CRID et FSM
Gustave Massiah
8-05-2020
Dans tous les cas, la question de l'évolution du FSM doit être posée ; elle l'est encore plus avec la rupture que nous vivons dans la situation internationale.
Le FSM se définit maintenant comme un processus formé par les différents forums et évènements nationaux, régionaux et thématiques. Le Conseil International reste toujours utile mais sa fonction est à redéfinir. Il y a longtemps qu'il n'y a plus de quorum dans les réunions du CI, et la dernière réunion a compté 22 associations et mouvements ; avec en plus des régions très peu ou pratiquement pas présentes (Asie, Afrique)
Un évènement à Mexico peut présenter un intérêt. A condition que les mouvements mexicains soient réellement porteurs et nombreux à le porter. Ce peut être un Forum régional ou continental ou un Forum spécial sur la situation. Peut-on le définir comme un Forum mondial ? Il peut-être une étape dans la redéfinition du Forum Social Mondial, à condition d’ouvrir le débat sur le renouvellement de l’altermondialisme. Il faudra aussi apprécier si en 2021 un rassemblement international d'ampleur sera possible. Il faudra voir si suffisamment de régions sont d'accord pour y participer.
Il faudra aussi s'interroger sur les formes nouvelles que pourrait prendre un forum social mondial
Dans tous les cas, le Forum social mondial est à réinventer en tenant compte de trois questions majeures
L'altermondialisme est une proposition qui gagne encore plus d'actualité dans la situation nouvelle. Cette situation est une rupture et non une parenthèse, nous n'allons pas retrouver le monde d'avant ; le monde à venir sera marqué par les possibles pandémies et la rupture écologique.
L’altermondialisme est confronté à la montée de la dimension nationale ; celle-ci ne se résume pas à la montée des nationalismes associés aux idéologies racistes et sécuritaires. Les mouvements insurrectionnels des années précédentes ont vu la floraison des drapeaux nationaux. Ce sont les Etats nations qui ont répondu à la pandémie. Il est nécessaire de redéfinir l’articulation entre l’internationalisme et l’altermondialisme.
Cette situation renforce la nécessité et l’importance de l’altermondialisme mais elle exige de le redéfinir, en tant que mouvement des mouvements, et d’ouvrir le débat sur la définition des stratégies.
L’altermondialisme est un espace des mouvements sociaux et a participé à leur renouvellement. Mais, il n’a pas regroupé l’ensemble des mouvements ; même s’il a été accepté et reconnu par plusieurs d’entre eux, ils ne l’ont pas vraiment investi. C’est ce qui a été clair avec les mouvements des années 2011 (occupy, indignés, ..).
Actuellement, on peut identifier cinq ensembles de mouvements qui ont des cultures de mobilisation et d’élaboration différente.
- Les mouvements sociaux qui se revendiquent des luttes sociales des ouvriers, des salariés, des paysans, des étudiants et aussi une partie des mouvements féministes, les mouvements de défense des droits, les mouvements de solidarité internationale constituent l’essentiel du mouvement altermondialiste.
- Les mouvements des quartiers populaires, des racisés et d’une partie des mouvements féministes qui se définissent contre les discriminations et qui ont une approche intersectionnelle réaffirment leur autonomie et revendiquent leur reconnaissance. Une partie d’entre eux, notamment les afrobrésiliennes ont joué un rôle dans les forums. Mais dans l’ensemble, ils sont restés à distance des forums.
- Les mouvements pour l’urgence climatique et la priorité écologique ont plusieurs fois travaillés avec les forums mais se sont développés de manière autonome
- Les mouvements depuis 2011, en réponse à la crise financière de 2008, se sont prolongés et pris une grande ampleur avec des mouvements insurrectionnels considérables dans 47 pays en 2019. Beaucoup de leurs militants actifs ont participé
Aux Forums sociaux, mais ils n’ont pas voulu les rejoindre en tant que mouvements
- Depuis le début de la crise pandémique en 2020, nous assistons à de nouveaux mouvements de solidarité locale qui expérimentent de nouvelles formes d’intervention
Le renouvellement du mouvement altermondialiste ne passe pas par une simple convergence des luttes. Il nécessite de reconnaître la diversité des cultures des mouvements sociaux et de construire une unité des projets et des stratégies.
Le défi de l’altermondialisme est celui de la définition d’une stratégie. C’est sur cette question qu’il faut ouvrir le débat et confronter les options. Cette stratégie articule la résistance à la mondialisation néolibérale avec la définition et la mise en oeuvre des alternatives pour une transformation sociale, écologique, démocratique et géopolitique.
A la sortie des confinements, les contradictions vont s’aiguiser.
La résistance devra affronter la stratégie du choc illustrée par les régimes qui mettent en avant des idéologies racistes, xénophobes et sécuritaires. Elle devra confronter le projet d’une partie des classes dirigeantes qui voudront passer d’un néolibéralisme autoritaire à un néolibéralisme dictatorial.
Les alternatives pourront s’appuyer sur les prises de conscience dans la bataille pour l’hégémonie culturelle. Ainsi, la prise de conscience de l’urgence écologique ; la prise de conscience de l’ampleur des inégalités et des discriminations ; l’importance de l’égalité des droits en matière de santé, d’éducation, de revenu, de travail, … ; l’importance de l’action publique et des services publics ; l’importance de la démocratie et les libertés ; le refus de la domination dans les relations internationales ; …
Le débat stratégique portera aussi sur les objectifs de moyen terme et les alliances. La mondialisation se différencie déjà suivant les grandes régions. Des propositions différenciées suivant les pays et les régions sont en débat comme par exemple le Green New Deal porté par Alexandra Ocasio Cortiz et la gauche états-unienne.
Le débat stratégique portera sur la nature des pouvoirs et de la transition. Comment dépasser la stratégie qu’avaient repris les internationales : construire un parti, pour conquérir l’Etat, pour changer la société. La discussion stratégique renvoie à la question du pouvoir et du politique. Nous devons admettre qu’un parti construit pour conquérir l’Etat se transforme en parti-Etat avant même d’avoir conquis l’Etat, et que l’Etat, dont il faut redéfinir les formes, n’est pas le seul moyen de transformer la société.
Il serait pertinent de créer un groupe de travail pour préciser la position du CRID par rapport à l’altermondialisme. Et de progresser sur la stratégie du CRID. Comment par exemple réaffirmer l’importance du partenariat entre des mouvements sociaux dans la redéfinition des rapports internationaux, non pas comme un outil de « coopération » mais comme la capacité de construire des rapports d’égalité, dans le respect de la diversité, pour construire ensemble un autre monde possible.
