Développement durable
Entretien Gustave Massiah avec Marie Chéron, 4D
Gustave Massiah
20-06-2006
- Utilisez-vous l’expression « développement durable » ? Dans vos discussions quotidiennes, votre travail ? Et autour de vous ?
Je l'utilise moins depuis quelques temps. Dans l'article de l'encyclopédie de 4D, j'avais expliqué qu'il était un peu un mot valise, mais qu'il valait la peine de se battre pour lui conserver son intérêt. Mais j'ai l'impression qu'il a subi un nouveau déclassement pour ceux qui en ont une vision un peu radicale, au sens de prendre les choses à la racine. Il est surtout utilisé par ceux qui justement ne veulent pas prendre les choses à la racine et devient un complément quasi obligé à la croissance. D'autres références lui succèdent faisant plus directement appel à l'écologie (urgence écologique et sociale) ou au changement de mode de production et de consommation (nouveau modèle de développement ; transformation sociale).
- Qu’entendez-vous derrière cette notion ? A quelles réalités s’appliquent-elle ?
Elle a été très novatrice à Vancouver puis à Rio en 1992. Aujourd'hui avec la crise du néolibéralisme, elle ne joue plus le rôle analytique qu'elle a pu jouer alors (rappeler l'importance de la dimension écologique et la critique de la croissance) et n'est pas assez discriminante quant aux options possibles (l'écologie est devenue une référence obligée, une révérence symbolique et platonique).
- Qu’attendez-vous d’un développement dit durable ?
une réponse aux dimensions de la crise globale : sociale, écologique, géopolitique, démocratique
une remise en cause de la logique systémique qui correspond à une double crise :
la crise du néolibéralisme, l'issue possible est le Green New Deal qui donne au développement durable le sens d'un nouveau secteur d'entraînement de l'économie et d'une régulation mondiale plus attentive aux limites de l'écosystème planétaire
la crise du système dominant, le capitalisme qui nécessite l'invention d'un nouveau mode de production et de consommation
Sans oublier que pour les tenants actuels des politiques néolibérales, toujours au pouvoir malgré quelques précautions de langage, le développement durable fait partie de la novlangue qui peut se traduire au mieux par capitalisme vert et croissance verte.
- Quelles décisions et actions vous paraissent primordiales ? A quel niveau ?
Quatre niveaux d'intervention correspondants aux stratégies des mouvements sociaux, écologistes et citoyens qui composent le processus des forums sociaux mondiaux :
- les résistances des mouvements qui tous intègrent l'articulation entre la dimension écologique et la dimension sociale
- la bataille des idées et l'élaboration de nouvelles théories de la transformation sociale, économique et politique
- les pratiques concrètes d'émancipation et les pratiques alternatives, notamment locales mais aussi nationales, des grandes régions et mondiale
le champ des politiques publiques qui constitue l'espace principal de la confrontation
