FSE Plénière Afrique
Gustave Massiah
19-10-2003
Quelques éléments de présentation
Gustave Massiah, ingénieur économiste, enseignant à l’Ecole d’Architecture de Paris La Villette, Président du CRID (Centre de Recherches et d’Informations pour le Développement), Vice Président d’ATTAC, membre fondateur de IPAM (Initiatives pour un autre monde), membre fondateur du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité Internationale).
Principaux thèmes de votre intervention
L’Afrique, déjà fortement fragilisée, n’en finit pas d’imploser sous les chocs répétés des ajustements et de l’intégration au marché mondial La précarité progresse et les inégalités se creusent. En moyenne, 50 % des habitants d'Afrique subsaharienne vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Les investissements faibles n’en sont pas moins rentables : les profits rapatriés d’Afrique par les investisseurs représentent chaque année entre 4 et 5 milliards de dollars.
L’échec des régimes à assurer la survie de leurs sociétés et un minimum de libertés a coupé les dirigeants de leurs peuples. Cet échec résulte largement de la reprise en main, dont l’arme principale a été la gestion politique de la crise de la dette, par les anciens pays colonisateurs rebaptisés pays du Nord et démocraties industrielles. L’Europe y a une large part de responsabilité
La violence du marché devient fondatrice de la violence politique et sociale avec ses formes éclatées qui comprennent aussi bien la dé-territorialisation des communautés (Ogoni au Nigeria) que la montée des violences ethniques (génocide rwandais). Pour la seule année 1999, l’Afrique a été le théâtre de seize conflits armés.
La fin de l’apartheid en Afrique du Sud libère les esprits dans toute l’Afrique ; elle rend possible une influence politique africaine. La montée en puissance des municipalités africaines peut aider à la reconstruction des Etats et à l’émergence de nouveaux responsables. Le mouvement altermondialiste donne de nouvelles perspectives au mouvement social et politique africain.
Les luttes actuelles pour la démocratie ne sont pas un simple coup de fièvre. Ce pourrait être, comme le prédisait Mongo Beti, le début d’une révolution, certes longue et difficile, mais aussi porteuse des espoirs de libération des peuples africains. La mondialisation se présente comme une modernisation. L’Afrique rebelle à la nouvelle modernité en révèle les limites.
Proposition d'alternatives,
L’annulation immédiate de la dette s’inscrivant dans une avancée du droit international (gel des avoirs des dirigeants des pays endettés et des responsables du Nord, coresponsabilité pour les emprunts sur des projets, non prise en compte des modifications imposées des taux de change et d’intérêt, refus des dettes « odieuses », etc.).
Mise en place de modalités de redistribution internationale, fondées sur des taxes internationales (taxe sur les transactions financières, écotaxes, etc.), se substituant à la conception de l’aide, et consacrées à l’accès pour tous aux services fondamentaux.
Rééquilibre des termes de l’échange.
Priorité au respect des libertés et à la démocratie.
Mise en oeuvre concrète de ces alternatives,
Soutien au mouvement altermondialiste africain et à tous les mouvements qui luttent pour la démocratisation et une libération des peuples.
Développement du partenariat entre les associations européennes et africaines.
Remise en cause des formes de domination portées par les entreprises européennes et relayées par les institutions européennes.
Mise en place d’un cadre institutionnel euro-africain fondé la définition d’un espace démocratique de coopération et sur la mise en œuvre des modalités de redistribution.
