ont vu l’opportunité d’un changement. Ils ont proposé de donner la direction aux élus, de former le Conseil d’administration du PDM à partir des associations nationales africaines d’élus locaux. Un comité consultatif a été créé pour les institutions de financement et de coopération. C’était un coup d’état et la naissance d’une nouvelle institution africaine, une proposition de démarche démocratique et la reconnaissance des collectivités locales africaines. Il y avait à partir de là, une différence de nature dans l’évolution du PDM ouest, entre le PDM Ouest le PDM Est.

C’est à partir de ce moment que JPEM va gagner une nouvelle stature. Pour être accepté et reconnu, les compétences techniques et les capacités de gestion ne suffisent pas ; il faut une base sociale qui vous reconnaisse et vous défende. La base sociale, ce sont les élus locaux, les associations d’élus locaux. La perspective c’est la construction de l’unité africaine à partir des collectivités locales ; la stratégie, c’est la construction de l’unité africaine par le bas, par le local. Avec la difficulté et aussi l’avantage que les collectivités locales se renouvellent plus souvent et ont moins de risque de paralysie bureaucratique que les Etats.

En 1996, JPEM participera très activement à Habitat 2 à Istanbul. Kofi Annan qui deviendra secrétaire général des Nations Unies en 1997, est très au fait des difficultés de l’ONU dont il a été responsable du budget depuis 1990. L’Onu est confronté à l’offensive des Etats Unis qui ne contribuent plus financièrement et qui contestent le rôle de l’ONU. Il s’appuiera sur la série des grandes conférences lancée à partir de 1992, avec Rio 2, la conférence des Nations Unies pour le Développement et l’environnement pour chercher de nouveaux alliés dans le monde associatif, les ONGs et les sociétés civiles. Il cherchera à élargir son alliance avec les municipalités à Istanbul. Le mouvement municipal mondial est justement en construction. JPEM va s’engager dans cette aventure. Il apportera son appui avec la légitimité technique du PDM et la participation des maires africains. Il jouera un rôle très important, qui ne cessera plus, en participant à la montée en puissance des collectivités locales au niveau international. De 1996 à 1999, il sera le tout premier Secrétaire Général de la Coordination Mondiale des Associations des Villes et des Autorités Locales qui donnera naissance à CGLU. Il y jouera un rôle de premier plan et continue encore à être une référence écoutée et recherchée dans le mouvement mondial des municipalités.

En 1998, Daby Diagne et JPEM se lancent dans une nouvelle initiative improbable. Ils cherchent toujours à faire reconnaître le rôle des collectivités locales africaines en Afrique et sur la scène internationale. C’est pour eux une action complémentaire et nécessaire pour légitimer le renforcement et l’action de ces collectivités locales et leur reconnaissance par les Etats africains qui ne voient pas toujours d’un très bon œil une autonomie que certains considèrent comme une concurrence politique. Ils décident, après discussion au Conseil d’Administration du PDM Ouest, composé d’association nationale de pouvoirs locaux, d’organiser une première rencontre des maires africains, c’est le lancement du premier « Africités ». Le maire d’Abidjan propose de recevoir cette rencontre à l’Hôtel Ivoire d’Abidjan. Et le ministre de l’intérieur ivoirien invite les ministres africains en charge des collectivités locales à se joindre à cette réunion. C’est un pari un peu fou rendu possible par la solidité du PDM Ouest.

C’est un moment improbable. Il faut imaginer la tension et l’incertitude. La veille de la rencontre, nous étions à l’Hôtel Ivoire, en se demandant qui viendrait. Les maires ivoiriens sont là. Et puis, on apprend par un coup de téléphone que les maires burkinabés arrivent en taxi depuis Ouagadougou. Et les maires d’Afrique du Sud débarquent à l’aéroport. Quelle émotion, c’est la première fois que des africains de toute l’Afrique se retrouvent. L’émotion est à son comble à l’arrivée des maires d’Afrique australe. Les participants pleuraient de bonheur en s’embrassant, c’est la première rencontre de l’Afrique locale.  Le soir le maire de Treichville invite les congressistes à dîner et danser dans son quartier ; c’est une des premières soirées populaires de rencontre africaine.

Il y a certes beaucoup d’enthousiasme. Les maires apprennent à se connaître et les gouvernements locaux s’engagent à dépasser les barrières linguistiques nées de la décolonisation. Pourtant, le débat qui se noue à Africités 1 ne sera pas facile. Une rencontre, publique entre maires et ministres clôture la rencontre. Elle est animée par Alioune Badiane qui apporte la présence de ONU Habitat. Les maires demandent au ministres une reconnaissance, la décentralisation et des moyens pour faire face aux besoins des populations. Les ministres sont méfiants, ils craignent que la décentralisation ne conduise au tribalisme alors que les Etats doivent être consolidés. La discussion est vive mais constructive malgré les réticences. Les maires viennent d’élargir le débat politique en Afrique.

En 1999, Billy Cobbett, ancien directeur général en Afrique du Sud, du ministère du logement du charismatique Joe Slovo, compagnon de Nelson Mandela, devient directeur de Cities Alliance qui va s’imposer comme une des institutions majeures de coopération internationale dans le domaine de l’aménagement, de l’urbanisme et du logement. Billy Cobbett apprécie fortement JPEM et une solide amitié les lie pour une démarche internationale qui donne toute sa place à l’Afrique. JPEM rejoint le groupe très restreint des animateurs de Cities Alliance à partir duquel il sera activement présent dans tous les débats et toutes les initiatives de coopération internationale.

En 2002, Africités a lieu à Windhoek, en Namibie ; le thème retenu est celui du financement des collectivités locales. C’est l’élargissement d’Africités à l’ensemble de l’Afrique à partir de l’Afrique Australe. C’est surtout le retour à l’Histoire de l’Afrique et la légitimation de la démarche par un des leaders historiques de la décolonisation de l’Afrique, Sam Nujoma, président de la Namibie et leader de la SWAPO. Il dira sa joie de recevoir Africités, la concrétisation de l’unité africaine. Dans une conférence d’ouverture ovationnée, Akin Mabogonge, le professeur nigérian le plus reconnu, déclarera : en Afrique, quand on vole du pain, on est emprisonné, et quand on vole des millions, on peut être président ! C’est à Windhoek que JPEM précisera ce dont il a rêvé, construire l’Afrique, l’unité africaine, à partir du local, des collectivités locales africaines. C’est à Africités 2 qu’est énoncée une stratégie, la demande aux trois organisations de coordination AULA, UCCLA et UVA d’œuvrer à l’unification des collectivités locales africaines.

En 2003, Africités 3 a lieu à Yaoundé, au Cameroun. Ce retour triomphal dans son pays est une consécration pour JPEM. Le chef de l’Etat ne vient pas ouvrir la Conférence. Mais les maires camerounais entourent JPEM et le plébiscitent. Africités 3 prépare l’unification du mouvement municipal africain et sa participation au mouvement municipal mondial. Elle sera d’autant plus grande que deux africains président les deux plus importantes organisations mondiales, Daby Diagne préside la Fédération Mondiale des Villes et Cités Unies et Max Ngandwe, du Zimbabwé, préside IULA. Ils décident de mettre en place une organisation panafricaine représentant les gouvernements locaux pour leur permettre de parler d’une seule voix au Congrès mondial des gouvernements locaux unis en mai 2004. C’est le CCRA, qui deviendra CGLU Afrique, dont les statuts seront adoptés à Tschwamé, en Afrique du Sud, en 2005, et qui précédera et préparera l’organisation mondiale des villes.

Le président Chissano, président du Mozambique est alors président de l’Union Africaine. Son statut lui permet d’aller partout en Afrique et il va s’inviter à Africités 3 pour soutenir cette initiative panafricaine. En partant, il dira à JPEM et Daby Diagne : « je crois beaucoup à ce que vous faites ; l’unité de l’Afrique sera difficile, si quelques chefs d’Etat s’y engagent, on peut les acheter ou les tuer, mais 15000 maires, on ne peut pas tous les acheter ou les tuer ! »

En 2006, Africités 4 a lieu à Nairobi, au Kenya. C’est un excellent sommet qui permettra de vérifier l’intérêt pour les collectivités locales de tous les secteurs des sociétés africaines, des collectivités elles-mêmes et de leurs partenaires dans d’autres continents, avec la coopération décentralisée ; des associations, des syndicats, des organisations paysannes et des sociétés civiles ; des professionnels, des chercheurs ; des entreprises, africaines et autres. C’est le cas notamment des institutions de coopération qui commencent à accepter cette nouvelle proposition et les acteurs locaux. C’est notamment le cas de l’Union Européenne où des fonctionnaires et d’anciens fonctionnaires, comme Claire Mandouze, soulignent l’intérêt et l’importance de l’action locale et reconnaissent le rôle des équipes mises en place par JPEM. C’est aussi le cas des institutions africaines et internationales, avec notamment l’appui de ONU Habitat qui a été informée et associée par Alioune Badiane et d’autres fonctionnaires internationaux.

En 2006, après Nairobi, le PDM et GGLU Afrique vont connaître une crise grave qui va durer six ans. A Nairobi, un conflit est ouvert à partir de la volonté du Président sud-africain de CGLUA de mettre le secrétariat en Afrique du Sud en refusant l’accord qui l’avait installé au Maroc. La crise touche aussi le PDM. Les institutions de coopération qui avaient soutenu le PDM prennent ombrage de son indépendance et de ses succès. La coopération canadienne, après la mort de Pierre Aubry qui la représentait, désigne des correspondants hostiles au PDM et à JPEM. La coopération française, toujours attirée par la gestion directe et obéissante, prend ses distances. La Banque Mondiale observe avec prudence. Dans toutes ces institutions, JPEM garde des amitiés fidèles, mais le poids de la diplomatie sud-africaine semble disproportionné. Et les institutions de coopération n’aiment pas les manifestations d’indépendance et ceux qui cherchent d’autres chemins. JPEM ne cherche pas à les affronter directement, mais ils ne peuvent accepter de perdre le contrôle ; c’est l’heure propice à la calomnie et aux coupures de crédits.

JPEM résiste avec pugnacité et courage. Sans abandonner la décision de secrétariat à Rabat, il va se rendre à Johannesburg et y habiter pour continuer la mise en place de CGLU Afrique. Il va se rendre dans plusieurs pays africains en appelant à refuser une division possible entre anglophones et francophones et plus particulièrement au Nigéria où il sera soutenu par Akin Mabogonge. D’un peu partout en Afrique, il sera soutenu par des maires africains qui appellent à l’unité. En 2007, il n’est plus secrétaire général du PDM Ouest qui ne s’en remettra pas et devient secrétaire général de GGLU Afrique.

En 2009, en période de crise, Africités 5 a lieu à Marrakech. C’est un grand succès et un pari gagné avec l’affluence des maires de la plupart des pays africains et des institutions internationales. Les maires marocains sous la présidence du maire de Rabat, Fathallah Oualalou, confirment le rôle qu’ils ont joué dans l’unification de GLU Afrique alors qu’ils présidaient l’UVA. Le Maroc est engagé dans une stratégie d’ouverture sur l’Afrique, économique avec ses entreprises et ses politiques pour combattre l’isolement qui résulte de la question sahraouie. Son intérêt est de soutenir CGLU Afrique, il va donc laisser l’initiative aux maires marocains qui la soutiennent. L’Union Africaine de son côté fait tout pour éviter une scission du continent. Le succès de Africités 5 à Marrakech va conduire à une solution de la crise de CGLUA.

En 2012, à Dakar, Africités 6 est la rencontre de la réconciliation. Les maires sud-africains sont présents et acceptent le secrétariat à Rabat. JPEM voit le succès de sa ligne : ne pas céder sur le fond de l’unité africaine mais laisser toute sa place à l’Afrique du Sud et reconnaître son rôle et son importance. Il défendra l’idée que l’Afrique des villes ne peut pas se construire sans ses trois grandes villes mondiales de plus de 17 millions d’habitants, Le Caire, Lagos et Johannesburg ; sans les vingt grandes capitales de plus de trois millions d’habitants ; les 60 villes entre 1 et 3 millions d’habitants ; les villes intermédiaires ; les petites villes. La rencontre de Dakar sera marquée par la présence très active de Jerry Rawlings, ancien président du Ghana, qui interviendra fortement sur la corruption et le pouvoir.

JPEM a construit un chemin entre les Etats et les collectivités locales. Il assure que les collectivités locales doivent défendre jalousement leur autonomie par rapport aux Etats. Elles ne peuvent pas être soumises à l’administration centrale, mais elles ne se construiront pas contre les Etats. Certes, l’Afrique est confrontée à la situation d’Etats contraints et contrôlés et de chefs d’Etat sans marges de manœuvre et parfois conduits par des intérêts personnels. Mais l’Afrique ne se construira pas sans institutions et sans Etats. Les collectivités locales africaines peuvent proposer une alternative dans la construction d’Etats démocratiques appuyés sur des collectivités locales solides et démocratiques. C’est pourquoi les Africités laissent une place importante aux acteurs locaux et aux coalitions d’acteurs locaux autour des municipalités. JPEM souligne aussi qu’il ne faut pas généraliser la situation des hommes d’Etat ; l’Afrique a connu des dirigeants qui ont su résister et innover parfois au péril de leur vie. Certains sont venus à Africités et ont soutenu CGLU Afrique.

Les Africités continuent leur chemin ; ce sont des étapes de la construction de l’Afrique municipale et de la construction de l’Afrique à partir du local. En 2015, Africités 7, à Johannesburg a confirmé la réconciliation et a consolidé CGLU Afrique. CGLU Afrique a soutenu la candidature du Maire de Johannesburg, Tau Parks, à la présidence de CGLU. Il a été suivi par Mohamed Boudra, maire de Al Hoceima au Maroc. En 2018, Africités 8 devait avoir lieu en Afrique Centrale, au Congo Brazzaville, mais les difficultés budgétaires ont amené le Congo Brazzaville à y renoncer, et Africités 8 a eu lieu pour la deuxième fois à Marrakech. Le succès a été considérable. Africités 9 aura lieu, en 2022, à Kisumu, au Kenya, sur le thème des villes intermédiaires.

A partir des Africités, JPEM a continué à renforcer CGLU Afrique. Il a multiplié les initiatives associant les collectivités locales africaines. Il a été un des initiateurs de REFELA, le Réseau des Femmes Elues d’Afrique qui a fêté ses dix ans en 2021. Il vient de lancer un Réseau des jeune élus africains. Il poursuit des programmes sur le financement, les investissements, le climat, la culture, le numérique, la planification urbaine et les stratégies locales, les migrations et les diasporas. Exigeant avec lui-même et avec les autres, JPEM poursuit l’objectif déterminant dans sa vie, une Afrique présente, déterminante et indépendante ; l’unité africaine par le bas, à partir du local et des collectivités locales.

JPEM fait partie des hommes qu’on est heureux et fier d’avoir connu et accompagné.

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