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Futur des villes africaines – 6p – 14.04.2017 – Afrique, CGLUA, urbain

Le futur des villes africaines

Gustave Massiah
Avril 2017

 

Au cours de la retraite de CGLUA, du 28 février au 3 mars 2017, une réflexion a été entamée sur le futur des villes africaines. On trouvera ci-joint un résumé de l’intervention introductive.

La proposition est de partir des grandes questions qui caractérisent l’évolution à venir de l’Afrique et leurs conséquences pour le futur des villes africaines. Le futur des villes africaines s’inscrit dans l’évolution du continent. L’avenir est incertain et l’évolution est contradictoire. C’est en partant des contradictions qu’on pourra apprécier les défis pour de nouvelles avancées.

Ces réflexions sont organisées autour de trois approches

  • Un rappel de quelques données sur l’évolution de la question urbaine en Afrique
  • Les mutations des villes et des politiques urbaines à l’échelle mondiale
  • L’évolution des collectivités locales africaines à partir des propositions des Africités

 

L’ampleur de la question urbaine en Afrique

L’Afrique comptait 1,2 milliards d’habitants en 2015. Elle devrait en compter 2 à 3 milliards en 2050. Elle comptait 100 millions d’habitants au 19ème siècle, 275 millions en 1960, 640 millions en 1990. Elle représentait 16% de la population mondiale en 2016 ; elle pourrait en représenterait 39% en 2100.

La population urbaine croît de 3,4% par an. En 2009, la population urbaine, 40% de la population totale, compatit 400 millions d’habitants. En 2040, elle devrait atteindre avec 1 milliard d’habitants, 60% de la population totale.

L’armature urbaine de l’Afrique a rapidement évolué. En 1960, l’Afrique comptait deux villes de plus d’un million d’habitants, le Caire et Johannesburg. En 2015, on compte 79 villes africaines de plus d’un million d’habitants et 21 villes comptent plus de deux millions d’habitants. On compte 139 villes de plus de 500000 d’habitants. Cinq villes dépassent 8 millions d’habitants, une par sous-région : Lagos, Le Caire, Johannesburg-Gauteng, Kinshasa et Nairobi

L’urbanisation ne se résume pas aux grandes villes ; 70% de la population urbaine réside dans les villes secondaires. L’urbanisation est surtout côtière, 20% des urbains sont dans les pays non côtiers.

On estime que 90% des africains vivent dans des logements informels. Dans les villes africaines, 60% des urbains vivent dans des bidonvilles, contre 16% des urbains dans le monde. Le plus grand bidonville du monde, Kibera près de Nairobi compte 700000 habitants.

Dans les vingt prochaines années, il faudra accueillir en Afrique 300 millions de nouveaux urbains.

Les mutations des villes et des politiques urbaines à l’échelle mondiale

La question urbaine africaine n’est pas seulement quantitative. L’évolution des villes est caractérisée par les contradictions qui déterminent la crise urbaine comme une des composantes de la crise des sociétés et de la mondialisation.

On trouvera en pièce jointe une note sur les mutations des villes et des politiques urbaines. Nous pouvons retenir neuf tendances qui caractérisent cette évolution.

 

La situation actuelle est caractérisée par une rupture dans l’évolution urbaine. Cette révolution urbaine s’inscrit dans l’évolution du peuplement de la planète. Il faudra construire, dans les vingt ou trente prochaines années, principalement dans les pays pauvres, autant d’infrastructures qu’il en a été construit jusqu’à maintenant dans le monde. La question des migrations est la question stratégique centrale des années à venir.

 

A chaque modèle de développement correspond un modèle urbain ; à chaque politique de développement correspond une politique urbaine. Les modèles proposent une cohérence entre les concepts et les valeurs ; les politiques correspondent à la transcription contingente des modèles, dans des situations et des périodes. A partir des années 80 le nouveau modèle dominant est celui de l’ajustement structurel. Les programmes d’ajustement structurel ont renforcé la pauvreté, la précarité, le sous-équipement et l’irrégularité foncière.

 

La situation urbaine est la projection au sol des grandes contradictions du système-monde. La crise structurelle articule cinq contradictions majeures qui ont toutes des conséquences déterminantes sur la situation urbaine. Ce sont les contradictions économiques et sociales ; avec les inégalités sociales, la précarisation, les discriminations, la ségrégation urbaine, sociale et ethnique. Les contradictions écologiques traduisent la prise de conscience de l’écosystème planétaire. Les contradictions géopolitiques s’aiguisent avec l’émergence d’un monde multipolaire ; de plus, entre 1 à 2 milliards de personnes dans le monde vivent dans des régions en guerre classique ou en guerre civile. Les contradictions culturelles et idéologiques se traduisent par les poussées xénophobes et racistes et interpellent les insuffisances de la démocratie. Les contradictions politiques se traduisent par une condamnation de la corruption, résultat de la fusion du politique et du financier qui abolit l’autonomie du politique. Les pratiques et les politiques alternatives permettent d’explorer des manières de les dépasser.

 

L’armature urbaine mondiale est caractérisée par la métropolisation. L’armature urbaine mondiale traduit une tendance à la métropolisation. Un premier niveau de l’armature urbaine mondiale regroupe les vingt-sept mégapoles qui comptent entre dix et vingt millions d’habitants. Le deuxième niveau de l’armature urbaine est celui des métropoles. C’est plus la fonction que le nombre des habitants qui compte. Les métropoles sont liées à l’organisation du territoire national, et les fonctions administratives y sont importantes. Le troisième niveau est celui des villes centres ou secondaires qui structurent une région et lui donnent sa dynamique.


La base productive des villes est en mutation. L’industrie n’est plus la référence de la base productive des villes. Les entreprises sont en recomposition. Les villes vont être bouleversées par l’évolution technologique. Les sociétés sont confrontées à plusieurs révolutions en cours qui bouleverseront les sociétés et le monde. Il s’agit de la révolution des droits des femmes ; de la révolution des droits des peuples ; de la révolution écologique ; de la révolution numérique ; de la révolution du peuplement de la planète.

 

La question du logement ne se différencie pas de la question urbaine. La ville actuelle est marquée par la rupture entre urbanisation et industrialisation qui a caractérisé la révolution industrielle et urbaine du 19ème et 20ème siècles. Cette organisation sociale s’est traduite évidemment dans l’organisation urbaine. Les politiques de logement furent directement liées au cours de cette période à la généralisation du salariat. La tendance à la précarisation accentue les exclusions et les ségrégations urbaines. L’habitat irrégulier contribue, selon les régions et les pays, pour 20 % à 80 % à la croissance urbaine et concerne entre 15 % et 70 % des citadins des pays en développement, la moyenne se situant aux alentours de 40 %. Deux propositions pour avancer sur la question du logement. Tout d’abord, inclure le droit au logement dans le droit à la ville. Ensuite envisager la gestion et la programmation des logements à différentes échelles : l’agglomération, le quartier, le parc de logements.

 

L’espace des acteurs de la transformation urbaine se réorganise. Entre l'Etat, et les habitants, d'autres intervenants cherchent leur place : les municipalités ; les associations ; les entreprises. Les mouvements sociaux urbains sont de plus en plus importants et sont en mutation ; ils sont porteurs de pratiques nouvelles.

 

Les politiques urbaines alternatives devraient partir des politiques locales. C’est l’articulation des niveaux et des échelles, entre le local, le national, celui des grandes régions et le mondial qui définit la nature d’une politique urbaine. L'enjeu est celui de l'affirmation des droits et de leur inscription dans les politiques urbaines et dans la production des villes. L’alliance entre ce que l’on appellera pour simplifier la société civile et les institutions locales est une alliance stratégique. Le débat portera en priorité sur les stratégies locales alternatives.

Le débat sur la ville et le logement se développe à l’échelle mondiale. Le cycle des Habitat permet d’éclairer l’évolution du débat international sur la ville. Habitat 3, en 2016, a proposé un agenda non contraignant qui s’inscrit dans une refonte des priorités de l’ONU autour de l’Accord de Paris (COP21) et les Objectifs du Développement Durables adoptés en septembre 2015 par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Ce débat international interpelle les acteurs de la transformation urbaine.

 

L’évolution des collectivités locale africaines à partir des Africités

Trois tableaux permettent de résumer l’évolution des collectivités locales africaines qui a été résumée dans la démarche des Africités.

 

  • Les thèmes et les messages des sept premiers Africités, de 1998 à 2015
  • Les douze leçons des Africités
  • Les axes stratégiques des politiques locales alternatives

LES AFRICITES

 

AF1, 1998, Abidjan
Reconnaître le rôle incontournable des CL dans le développement de l’Afrique
Afrique locale, Afrique des Etats Unions Africaine et sous-régions ; Décentralisation ; transferts de compétences et transferts de ressources

 

AF2, 2000, Windhoek
Financer les collectivités locales pour assurer le développement durable du continent
Les stratégies locales ; planification et programmation territoriale et financière ; ressources humaines et formation ; ressources financières et finances locales ; ressources naturelles et environnement ; l’information ; environnement institutionnel ; la participation des habitants et la démocratie locale

 

AF3, 2003, Yaoundé
Assurer l’accès aux services de base dans les collectivités locales
Eau et assainissement ; énergie et électricité ; santé ; éducation ; culture ; transports et télécommunications ; internet ; marchés municipaux ;

 

AF4, 2006, Nairobi
Construire les coalitions locales pour atteindre les objectifs du développement du millénaire
Les associations de femmes ; les associations de jeunes ; les organisations paysannes ; les syndicats de salariés ; les associations d’habitants ; les ONG ; les migrants et les diasporas ; les universitaires, les chercheurs et les experts ; les opérateurs de services locaux ; les acteurs de l’’économie populaire et du microcrédit ; les petites et moyennes entreprises ; les grandes entreprises africaines ; les institutions financières ; les autorités morales et traditionnelles ; les personnels des administrations locales et régionales ; les administrations centrales et leur représentation locale ainsi que les administrations locales.

 

AF5, 2009, Marrakech
La réponse des collectivités locales africaines à la crise globale : promouvoir le développement local durable et l’emploi
L’Afrique n’est pas pauvre, elle est appauvrie ; l’Afrique n’est pas marginale, elle est indispensable ; L’Afrique met en œuvre le développement local durable ; Les Collectivités locales africaines seront les acteurs du changement ; les Collectivités locales africaines seront à la base de l’intégration africaine

 

AF6, 2012, Dakar
Construire l’Afrique à partir des territoires, quels défis pour les collectivités locales
Construire l’Afrique à partir des 15000 collectivités locales africaines ; Construire l’Afrique des régions à partir des écosystèmes et des cultures africaines ; Construire l’Afrique à partir des espaces nationaux, des Etats et de la décentralisation ; Construire l’Afrique à partir des 5 sous régions et de la diaspora africaine ; Construire l’Afrique comme un continent indispensable au monde

 

AF7, 2015, Johannesburg
Construire l’avenir de l’Afrique avec les peuples ; la contribution des collectivités locales à l’agenda 2063
C’est l’heure de l’Afrique : la jeunesse du monde est en Afrique ; C’est l’heure de l’Afrique : les ressources naturelles et écologiques de la planète sont en Afrique ; C’est l’heure de l’Afrique : le dynamisme des acteurs économiques africains est croissant ; C’est l’heure de l’Afrique : à condition qu’une gouvernance africaine assure la souveraineté publique ; C’est l’heure de l’Afrique : et de la construction du continent à partir du local

LES DOUZE LEÇONS DES AFRICITES

 

  1. Le processus des Africités est ininterrompu depuis 1998
  2. Africités est la plus importante rencontre démocratique de l’Afrique
  3. Africités est un espace d’échanges d’expériences, d’élaboration collective et de formation des élus locaux
  4. Africités est l’espace de la construction, à partir de la gouvernance locale, d’une gouvernance africaine
  5. Africités a permis des initiatives institutionnelles africaines majeures
  6. Africités a permis d’identifier et de diffuser des innovations majeures dans l’action des collectivités locales et régionales africaines
  7. Africités a permis de consolider les alliances pour le développement local et la démocratisation entre les élus locaux et régionaux et les acteurs africains intervenant dans les territoires locaux
  8. Africités permet de définir des programmes de CGLUA animés et pris en charge directement par les collectivités locales et territoriales africaines
  9. Africités est un espace de renforcement de la coopération décentralisée, particulièrement interafricaine
  10. Africités permet de sensibiliser les partenaires de développement au renforcement des collectivités locales et régionales africaines
  11. Africités développe une démarche de communication qui contribue à rendre visible les collectivités africaines à l’échelle africaine et internationale
  12. Africités encourage les institutions et les partenaires qui émettent des recommandations à s’assurer de leur mise en œuvre, avec le soutien de CGLU Afrique

Les axes stratégiques des politiques locales alternatives

 

Proposons une structure des politiques locales alternatives autour de quelques axes stratégiques :

  • des politiques foncières et des politiques des transports fondées sur la remise en cause de la ségrégation spatiale
  • des politiques de développement des services publics fondées sur l’accès pour tous à ces services et au respect des droits fondamentaux
  • des politiques de développement local fondées sur la production locale et les entreprises locales, le marché local et l’emploi local
  • des politiques de défense de l’environnement local fondées sur l’amélioration des écosystèmes locaux et les droits des générations futures
  • des politiques de production de logement à vocation sociale fondées sur le droit au logement et à la ville
  • des politiques de fiscalité locale, particulièrement foncière, fondées sur l’articulation entre production de richesses et redistribution
  • des politiques de participation citoyenne fondées sur l’articulation entre démocratie représentative et participative et sur la citoyenneté de résidence
  • des politiques de coopération fondées sur la solidarité internationale et l’inscription dans l’action internationale des villes et des territoires.

 

Au cours des dernières années, un nombre considérable de démarches et d’outils concrétisent ces orientations. Ils font l’objet de nombreux réseaux d’échanges d’expérience. Citons parmi eux, avec entre parenthèses, des villes dont nous avons suivi l’expérience :

Les agendas 21, les budgets participatifs (Porto Alegre, Brésil), la planification d’insertion sociale (Barcelone, Espagne), Ecoloc, modèle d’économie locale (Programme de développement municipal, vingt municipalités africaines), les « consultas urbanas » (Programme de Gestion Urbaine Amérique Latine, plus de quarante municipalités en Amérique Latine), les fiscalités locales liées à des cadastres simplifiés (Parakou, Bénin), la citoyenneté de résidence, l’éducation populaire culturelle et linguistique (Cotacachi, Equateur), le Réseau des collectivités locales pour la promotion des services publics (Liège, Belgique), le Plan local d’urbanisme et de développement durable (Aubervilliers, France), les Agricultures urbaines, etc.  Au Forum pour une mondialisation responsable, à Lyon, en 2006, a été avancée l’idée de « responsabilité sociale et environnementale des territoires » en responsabilisant, au-delà des autorités locales, des coalitions locales regroupant l’ensemble de tous les acteurs d’un territoire.

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