Altermondes est « LA » revue de référence de la solidarité internationale
Un média citoyen doit contribuer à forger une opinion publique citoyenne
Gustave Massiah
16-04-2014
Depuis son lancement en 2005, l’histoire d’Altermondes a été jalonnée d’évolutions. La constante est restée l’engagement qui a motivé sa création et animé chaque numéro.
Entretien avec Gustave Massiah, ingénieur, économiste, militant et directeur de la publication d’Altermondes depuis le début [1].
A quelles exigences doit répondre un média citoyen selon vous ?
Gustave Massiah : Un média citoyen doit avoir le souci de donner la parole aux citoyens, de leur laisser un espace de confrontation d’idées. Il doit également dépasser les milieux militants pour viser un plus large public et contribuer à forger une opinion publique citoyenne. Il se doit de résister à ce qui est dominant au niveau de la pensée.
En quoi Altermondes a été un média différent et citoyen, et a eu un rôle dans le débat démocratique et la solidarité internationale ?
G.M. : Altermondes est « LA » revue de référence de la solidarité internationale, car elle a mis cette question en avant, dans ses différentes dimensions. Le magazine a porté une véritable rupture avec l’idée que la solidarité internationale est « exotique ». Or, la solidarité est ancrée ici. La solidarité internationale est la dimension internationale de la solidarité. Elle s’appuie sur le partenariat qui propose l’idée que l’on peut créer des relations d’égalité, même lorsque l’on est dans des situations inégales. Ces pratiques ont trouvé des relais chez Altermondes.
D’autre part, la solidarité internationale est un mouvement de mouvements (de citoyens, de travailleurs, de femmes, d’écologistes…). Altermondes a su donner la parole à ces mouvements et participer à leurs mobilisations et espaces de rencontres, tels que les forums sociaux. Cela se vérifie encore aujourd’hui avec la transformation de l’association Altermondes en coopérative, où l’on retrouve ces mouvements citoyens.
Quel regard portez-vous sur ces neuf dernières années, sur le chemin parcouru ?
G.M. : Altermondes a démontré un véritable entêtement et a su faire preuve de beaucoup d’initiatives. Cela n’a pas été évident, il a fallu s’accrocher à chaque numéro et trouver les moyens et la volonté. Avec très peu de moyens, le magazine a été capable de tenir et a montré à beaucoup sa capacité à se construire à travers des partenariats, notamment lors de hors-séries développés avec différentes régions. Il s’agissait de se renouveler constamment, à travers des numéros divers et inédits. C’est ce qui a permis à Altermondes d’être reconnu dans des cercles de plus en plus larges.
Quel a été pour vous le moment le plus marquant ?
G.M. : J’ai beaucoup apprécié les numéros sur les forums sociaux et les animations avec des mouvements de jeunes et des jeunes journalistes. J’ai beaucoup apprécié ce travail avec les jeunes générations et le fait de collaborer avec les personnes directement impliquées sur certains sujets. Le Forum social mondial de Tunis et le travail avec les journalistes tunisiens [2] a été pour moi un très beau moment, qui a fleuri et dont les implications trouveront un écho dans la prochaine vie du magazine.
Que pensez-vous des nouvelles perspectives, et des changements à venir ?
G.M. : La SCIC est une nouvelle dimension indispensable, elle élargit les moyens matériels et financiers. Elle prend en compte la révolution numérique, mais démontre que, malgré les difficultés, le papier ne doit pas disparaître. Il sera intéressant d’articuler un magazine papier revisité à une nouvelle forme digitale. Ce qui définit Altermondes est justement d’être une initiative de média dans l’espace de la solidarité internationale. Le magazine peut jouer un rôle important dans les médias alternatifs. Altermondes devra poursuivre son évolution et pousser sa capacité d’enquête et de réflexion. Cela lui permettra de s’inscrire dans la durée et de continuer à être la parole d’une certaine diversité.
[1] Gustave Massiah a été Président du CRID, vice-Président d’Attac, secrétaire général de la Ligue pour les droits et la libération des peuples et est membre du Conseil international du Forum Social Mondial. Il est un pilier du mouvement altermondialiste.
[2] Voir Altermondes numéro XXX et Hors-série n°16.
