Articles et interventions

Green New Deal – 12p – 14.07.2019 – Altermondialiste, stratégie

Le Green New Deal

Gustave Massiah
14-07-2019

 

Toutefois, des économistes reconnus, notamment Joseph Stiglitz, Paul Krugman, Thomas Piketty, qualifiés de keynésiens, ont défendu une autre position. Ils ont avancé l’idée que la crise était beaucoup plus fondamentale, sur les questions monétaires, sociales et de l’économie internationale. Ils ont également insisté sur l’importance nouvelle de la question écologique. Le Secrétaire général des Nations Unies, a mis en place une commission pour réagir à la situation. Elle a été présidée par Joseph Stiglitz, reconnu comme keynésien, et Amartya Sen qui défend « un processus de développement et d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus ». Cette commission a proposé un programme qu’on a appelé le « Green new deal ». On y retrouve plusieurs des mesures préconisées dans les mesures d’urgence défendues au Forum de Belém. Ces propositions adoptées n’ont pas été appliquées et n’ont pas empêché le durcissement du néolibéralisme. Le débat n’est pas clos pour autant. Il faut rappeler que le New Deal avait été défini pour répondre à la crise de 1929, qu’il avait été adopté et décrété par Roosevelt dès 1933, mais qu’il n’a été appliqué qu’en 1945 après la deuxième guerre mondiale.  

Il est probable que le débat sur le développement va s’organiser autour du programme du « Green New Deal » comme proposition par rapport au modèle dominant néolibéral. On peut déjà définir trois positions qui s’affirment par rapport à cette proposition. Les cercles dominants après avoir été tenté par des positions climato-sceptiques reconnaissent l’importance de l’écologie et proposent d’y répondre par un surcroît de capitalisme, par la marchandisation la privatisation et la financiarisation du vivant et de la Nature et par l’attente de miracles qui seraient apportées par les nouvelles technologie. Pour les courants les plus radicaux, le Green New Deal ne serait qu’une proposition de capitalisme vert et de renouvellement du capitalisme analogue à celui qu’avait porté le New Deal. Une position nouvelle très récente pourrait renouveler le débat et actualiser les questions des alliances. Elle a été apportée par Alexandria Ocasio-Cortez, dite AOC, nouvelle élue de New York à la Chambre des représentants, et les nouveaux courants états-uniens qui se définissent comme socialistes et qui défendent une conception beaucoup plus offensive et radicale du Green New Deal.

A un moment où les politiques dominantes sont de plus en plus injustes, inégales et répressives, l’urgence est de renforcer les résistances à toutes les échelles locales, nationales et mondiales. Elles consistent à soutenir les mouvements en lutte autour des thèmes les plus développés : refuser la pauvreté, les inégalités, les discriminations ; lutter contre les répressions ; refuser les remises en cause des libertés démocratiques ; remettre en cause le rôle croissant et les différentes formes de la corruption ; remettre en cause la volonté de puissance et de richesses qui conduit à des démesures incontrôlées ; refuser les guerres ; lutter contre la criminalisation des mouvements sociaux et des formes de solidarité.

Repenser le développement pour repenser la solidarité internationale.

Extraits du livre
Une Stratégie altermondialiste

Gustave Massiah et Elise mMassiah

La Découverte 2011

La refondation du capitalisme : le Green New Deal

Des propositions de réforme en profondeur, de refondation, sont en gestation. Il s’agit de renouveler le capitalisme et de montrer sa capacité à se « révolutionnariser » de l’intérieur. La formulation la plus avancée de cette volonté de réforme est celle du Green New Deal. Cette issue est celle d’une refondation du capitalisme prenant acte des échecs du néolibéralisme et de certaines avancées du mouvement de résistance antisystémique. Le Green New Deal correspond à une remise en avant des formes de régulation publique économiques et sociales. Il reprend en considération les politiques keynésiennes de l’État social, faisant l’hypothèse que le keynésianisme, comme forme de régulation, n’a pas été complètement épuisé. L’intervention massive des États dans la réponse immédiate à la crise financière de 2008 le vérifie. Il reste à définir des politiques keynésiennes fonctionnant en économie ouverte et à l’échelle mondiale. Le Green New Deal prend en compte les dimensions sociale et démocratique de la crise, en proposant, dans la tradition du New Deal, une redistribution et une politique de renforcement du statut social du salariat, ainsi qu’une démocratisation fondée sur l’accès aux droits et les services publics. Cette réorientation nécessite un renforcement de l’État social, de la régulation publique et du contrôle des secteurs financiers et bancaires. Il prend en compte la dimension géopolitique, en proposant une réforme du système

10 Arundhati ROY, « Assiéger l’empire », Le Monde diplomatique, mars 2003. Les issues possibles à la crise globale 175

international avec un renforcement du multilatéralisme et une réforme des institutions internationales laissant une plus grande place aux pays émergents. Il prend aussi en compte, et c’est une nouveauté par rapport au New Deal, la dimension écologique, d’où sa dénomination (« Green »). Cette ligne d’évolution est portée par des fractions importantes de la bourgeoisie, notamment celles du capitalisme industriel qui avaient été marginalisées par la bourgeoisie financière, et par une partie des gestionnaires du système international qui vivent mal la prédominance absolue des banquiers et des grandes entreprises. Ces fractions potentiellement contestatrices peuvent être soutenues par des couches sociales confrontées à la précarisation et par une partie des couches moyennes, qui ont été particulièrement visées par la « reprise en main » néolibérale. La discussion est ouverte sur la réalité et la signification de cette nouvelle orientation. Les tenants de cette voie sont confrontés à plusieurs interrogations et aux réponses à apporter aux contradictions qui se précisent dans la crise, contradictions entre les différentes fractions du capital, contradictions entre les classes dominantes et les autres forces sociales, contradictions entre les forces sociales qui contestent la logique dominante de la phase actuelle du capitalisme. Ce que dessine le capitalisme vert La proposition d’un Green New Deal a été formalisée pour la première fois dans un rapport des Nations unies en 2008 11. Elle est précisée par les instances les plus ouvertes des Nations unies, qui proposent une réforme en profondeur du système international. Les recommandations de la Commission Stiglitz 12 sont confortées par deux rapports émanant de deux institutions des Nations unies :

11 PNUE, Global Green New Deal, Londres/Nairobi, 2008.

12 « Recommandations de la Commission d’experts au président de l’Assemblée générale des Nations unies sur la réforme du système monétaire et financier international », 19 mars 2009.

176 La stratégie du mouvement altermondialiste

le rapport de l’OIT qui propose un plan mondial pour l’emploi 13 et celui de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) qui propose une réforme du commerce mondial et des politiques de développement 14. Ces trois documents sont porteurs d’un programme réformateur de l’économie mondiale qui préconise une régulation publique s’inspirant de l’esprit des accords de Bretton Woods (tel qu’il était à l’origine et non tel qu’il est aujourd’hui appliqué par les institutions internationales qui en sont issues). Ce programme reprend à son compte quelques-uns des paradigmes keynésiens, adaptés à une économie ouverte, plutôt qu’à une régulation nationale, et à la prise de conscience des limites écologiques. Le rapport de l’OIT met l’accent sur la lutte contre le chômage, dont il prévoit une explosion. Il préconise l’extension des systèmes d’assurance et d’indemnisation des chômeurs, la promotion du travail décent pour lutter contre la précarité, des investissements publics dans les infrastructures et le logement, ainsi que dans les emplois verts 15. La dimension écologique est présente par plusieurs aspects. La prise de conscience des dégâts sur l’environnement de la croissance économique actuelle en est à ses débuts. Quelques efforts commencent à être engagés dans certains pays pour tenir compte de cette contrainte environnementale dans les politiques économiques et dans les projets. Mais ces efforts ne sont pas à la hauteur des mises en cause nécessaires. C’est pourquoi la discussion sur la redéfinition des modes de production et de consommation est ouverte, inscrivant dans le débat la possibilité de dépassement du capitalisme. Pour l’instant, le capitalisme vert dessine une première évolution. Pour refonder le capitalisme, il faut l’approfondir et le généraliser. Les investissements verts sont la piste privilégiée. À titre d’exemple, en France, le rapport 2009 de l’Observatoire national sur

13 OIT, « Tendances mondiales de l’emploi », janvier 2009.

14 CNUCED, « The global economic crisis : systemic failures and multilateral remedies », 19 mars 2009.

15 OIT, Rapport « Emplois verts : pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone », septembre 2008. Les issues possibles à la crise globale 177 les effets du réchauffement climatique (ONERC) a examiné en détail dix secteurs clés (les risques naturels, les ressources en eau, la biodiversité, la santé, les infrastructures routières, l’agriculture, la forêt, l’énergie, le tourisme et les territoires). Demême, le paquet « énergieclimat » de l’Union européenne, adopté en décembre 2008, vise à mettre en place une politique commune de l’énergie et à lutter contre le changement climatique. Ce « paquet énergie-climat », qui a été discuté au colloque organisé à Bruxelles par la revue Confrontations Europe, se présente comme un nouveau plan de relance européen

  1. Il préconise une augmentation coordonnée des dépenses publiques autour de la promotion des énergies renouvelables, un stockage géologique du CO2, un plafond d’émission pour les voitures neuves, un objectifmaximum de gaz à effet de serre par pays, un système de quotas mis aux enchères visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, la taxe carbone. Il doit permettre à l’Union européenne d’atteindre d’ici 2020 l’objectif ambitieux des « 3 fois 20 » : une réduction de 20%des émissions de gaz à effet de serre, une amélioration de 20 % de l’efficacité énergétique et une part de 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie. Les marchés du carbone sont au centre des discussions sur le financement de la lutte contre les changements climatiques. De nombreuses associations s’opposent à la position des pays industrialisés qui donnent aux marchés du carbone une place prépondérante dans les modalités de financement. En 2009, un rapport de l’ONG Les Amis de la Terre Royaume-Uni 17 conteste l’efficacité de ce système et met en lumière ses risques pour le climat et l’économie. Le rapport démontre que les marchés ne permettent pas de réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre, qu’ils sont profondément injustes et qu’ils risquent d’être à l’origine de la

16 Confrontations Europe, nº 87 (« Le paquet climat : un moteur pour sortir de la crise ? »), juillet 2009.

17 Synthèse disponible sur le site <http://www.amisdelaterrenord.org> : « Marchés carbone : une dangereuse obsession. Pourquoi l’échange de quotas carbone peut entraîner une catastrophe climatique », novembre 2009. Voir aussi Steve SUPPAN, Speculating on Carbon. The Next Toxic Asset, Institute for Agriculture and Trade Policy, Minnesota, décembre 2009 (<www.iatp.org>).

178 La stratégie du mouvement altermondialiste

prochaine crise financière. Il met en avant la nécessité d’adopter des politiques non risquées de régulation, de taxation et d’investissements publics.Le système des marchés du carbone, présenté comme le meilleur moyen de limiter les émissions de gaz à effet de serre, consiste à allouer des quotas de carbone, ou permis d’émission, à des entreprises ou États polluants, crédits qu’ils sont ensuite libres d’échanger entre eux. Le marché du carbone, principalement basé en Europe, s’est élevé à 126 milliards de dollars en 2008. Il pourrait dépasser 3 000 milliards de dollars d’ici 2020 si un marché mondial est créé, attirant en masse les spéculateurs. « En réalité, précisent Les Amis de la Terre 18, la majorité des échanges de crédits carbone n’est pas gérée par les industries concernées légalement par les quotas, mais par des banques et investisseurs qui se mettent à spéculer sur les crédits carbone, et créent des produits financiers de plus en plus complexes, similaires aux produits dérivés subprimes qui ont conduit à la crise financière actuelle. » « Les marchés carbone pourraient être à l’origine de la prochaine crise financière, du fait de l’absence quasi totale de régulation de ces marchés. Un effondrement des marchés aurait des effets catastrophiques non seulement sur l’économie mondiale mais aussi sur le climat. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre ce risque. » Le mouvement altermondialiste et le Green New Deal Les mouvements sociaux engagés dans le mouvement altermondialiste ne sont pas indifférents au débat sur le Green New Deal. Soucieux de lier la prise en compte de la situation des producteurs à des perspectives à moyen terme, le mouvement syndical international considère ainsi qu’une réponse radicale de la part des gouvernements est nécessaire. Ses recommandations sont énoncées dans la « Déclaration syndicale internationale pour le Sommet de Londres » (26 mars 2009), qui complète une réflexion engagée

18 Sébastien GODINOT et Anne Sophie SIMPERE, conférence de presse de présentation du rapport des Amis de la Terre le 25 novembre 2009.

Les issues possibles à la crise globale 179 depuis plusieurs mois par la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (Trade Union Advisory Committee to the OECD, TUAC) sur la réglementation financière 19. Le mouvement syndical inscrit ses revendications de court et moyen terme dans une perspective de développement durable. Il s’agit de travailler non seulement à enrayer la crise au plus vite, mais aussi à organiser une économie mondiale plus juste et plus soutenable pour les générations futures. Le mouvement syndical préconise un plan international de relance et de croissance durable coordonné, qui recoupe, en les précisant, une partie des propositions du plan de l’OIT et articule très court et moyen terme : investissements massifs pour l’emploi dans le développement d’infrastructures stimulant la demande et la productivité de moyen terme, ainsi que dans le soutien aux bas revenus, politiques actives du marché du travail, développement des filets de sécurité sociale, investissement dans une « économie verte » visant une croissance à faible émission de carbone, développement de l’accès aux ressources et renforcement des marges de manoeuvre politiques permettant aux économies émergentes et en développement de poursuivre des stratégies anticycliques. Le mouvement paysan inscrit aussi ses revendications dans le court et moyen terme. À titre d’illustration, dans sa « Déclaration de Maputo » du 22 octobre 2008 20, le mouvement paysan international Via Campesina affirme la convergence de plusieurs crises

– alimentaire, climatique, énergétique et financière – qui trouvent leur origine commune dans la dérégulation économique. Il prône la souveraineté alimentaire comme l’une des réponses essentielles à ces quatre crises. La souveraineté alimentaire est fondée sur la lutte pour la terre et la promotion de circuits locaux de production et de consommation (qui permet de lutter contre l’émission des gaz

 19 TUAC, « Retour à la réglementation suite à la crise financière mondiale. Document d’orientation », novembre 2008.

20 « Déclaration de Maputo : Ve Conférence internationale de Via Campesina », Maputo, Mozambique, 19-22 octobre 2008. Cette déclaration est complétée par une « Lettre de Maputo. Agriculture paysanne et souveraineté alimentaire face à la crise mondiale », également disponible sur le site <www.viacampesina.org>.

180 La stratégie du mouvement altermondialiste à effet de serre générée par le transport des aliments sur grande distance et par l’agriculture industrialisée), mais aussi sur le changement de modèle productif vers une production agro-écologique et durable, sans pesticides et sans OGM et fondée sur les connaissances paysannes et indigènes. Ces revendications paysannes réinterrogent utilement le lien entre les différentes crises actuelles, entre agriculture et industrie, salariat industriel et petits producteurs, ancrage d’alternatives locales et exigences mondiales. On retrouve là un point de la réflexion du syndicalisme international par rapport aux enjeux climatiques et écologiques.

Dans l’ensemble du mouvement altermondialiste, la discussion sur le Green New Deal est très sérieuse. Elle porte sur plusieurs aspects. D’abord comprendre les propositions et leurs impacts possibles ; ensuite apprécier la possibilité pour cette orientation de s’imposer ; enfin, définir quelles positions prendre par rapport à cette possibilité.

L’appréciation du Green New Deal est au centre des discussions. Parmi des initiatives de plus en plus nombreuses, on peut citer deux séminaires qui ont inauguré un nouveau cycle de débats, en 2009 : celui coorganisé par la Fondation Rosa Luxemburg, le TNI (Transnational Institute) et le Forum mondial des alternatives, à Bruxelles 21, et celui organisé par la Fondation Rosa Luxemburg à Berlin 22. Cette appréciation passe par une analyse rétrospective du New Deal des années 1930 23 et insiste sur plusieurs aspects qui ne se limitent pas aux techniques économiques et monétaires. Le New Deal n’était pas seulement une réponse à la crise immédiate, celle de 1929, mais aussi à la montée des luttes ouvrières et à la révolution de 1917. Il n’a pas réussi à inverser la tendance avant la Seconde Guerre mondiale, et les forces dominantes ont continué, à

21 « Conference on alternatives and transformation paths to overcome the regime of crisis capitalism », organisé par le TNI (Transnational Institute), le Forum mondial des alternatives, la Fondation Rosa Luxemburg, à Bruxelles en octobre 2009.

22 « Green New Deal projects and social-ecological reconstruction », organisé par la Fondation Rosa Luxemburg, à Berlin, en novembre 2009.

23 Rick WOLFF, « Some lessons of New Deal history », Contribution à la rencontre citée plus haut « Green New Deal projects and social-ecological reconstruction ».

Les issues possibles à la crise globale 181

l’époque, à défendre lesmêmes politiques, avec leurs effets catastrophiques. De même, les forces syndicales et progressistes n’ont pas modifié au départ leurs analyses et leurs perspectives. Le New Deal s’est imposé comme une refondation après la guerre et à partir de la militarisation des économies. À partir de l’après-guerre, le nouveau cours s’impose comme celui d’une refondation du capitalisme ouvrant de nouvelles perspectives sociales dans les pays occidentaux. Pour autant, malgré les changements considérables, la contradiction entre capital et travail est toujours restée vivace, particulièrement dans les rapports à l’intérieur des entreprises, qui restent aujourd’hui encore un défi majeur. Les analyses critiques des propositions de Green New Deal portées par les institutions internationales sont très nombreuses et très éclairantes. Elles concernent l’impossibilité de construire une refondation en continuité avec les politiques actuelles et la nécessaire rupture consécutive à la crise financière et économique 24. Elles portent aussi sur les différenciations possibles à partir de l’articulation entre le Green New Deal et différentes conceptions, relatives aux rapports sociaux capitalistes, aux investissements verts, aux modèles sociaux et à la croissance 25. Elles accordent une très grande importance aux pratiques concrètes d’émancipation et notamment à une transformation qualitative des secteurs de l’économie sociale, coopérative et solidaire. D’autres critiques sont particulièrement pertinentes. La critique féministe du Green New Deal met en avant la prédominance masculine qui détermine l’approche hégémonique de la pensée économique. L’exploitation systématique par les discriminations raciales et de genre, qui sont le soubassement du capitalisme, n’est pas prise

24 Michael BRIE, « Five thesis for a left perspectives for a transformation in solidarity », Contribution à la rencontre citée plus haut « Conference on alternatives and transformation paths to overcome the regime of crisis capitalism » et « Perspectives of a solidaristic transformation », Contribution à la rencontre citée plus haut « Green New Deal projects and social-ecological reconstruction ».

25 Elmar ALTVATER, « The crisis and green ways out », Contribution à la rencontre citée plus haut « Conference on alternatives and transformation paths to overcome the regime of crisis capitalism ».

182 La stratégie du mouvement altermondialiste

en compte. « L’extraction de la plus-value du Sud néocolonisé, du Nord domestique, de la Nature et des écosystèmes fait partie du discours subliminal du Green New Deal 26. »

La critique des mouvements écologistes est aussi fortement présente. Elle porte sur les différents aspects des modèles énergétiques, alimentaires, climatiques. Mais, surtout, sur le modèle de croissance 27. Parmi les approches, citons celles qui mettent en avant l’idée de « prospérité sans croissance 28 » à travers ses différentes acceptations, notamment celles défendues par le rapport Stern 29, qui part du cadre formel existant, ou celles défendues par le Transatlantic Green New Deal et le Australian Joint Statement, qui mettent plus l’accent sur la remise en cause des normes de consommation et de production. Dans la position à adopter par rapport au Green New Deal, il y a notamment l’appréciation sur l’évolution des rapports de forces internes au capitalisme. Les forces que l’on pourrait qualifier de « modernistes » et qui défendent la nécessité d’une modernisation sociale parviendront-elles à s’imposer par rapport au capitalisme financier dominant, parviendront-elles à rallier des éléments du capitalisme industriel, du capitalisme vert et du capitalisme lié aux nouvelles technologies ? C’est aussi dans cet affrontement et dans ses conséquences sur l’évolution de la nature de l’État que se définiront les caractéristiques du Green New Deal et de ses limites. Les mouvements sociaux et citoyens devront apprécier s’ils peuvent peser sur les sorties possibles de ces affrontements et sur le

26 Ariel SALLEH, « A critical feminist reading of the Green New Deal, », Contribution à la rencontre citée plus haut « Green New Deal projects and social-ecological reconstruction ».

27 NEW ECONOMICS FOUNDATION, A Green New Deal : Joined Up Policies, NEF, Londres, 2008.

28 Tim JACKSON, The Politics of Happiness : A NEF Discussion Paper, New Economics Foundation, Londres, 2003 ; SUSTAINABLE DEVELOPMENT COMMISSION, « Prosperity without growth ? The transition to a sustainable economy », Londres, 30 mars 2009, disponible sur : <http://www.sd-commission.org.uk>.

29 Nicholas STERN, Stern Review on The Economics of Climate Change, HM Treasury, Londres, 2006.

Les issues possibles à la crise globale 183

dépassement des arbitrages, qui seront forcément limités, insuffisants, voire inadéquats par rapport à la situation créée par la crise globale.

Le dépassement du capitalisme

La troisième issue à la crise correspond à la proposition de dépassement du capitalisme. Cette proposition, qui est celle des alternatives radicales, prône l’accès pour tous aux droits fondamentaux et l’égalité des droits. Il s’agit d’aller à la racine du problème et de construire une société basée sur la satisfaction des besoins sociaux, le respect des droits de la nature, ainsi que la participation populaire dans un contexte de pleine liberté politique – et pour cela de garantir l’exécution de tous les traités internationaux sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels

(individuels et collectifs).

…/…

Rechercher