HOMMAGES

Immanuel Wallerstein, un penseur exemplaire et engagé – version longue – 10p – 25.10.2024 – Hommage

Immanuel Wallerstein,
Un penseur exemplaire et engagé

Version longue

Gustave Massiah
25-10-2024

  1. Un philosophe engagé et un grand pédagogue

 

Immanuel a beaucoup compté, pour moi comme pour beaucoup d’autres. Je l’ai rencontré au début des années 1970, dans les séminaires que Samir Amin organisait à l’IDEP à Dakar. J’ai plusieurs fois assisté aux séminaires qu’il organisait à Paris, à la MSH. A partir des années 1990 nous nous retrouvions régulièrement dans les manifestations du mouvement altermondialiste et nous assistions ensemble aux forums sociaux mondiaux. Quand il arrivait à Paris, nous nous retrouvions avec Christophe Aguiton[1] pour faire le point sur le mouvement des FSM. Et nous étions présents aux rencontres d’accueil organisées par Jeanne Singer pour son arrivée à Paris, avec Béatrice, son épouse, et souvent avec Luciana Castellina et Rossana Rossanda quand elles étaient à Paris. 

Immanuel a représenté ce qu’on pouvait imaginer de mieux comme figure de l’intellectuel engagé, dans la lignée des grands intellectuels qui ont donné leurs lettres de noblesses à la pensée scientifique, culturelle et politique. C’était d’abord un grand philosophe. Sa philosophie était nourrie de sa connaissance des sciences sociales auxquelles il avait contribué et dans lesquelles il excellait. Économiste, il prolongeait la démarche marxiste et participait à son renouvellement. Historien, il naviguait dans l’histoire longue et avait créé le Centre Fernand Braudel à l’Université d'État de New York à Binghamton. Sociologue, il était attentif à l’évolution et à la compréhension des sociétés et il avait présidé l’Association internationale de Sociologie de 1994 à 1998.

Immanuel nous a tellement appris ! Comme les très grands pédagogues, il osait penser à haute voix devant son auditoire et faire découvrir de nouvelles hypothèses. Je me souviens du jour où il était parti de Cromwell pour développer la réflexion sur la question de la stratégie politique. Ainsi, il interrogeait la stratégie du pouvoir politique en montrant les limites de l’équation de Cromwell : créer un parti, pour conquérir l’État, pour changer la société. Cette stratégie avait permis à la bourgeoisie de conquérir le pouvoir. Emmanuel Terray fait remonter cette stratégie au Parti Chrétien entre le 1er et le 3ème siècle. Les internationales successives, après la première, l’avaient adopté et nous en voyons aujourd’hui les limites et la nécessité de repenser la stratégie socialiste, de confronter la forme-parti à la forme-mouvement.

Immanuel était un enseignant hors pair. Il n’imposait pas ses leçons. Il avait cette qualité rare d’oser penser à haute voix pour son auditoire. Ses cours et ses séminaires étaient des moments de grande création ; ils permettaient d’approfondir, de croiser les approches, de toujours s’accrocher aux réalités. On découvrait toujours des nouvelles propositions, des plongées dans l’Histoire, des raisons de s’engager. Il savait aussi galvaniser de larges publics. Un souvenir, parmi tant d’autres : au Forum Social Mondial des États Unis, à Détroit, en juin 2010, il était au centre de discussions animées de plusieurs heures avec une audience enthousiaste de centaines de jeunes assis par terre.

  1. De L’Afrique aux systèmes-monde

Immanuel a d'abord été un spécialiste des sociétés africaines après les indépendances. Au début des années 1970, une période où sous l'impact des mouvements de 68 de nouvelles approches intellectuelles apparaissent et se développent, il fut l'un de ceux qui élabora une nouvelle façon d'appréhender les réalités sociales : l'analyse des "systèmes-monde". Cette approche apparut à la confluence de plusieurs grandes ruptures datant des années 60, voire des années 50.

Ce qui a permis à Immanuel d’élargir son horizon et de situer ses analyses et ses systèmes-mondes à l’échelle de la planète a été sa compréhension du caractère historique fondamental de la décolonisation. Il s’est engagé pour la décolonisation, ce qu’illustrent ses premiers travaux : L'Afrique et l'indépendance, Ed. Présence africaine, 1966 et Les Inégalités entre les États dans le système international : origines et perspectives, Ed. Centre québécois des relations internationales, 1975. Il était très attentif à l’école de la dépendance et aux analyses articulant « centre et périphérie » dans l’analyse de la longue période.

Immanuel a également contribué à l’analyse des sciences sociales. Il a pour cela établi une cartographie historique des disciplines universitaires. C'est à la fin du XVIIIème siècle que les sciences empiriques se séparèrent de la philosophie et des "humanités", créant ainsi une césure entre deux cultures. La Révolution française a ouvert une nouvelle phase où l'étude des réalités sociales, économiques et politiques s'est avérée indispensable pour pouvoir agir sur celles-ci : c’était l'émergence des sciences humaines. L'histoire, rompant avec l'hagiographie, puis l'économie, la sociologie et les sciences politiques se sont construits "entre" sciences empiriques et philosophie. Un peu plus tard, la nécessité pour les états et les intellectuels occidentaux de comprendre les autres sociétés amène l'apparition de l'anthropologie, l'orientalisme puis les études sur le développement après la 2ème guerre mondiale. Les réalités du monde postcolonial et le développement universitaire dans le reste du monde ont entraîné une crise dans la séparation des disciplines universitaires et ont permis l'apparition des théories "hérétiques" qui ont été la base sur laquelle s'est construit l'analyse des systèmes-monde. Il est possible de retrouver ces analyses dans l’ouvrage « Impenser la science sociale. Pour sortir du XIXème siècle » Ed. PUF, 1995.

Dès le début des années 1980, Immanuel a été présent dans une série de rencontres et de séminaires, au départ à Dakar, à l’initiative de Samir Amin, avec des intellectuels engagés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Cette approche s’inscrivait dans la recherche de l’autonomie d’une pensée décoloniale ; elle s’est prolongée dans les forums sociaux mondiaux. Il a participé au groupe formé par quatre historiens et économistes (Samir Amin, Giovanni Arrighi, André Gunder Frank et lui-même) revendiquant l’appropriation de l’histoire longue à partir de la périphérie et de la lutte anticoloniale. Ce qui a débouché sur deux ouvrages : La crise, quelle crise ? Ed. Maspéro 1982 et Le grand tumulte ? Les mouvements sociaux dans l'économie-monde, Ed. La Découverte, 1991.

Immanuel a eu, avec Samir Amin, l’intuition du Sud Global. Leur travail avec André Gunder Frank et Giovanni Arrighi[2] a renouvelé les perspectives en rappelant le rôle des civilisations du Sud dans l’Histoire Mondiale. Un de ses plus beaux livres, pour moi, est L’universalisme européen, de la colonisation au droit d’ingérence[3] qui repart de la controverse de Vallolid en 1550 (sur les « esclaves naturels » et pour savoir si les amérindiens peuvent avoir une âme). Ce livre permet de comprendre l’ancienneté et l’importance des mouvements contre le racisme et les discriminations aujourd’hui dans le monde. Pour Immanuel, on ne pourra construire un universalisme réel si on ne lutte pas contre l’universalisme européen. Immanuel et Etienne Ballbar ont conduit pendant plusieurs années un magnifique séminaire dont les conclusions ont été éditées dans le livre très important « Race, nation, classe, les identités ambiguës [4] ».

Immanuel avait participé à l’aventure braudélienne de l’histoire du capitalisme. Il partageait avec Fernand Braudel la passion du temps long et de « la grammaire des civilisations ». Quand Thierry Paquot interviewe Fernand Braudel[5] et lui dit à un moment « Votre disciple Wallerstein » Fernand Braudel s’écrie « mais, Immanuel n’est pas mon disciple, il m’a autant apporté et appris que j’ai pu le faire pour lui ».

Immanuel a croisé l’approche braudélienne du temps long avec la démarche et les interrogations issues du marxisme et des « théories de la dépendance ». Les théories de la dépendance critiquaient l'analyse du sous-développement comme étant lié à l'arriération d'un pays et y opposaient l'idée que la cause en était le développement même du système capitaliste auquel participaient ces pays dans le cadre d'un échange inégal. A partir d'une analyse économique (Raul Prebish, Andre Gunder Frank), les théoriciens de la dépendance ont élargi leur approche en y intégrant une critique philosophique (Enrique Dussel) et sociologique (Anibal Quijano) de la "différence coloniale" qui a été du XVIème au XXIème siècle le mécanisme qui a minoré la connaissance non occidentale. Anibal Quijano a ainsi montré que la "colonialité" était une dimension omniprésente de la modernité : l’émergence du commerce transatlantique triangulaire a constitué en même temps la modernité, le capitalisme et la colonialité basée sur la hiérarchie entre les races.

Parallèlement, des marxistes indépendants, pour la plupart anglo-saxons, entamaient une réflexion sur la transition du féodalisme au capitalisme. Paul Sweezy, économiste américain, a mis l'accent sur les facteurs exogènes, en particulier les flux commerciaux, pour expliquer l'évolution des sociétés féodales européennes. Ces débats, comme ceux posés par les théoriciens de la dépendance, avaient des conséquences politiques directes : ils permettaient de remettre en cause l'orientation des partis communistes classiques qui entendaient respecter les étapes de l'évolution des sociétés – le capitalisme devant succéder au féodalisme – et qui confinaient les luttes sociales et politique au sein des sphères nationales.

Immanuel approfondit l’analyse du système monde capitaliste dans Comprendre le monde, analyse des systèmes mondes, Ed. La Découverte 2009. Il propose une présentation des débuts du capitalisme dans Capitalisme et économie monde 1450-1640, Ed. Flammarion 1980. Il rédige une approche synthétique et très pédagogique dans Le capitalisme historique, Ed. La Découverte 1985

  1. Penser les révolutions, de 1848 et des années 1968, et penser l’altermondialisme

Immanuel était passionné par les révolutions. Il en a été un des penseurs en tant que philosophe, qu’historien et militant engagé. Il a accordé une grande importance à la révolution européenne de 1848 et à son rôle dans la structuration du champ idéologique. Il considère que les années 1968, de 1965 à1973, ouvre un profond changement géoculturel. Il s’est passionné, a analysé et s’est engagé dans le mouvement altermondialiste.

La révolution de 1848 a été courte, mais elle a changé les termes du débat. La "révolution européenne" de 1848 a vu l'apparition d'un courant radical porteur d'une critique sociale d'ensemble. Les conservateurs ont mis en avant le seul pays européen épargné par cette révolution, la Grande-Bretagne où pourtant les mouvements sociaux avaient été très importants. Les politiques "conservatrices éclairées", avec une série de concessions limitées, se sont généralisées au reste de l'Europe dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Les radicaux, de leur côté, s'éloignèrent rapidement de la voie des communautés utopiques pour s'engager sur le terrain politique. Les libéraux, enfin, s'engagèrent également sur le terrain politique afin que les affaires importantes soient confiées aux experts, avec une orientation centriste entre conservateurs et radicaux. Ces positions aboutirent à la domination d'un programme libéral dans les pays les plus puissants du système-monde. Ce programme portait sur l'élargissement progressif du droit de vote en même temps que la mise en place d'un système d'éducation généralisé, le renforcement du rôle de l'état assurant la mise en place de systèmes minimaux de protection sociale et la promotion du sentiment national chez les citoyens pour assurer la cohésion du système.

Immanuel insistait beaucoup sur les révolutions de 1848. Et sur le débat qui a marqué les internationales sur les forces porteuses de la libération. S’agit-il des forces sociales, et plus particulièrement du prolétariat ouvrier, ou des forces nationalistes qui luttent pour un Etat sous la direction d’un bloc national relativement homogène. On pensait ce débat clôt avec la décolonisation ; on réalise aujourd’hui qu’il a repris vigueur avec la décolonisation inachevée et limitée à l’indépendance des Etats. Aujourd’hui, il faut redéfinir les articulations entre la solidarité internationale, comme valeur de référence et mouvement social, l’internationalisme au niveau des rapports entre mouvements sociaux et mouvements nationaux, et l’altermondialisme, qui propose un « nouveau monde possible » construit par les mouvements sociaux et citoyens.

Pour Immanuel, le courant radical - ou courant anti-systémique - apparu avec la révolution de 1848 a paradoxalement renforcé le système, au moins jusqu'en 1968, en permettant la victoire du libéralisme au lieu de le remettre en cause. Pour l’expliquer, Immanuel avance deux raisons. Les conséquences de la longue lutte pour la reconnaissance, et donc l'intégration, menée par les syndicats et les partis ouvriers. La césure profonde entre ces organisations dominées par les ouvriers qualifiés, pour la plupart blancs et masculins, et les autres mouvements de critique radicale du système, féministes, minorités ethniques ou religieuses, et les mouvements d'émancipations nationales engagés dans la décoloniation.

Immanuel accordait une très grande importance à la période 1965 à 1973, avec tous les « mai-1968 » dans le monde. Pour lui, il s’agit d’un changement géoculturel profond, d’une nouvelle période, d’une révolution culturelle. Il voyait bien la régression de la pensée et la récupération par les « nouveaux philosophes ». Mais, pour lui, et je partageai complètement ce point de vue, le vent des libertés de penser préparait une nouvelle période. Il en a parlé au Forum Social des États Unis à Détroit, en 2010, dans une salle galvanisée de jeunes activistes américains et internationaux.

Pour Immanuel, la révolution mondiale de 1968 a marqué la fin de l'hégémonie libérale et a été un facteur supplémentaire de déstabilisation du système-monde. Les mouvements de 1968 ont permis aux forces anti-systémiques d'intégrer des problématiques qui étaient dissociées dans la période précédente, question sociales, environnementales, féministes, raciales, etc., et de s'affirmer de façon autonome. Les forces libérales et conservatrices ont pris en compte, dans une première étape, les évolutions culturelles portées par 1968 mais se sont attachées à rétablir les taux de profits en baissant le coût du travail et les impôts par des politiques initiées par Reagan et Thatcher, appuyées sur la mondialisation. Mais ces politiques ont échoué dans leurs objectifs de relance de l'expansion économique et les attentats du 11 septembre 2001 ont permis aux conservateurs de se séparer des libéraux avec les interventions militaires unilatérales et la remise en cause de l'évolution culturelle entamée par 1968. Tous ces éléments accentuent encore le caractère instable et chaotique de la situation actuelle et ouvrent une période de fluctuations brutales dans toutes les sphères institutionnelles du système-monde. A partir de là, les trois blocs idéologiques (conservateur, libéral, radical) vont évoluer avec les tentations des conservateurs vers l’extrême droite ; avec le néolibéralisme et les contradictions du camp radical.

Au tournant des années 2000, Immanuel a été un des penseurs du mouvement altermondialiste. Il y a participé très activement en apportant une vision, nourrie par ses recherches, son engagement et son approche dialectique. Il était soucieux de situer le mouvement dans une dynamique historique tout en apportant une grande attention aux contradictions et aux contre-tendances. Il accordait une importance particulière à ce qu’il définissait comme un mouvement anti-systémique s’opposant à la logique dominante. Il concevait le processus comme un mouvement qui part de la lutte des classes et qui l’élargit. Pour lui, à chaque période historique, les classes principales sont antagoniques, mais elles forment des blocs de classes avec des alliances qui opposent le mouvement dirigeant le système avec le mouvement anti-systémique qui s’y oppose. Il nous a légué une méthode qui présente l’intérêt de ne pas restreindre l’analyse sociale et l’Histoire aux affrontements économiques et qui laisser place aux dimensions idéologiques, culturelles et politiques. Sur ces dimensions essentielles, Immanuel a publié un de ses livres les plus percutants : L’universalisme européen, de la colonisation au droit d’ingérence, Ed. Démopolis 2008 qui dissèque les prétentions de l’idéologie dominante à capter l’universalisme.

Dans la longue préface de 23 pages qu’il a rédigé pour la version anglaise de mon livre, écrit avec Elise Massiah, Une stratégie altermondialiste, Ed. Black Rose Books en 2013, à partir des Ed. La Découverte en 2011, il explicite l’importance du mouvement altermondialiste. Il indique que le mouvement est porteur d’une rupture avec la théorie de la prise du pouvoir qui a dominé longtemps les mouvements anti-systémiques : d’abord conquérir le pouvoir d’Etat, puis ensuite changer la société. Il concluait qu’il faut partir de l’action de chacun pour contribuer à changer le cours des évènements. La plus petite contribution, comme le battement des ailes du papillon à l’autre bout du monde qui fait partie de la tempête qui vient, est nécessaire, indispensable, disait-il. Il n’y a pas de « petites » luttes, de « petites » résistances. Il y a un ensemble disparate d’actions et d’interventions qui parfois, mais pas toujours, convergent pour forcer des « grands » changements. Cette action collective et continue est l’élément déterminant pour « construire un autre monde possible, un meilleur monde »

Immanuel a insisté sur le débat stratégique défini par la bourgeoisie et repris après le débat de la 1ère Internationale avec l’équation : construire un parti, conquérir l’état, changer la société. Il faut bien constater que le parti devient parti-état avant d’avoir conquis l’État et que l’État n’est pas l’élément déterminant du changement radical de la société. Dans le mouvement altermondialiste, les partis ne peuvent pas participer en tant que tels et diriger les Forums sociaux et les mouvements. Les mouvements sociaux déterminants sont toujours les mouvements paysans, les mouvements ouvriers, les mouvements syndicaux ; ils sont interpellés et redéfinis par les mouvements des femmes, le mouvement décolonial, l’écologie, les migrants, les peuples premiers, … La stratégie des mouvements doit répondre aux trois grandes contradictions : les contradictions sociales avec les inégalités et les discriminations ; les contradictions écologiques avec la mise en danger du climat et de la biodiversité ; les contradictions démocratiques qui ne peuvent pas se limiter au modèle de la démocratie occidentale et qui doivent réinterroger les autoritarismes. La question des formes d’organisation politique, la mutation des forces politiques, reste à réinventer.

 

Parallèlement, comme nous l’avons signalé, Immanuel et Etienne Balibar ont organisé, à la Maison des Sciences de l’Homme, à Paris, un séminaire, de 1985 à 1987, autour du thème Race, Nation, Classe. Il se traduira par le livre Race, Nation, Classe, les identités ambigües, Ed. La Découverte 1988, réédité en 200). Cette approche matérialiste reste toujours d’une grande actualité sur la nécessité d’élargir la lutte des classes sociales en tenant compte d’autres dimensions, notamment la question du genre qui s’est imposée, ces trente dernières années, comme une question essentielle.

Immanuel accordait une très grande importance aux révolutions culturelles. Il considérait qu’il y avait une rupture qui avait commencé avec les bouleversements idéologiques visibles dans le monde dans les années 1968. Au-delà des contre-révolutions, il faisait le lien entre les idées qui ont éclaté à ce moment avec le mouvement altermondialiste, avec le mouvement écologiste et avec les mouvements des places à partir de 2011. Il considérait que la violence des réactions idéologiques, géopolitiques, militaires, démontrait l’importance des changements en gestation. Les périodes historiques ne se succèdent pas de manière tranchée, elles s’interpénètrent et se combinent dans le temps long. L’Histoire du futur n’est pas écrite et il faut être attentif à ce qui surgit de nouveau. Immanuel était à l’écoute du monde nouveau et il le faisait sans se départir d’un très grand humour. Il avait répondu un jour dans un débat que nous avions à Porto Alegre « je partage complètement l’analyse de Occupy Wall Street sur les 1% et les 99%, mais il ne faut pas oublier que 99% ne suffisent pas pour faire une majorité ! »

  1. Les débats idéologiques et politiques

Pour Immanuel une idéologie est plus qu'une vision du monde ou un ensemble d'idées et de théorie : c'est une "stratégie cohérente d'intervention dans le champ social permettant d'établir des orientations politiques assez claires". Les idéologies, parce qu'elles présupposent l'existence d'un débat stratégique explicite, ne sont apparues qu'avec la Révolution française avec le clivage libéraux/conservateurs. En réaction à la double rupture amenée par la Révolution française - la souveraineté des citoyens et la normalité du changement et de la transformation politique - l'idéologie conservatrice s'est constituée en défense des hiérarchies et des structures traditionnelles et tout d'abord de la famille et des communautés locales seules à même de maintenir les équilibres fragiles des sociétés. Les libéraux, au contraire, se présentaient comme le parti du mouvement entendant changer l'état des choses par des réformes institutionnelles permanentes. S’ils ne faisaient pas confiance aux structures traditionnelles pour assurer ces évolutions, les libéraux se méfiaient de la foule irrationnelle et non éduquée. Les experts devraient être à la tête du changement. Ils devaient dépasser l'étude des "humanités", source du savoir traditionnel, pour aller vers le savoir scientifique seul à même d'ouvrir la voie du progrès.

 

L’idéologie renvoie à un système d’idées, elle propose un idéalisme opposé au réalisme politique. Marx introduit le terme quand il rédige, avec Engels, « L’idéologie allemande », en 1846 (la publication attendra 1932). Il critique une vision de classe à dépasser par la science ; de là découle une vision négative des idéologies. Cette vision est renforcée par la liaison entre les idéologies et les utopies. Cette conception part de la Révolution française qui va marquer le débat d’idées depuis le XIXème siècle ; elle intègre la science newtonienne de la Nature du XVIIème et l’idée d’un progrès historique du XVIIIème siècle.

Immanuel Wallerstein propose de définir le débat idéologique à partir de trois idéologies politiques, toujours présentes, qui suivent la Révolution française : le conservatisme, le libéralisme et le socialisme[6]. Aucune n’a trouvé de configuration définitive ; elles s’opposent et s’influencent et se recomposent avec la prééminence actuelle du libéralisme. Le conservatisme est une réaction au rejet de l’ancien par la modernité qui met en avant, depuis la révolution industrielle, le culte du changement et du progrès qu’il cherche à refuser ou à limiter. Pour cela, il s’agit de garder ou de reconquérir le pouvoir dans l’État. C’est l’objectif depuis la Restauration qui remet en cause la Révolution. Le libéralisme est certain de la vérité de la modernité ; il est universaliste et propose de moderniser les institutions, de supprimer l’irrationnel du passé et les idéologies conservatrices. Son programme politique est d’imposer le progrès. Le socialisme se veut l’héritier de la Révolution ; il se différencie des conservateurs par sa volonté d’accélérer le processus historique pour faire avancer le progrès. Il se différencie des libéraux en prônant la révolution plus que la réforme pour affronter la résistance au progrès.

L’idéologie libérale propose un sujet, un acteur politique principal ; elle soulève la question de la souveraineté. La souveraineté du peuple succède à la souveraineté du monarque. Qui est le peuple ? Pour les libéraux, le peuple est l’ensemble des individus qui sont dépositaires de tous les droits politiques, économiques et culturels. L’individu est le sujet historique de la modernité, tous les individus sont égaux. Comment prendre des décisions collectives et réconcilier les positions ? C’est la question de la démocratie politique. Le néolibéralisme introduit une rupture avec le libéralisme en se détournant des préoccupations de souveraineté et de démocratie.

La question de l’individu et de la souveraineté est moins explicite chez les conservateurs et les socialistes. Pour les conservateurs, les individus passent, le bien public, le « commonwealth », reste identique. Le sujet politique se retrouve dans la famille, les corporations, les Églises, les ordres. Pour les socialistes, le sujet principal, c’est le peuple ; la question reste : comment reconnaître la volonté générale du peuple ? Quel sujet incarne la souveraineté du peuple ? Pour les libéraux, ce sont les individus dit libres, pour les conservateurs, ce sont les groupes traditionnels, pour les socialistes, c’est le groupe entier formant société.

Le sujet, le peuple, a une représentation privilégiée ; c’est l’État. C’est par l’État que le peuple exerce sa souveraineté, qu’il est souverain. Le peuple forme une société ; quel est le rapport entre État et société ? C’est la question de la modernité. En fait, Les trois idéologies prennent le parti de la Société contre l’État mais de manière différente. Pour les libéraux, il s’agit de dissocier État et vie économique. Et, pour la plupart des libéraux, de réduire l’État au minimum ; l’État est le veilleur de nuit. Pour les conservateurs, le sujet, le peuple, a un soutien privilégié, l’État. Il s’agit de concilier individualisme et étatisme en soutenant et appuyant les groupes intermédiaires traditionnels : famille, Eglise, corporations. Pour les socialistes, la bourgeoisie s’est emparée de la souveraineté politique en s’assurant le contrôle exclusif de l’État. La position par rapport à l’évolution de l’État en grand État bureaucratique et moderne se différencie. Pour les conservateurs, l’État doit protéger les droits traditionnels ; pour les libéraux, l’État doit permettre aux droits traditionnels de s’épanouir ; pour les socialistes l’État doit réaliser la volonté générale.

Les rapports entre les trois idéologies ont évolué. De la Révolution française à 1848, les libéraux s’opposent aux conservateurs. Ils considèrent que le Progrès est inévitable et souhaitable alors que pour les conservateurs, le progrès est néfaste. Les socialistes sont, au début, alliés des libéraux. L’alliance entre socialistes et libéraux soutient la pensée libérale et égalitariste du XVIIIème contre la monarchie absolue. Les deux courants défendent la productivité, base de la politique sociale de l’État moderne. Ils défendent aussi l’utilitarisme. À partir de 1830, et plus nettement après 1848, il y a une séparation entre libéraux et socialistes. Le marxisme ne se limite pas à la pauvreté, il condamne la déshumanisation par le capitalisme. Il y a un rapprochement entre conservateurs et libéraux, il s’agit de protéger la propriété et de combattre la révolution. Un libéralisme modéré divise, chez les socialistes les modérés, qu’on appellera sociaux-démocrates, qui défendent une action politique et des réformes et les radicaux qui appellent à l’insurrection. De 1848 à 1914, ou 1917, le libéralisme domine et l’idéologie socialiste se réfère au marxisme. Le libéralisme s’impose, avec une variante libérale socialiste qui affiche sa foi dans le progrès et la productivité et une variante libérale conservatrice. On peut considérer que les totalitarismes du XXème siècle ont tenté une approche entre conservateurs et socialistes en alliant socialisation et populisme. À partir de 1917 jusqu’à 1968, ou 1989, c’est la domination du libéralisme à l’échelle mondiale, avec un moment de débat particulier avec le léninisme et avec les tentatives récurrentes de plusieurs appels à dépasser les idéologies. 

Peut-on dépasser l’idéologie libérale dominante ? C’est la question posée depuis les années 1968. A partir de 1989, la version socialiste est impactée par la chute du marxisme soviétique. Les conservateurs se soumettent à la direction néolibérale. La liaison entre libéralisme et modernité est remise en cause pour la première fois ; elle s’effondre aujourd’hui avec la crise structurelle du capitalisme. Le néolibéralisme dominant est en crise. A partir de la crise de 2007-2008, il a évolué vers un néolibéralisme autoritaire. Cette idéologie est dominante et même hégémonique. Et pourtant elle est contestée et ne permet pas de faire société. L’heure est venue d’élaborer une nouvelle approche. Une nouvelle vision socialiste devra tenir compte de plusieurs questions philosophiques et politiques. Plusieurs pistes sont ouvertes : le refus des inégalités, la mise en avant de l’égalité et des libertés comme valeurs centrales ; la recherche de nouveaux rapports de production pour permettre de nouvelles formes de production et de nouveaux rapports, individuels et collectifs, entre les classes sociales et les groupes sociaux ; la recherche d’une nouvelle voie tenant compte des impératifs qui découlent du climat, de l’écologie et des luttes contre les pandémies ; les formes d’organisation sociale démocratiques, sur les plans individuels et collectifs, au niveau local, national et international ; de nouveaux rapports géopolitiques qui organisent les rapports entre les États, les nations et les peuples. Ce sont les questions posées par la définition d’un nouveau programme, d’une nouvelle vision socialiste.   

La vision socialiste est à réinventer. Il faut pour cela revenir à la 1ère Internationale pour réexaminer les fondements du socialisme ; analyser les échecs de la social-démocratie subordonnée au néolibéralisme ; faire le deuil du soviétisme. Dans le débat philosophique, une analyse critique des tentatives passées est nécessaire pour mettre en avant ce qui peut être retenu. Parmi les références à mettre en avant, Antonio Gramsci est un de ceux qui a le mieux analysé l’évolution et la crise idéologique. Il définissait ainsi la situation des années 1930 en avançant une réflexion qui traduit bien toutes les crises structurelles : « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tend à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »

 

  1. La fin du capitalisme

Immanuel ne s’est pas seulement intéressé à la naissance du capitalisme. Il s’est passionné et engagé dans la lutte contre le capitalisme et s’est interrogé sur la fin du capitalisme. Il s’appuyait sur la crise de l'idéologie libérale qui a dominé le XIXème et le XXème siècle. Ayant étudié le début du capitalisme dans l’histoire des civilisations, il ne doutait pas que le capitalisme qui avait eu un début, aurait une fin.

Pour illustrer l’actualité de la pensée d’Immanuel Wallerstein, je voudrais revenir sur le débat qui traverse toute son œuvre, celui du capitalisme historique et de l’avenir du capitalisme. Il est probable que nous vivons le passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste, comme entre 1914 et 1945, la rupture avec le passage au capitalisme fordiste et keynésien, avec la crise de 1929, et la politique de Roosevelt avec le new deal. L'hypothèse du passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste est très probable ; elle est amorcée avec les nouvelles formes de production, notamment le numérique. Elle est aussi interpellée par les changements dans les classes principales. Nous en avons quelques pistes. Dans la classe dominante, par la contradiction entre la financiarisation de la bourgeoisie et la culture des nouveaux dirigeants, cadres et managers du numérique. Dans la classe ouvrière, par la contradiction entre l'évolution des formes du salariat et le précariat.

Immanuel allait plus loin. Il pensait que nous sommes entrés dans une crise structurelle profonde qui ne se résoudrait pas par une nouvelle phase du capitalisme. Il avance l’hypothèse qu’il s’agit d’une crise structurelle qui met en cause les fondements du mode de production capitaliste[7]. Il considère que le mode de production capitaliste est épuisé et que dans les trente prochaines années, il ne devrait plus être dominant. Mais, il soulignait que, si la fin du capitalisme est historiquement certaine, elle ne déboucherait pas forcément sur le socialisme et n’entraînerait pas automatiquement l’avènement d’un monde idéal. Ce nouveau mode de production « post-capitaliste » serait aussi inégalitaire, mais serait différend. Il voyait la possibilité de plusieurs bifurcations : « celle débouchant sur un système non capitaliste conservant du capitalisme ses pires caractéristiques (hiérarchie, exploitation et polarisation), et celle posant les bases d’un système fondé sur une démocratisation relative et un égalitarisme relatif, c’est-à-dire un système d’un type qui n’a jamais encore existé. »

Dans cette hypothèse, le capitalisme ne disparaîtrait pas, mais il ne serait plus le mode de production dominant dans les formations sociales, un peu comme l’aristocratie n’a pas disparu en laissant la première place à la bourgeoisie. De nouvelles classes sociales principales seraient en gestation dans nos sociétés. Le nouveau prolétariat viendrait du précariat et associerait les précaires et certaines formes du salariat. Les nouvelles classes dirigeantes pourraient être issues des techniciens et des cadres comme on peut le voir à travers les mutations sociales entrainées par le numérique. Les bourgeoisies parasitaires et rentières ne seraient plus dominantes et pourraient laisser la place à de nouvelles classes dirigeantes. Le néolibéralisme pourrait être toujours présent, mais ne serait plus complètement dominant. Il a déjà perdu une large part de sa légitimité et il a besoin de durcir les moyens de répression pour maintenir son pouvoir. 

Quelle que soit l’hypothèse, celle du passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste ou celle du passage à un nouveau mode de production, les changements seront considérables et se traduiront par des années de transition riches en bouleversements sociaux et idéologiques. Les conséquences seront considérables au niveau de l’écologie et du changement climatique, au niveau social pour les inégalités et les discriminations, au niveau des guerres et au niveau de la nature des régimes politiques, de la définition même des démocraties.

Les changements vont concerner toutes les dimensions. La phase sécuritaire du néolibéralisme, depuis 2008, se combine avec la rupture écologique qui introduit une très grande discontinuité. Le changement écologique est déjà sensible avec le climat et ses conséquences sur la biodiversité. Ses conséquences sur l’évolution du système économique et social ne sont pas encore déterminées, ce qui est sûr c’est qu’elles seront considérables. Sur le plan idéologique, la souveraineté est une valeur de référence de plus en plus présente. Elle renforce les identitarismes et le poids des intégrismes dans les religions. Elle se traduit par la montée des autoritarismes[8] de différentes natures. Les libertés et la démocratie restent des valeurs de référence, mais en tant que valeurs abstraites. La méfiance par rapport aux régimes politiques est devenue générale. Elle se traduit par une grande défiance par rapport aux institutions internationales.

Cette perspective est confirmée par les bouleversements géopolitiques qui sont en cours. Ils concernent directement les guerres qui accompagnent les bouleversements de l’ordre mondial et notamment la nature des régimes politiques et la démocratie. Les États Unis sont toujours dominants économiquement et militairement, mais leur hégémonie est contestée. La confrontation principale se déplace vers l’Asie et oppose les États Unis et la Chine. L’Europe est marginalisée et la guerre accroît ses divisions. Les États Unis explorent une alliance avec l’Australie et le Japon qui tente la Grande Bretagne. La Chine renforce les BRICS avec le Brésil et l’Inde et explore son élargissement. De nouvelles puissances renforcent leurs positions régionales. L’inde en Asie du Sud, la Thaïlande et l’Indonésie en Asie du Sud-Est, l’Australie dans le Pacifique, la Turquie et l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient, L’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya en Afrique.

La situation est caractérisée par la montée en puissance de nouveaux blocs émergents. Ce sont des situations qui se traduisent historiquement par des périodes de tensions, de conflits et aussi de guerres. D’autant que cette évolution est très rapide à l’échelle historique, quelques dizaines d’années et non des siècles[9]. Le Sud global se présente à la fois comme un bloc unique émergent et comme une diversité des États-nations du Sud et de leurs intérêts nationaux. Depuis 2013, la Chine, l’Inde et le Brésil sont collectivement en train de dépasser les pays occidentaux développés en termes de commerce et de production mondiale.[10] L’affirmation politique d’un Sud Global et la volonté du multilatéralisme coexistent avec la montée des autoritarismes et des organismes régionaux dans l’ordre mondial. Il y a un besoin urgent de réformes pour faire face à un monde en évolution rapide, pour arriver à une architecture globale. Il faut répondre aux défis principaux : le maintien de la paix ; la réduction des inégalités et des discriminations ; le défi écologique ; la redéfinition de la démocratie[11]. L'ONU, contestée de toutes parts, pourrait pourtant, si elle est réformée, jouer un rôle essentiel dans la promotion de ces réformes nécessaires.

Pour réfléchir à la situation et à ses évolutions possibles, il faut prendre en compte le capitalisme historique et l’évolution du capitalisme. L’hypothèse du passage à une nouvelle phase du capitalisme est confortée par la prise de conscience de la rupture écologique et par l’hypothèse d’une quatrième révolution technologique, celle du numérique qui révolutionne le langage et l’écriture. Quelle que soit l’hypothèse, celle du passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste ou celle du passage à un nouveau mode de production, les changements seront considérables et se traduiront par des années de transition riches en bouleversements sociaux et idéologiques.

Pour conclure provisoirement, je voudrais rappeler combien Immanuel s’engageait en suivant de près l’actualité. Depuis le 1er octobre 1998, il publiait deux fois par mois un commentaire assez court et percutant. Il avait décidé d’arrêter il y a quelques mois après avoir publié son 500ème Commentaire dans lequel il estimait qu’il y avait 50% de chances pour que les transformations de la période des années 1968 débouchent sur des transformations positives plus démocratiques et plus égalitaires. Et il concluait : il n’y a que 50% de chances, mais il y a quand même 50% de chances.

[1] Christophe Aguiton et Gustave Massiah, Immanuel Wallerstein, Un penseur majeur pour un autre monde possible, pour un meilleur monde, 2 septembre 2019.

J’ai repris dans cette contribution plusieurs parties de ce texte.

[2] Samir Amin, Giovanni Arrighi, André Gunder Frank, Immanuel Wallerstein, Le grand tumulte, Editions La Découverte, 1991

[3] Immanuel Wallerstein European Universalism: The Rhetoric of Power, New Press, 2006 – L’universalisme européen, de la colonisation au droit d’ingérence, Editions Démopolis Paris 2008

[4] Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein, Race, nation, classe, les identités ambiguës, Editions Poche Sciences Humaines, paris 1988

[5] Thierry Paquot, Immanuel Wallerstein, Une pensée monde, Hermès, La Revue 2020 /1 n°86

[6] Immanuel Wallerstein. Trois idéologies ou une seule ? La problématique de la modernité. Genèses. Sciences sociales et histoire, 1992, n°9. « Conservatisme, libéralisme, socialisme », sous la direction d’Étienne Balibar.

[7] Immanuel Wallerstein, préface à l’édition anglaise du livre de Gustave Massiah et Elise Massiah, Une stratégie altermondialiste, Editions Black Rose Books, Montréal

[8] Kavita Krishnan, la souveraineté est-elle la mantra de l’autoritarisme ?

[9] Khalid Malik, La grande transition : le non-alignement et la montée des pays du Sud  Other-News  The Great Transition: Non-alignment and the Rise of the Global South

[10] PNUD, L'essor du Sud : le progrès humain dans un monde diversifié. Rapport sur le développement humain, 2013

[11] Kavita Krishnan, la multipolarité est-elle la mantra de l’autoritarisme ?