AITEC
Six réflexions pour l’avenir du municipalisme[1]
Gustave Massiah
28-03-2017
Pour terminer cette soirée, Gustave Massiah a proposé six réflexions pour essayer de déterminer les enjeux importants du néo-municipalisme en relations avec le Droit à la Ville et les municipalités qui veulent s'inscrire dans cette perspective :
- Il y a tout d'abord la question stratégique. Quelles sont les stratégies que peuvent développer les mouvements et les municipalités progressistes ? Une bonne stratégie doit à la fois répondre à l'urgence et proposer une alternative. En 2009 à Belem, il y a eu une formulation d'une stratégie à partir d’n ensemble de mouvements sociaux composé du mouvement des droits des femmes, de la Via Campesina, d'écologistes et de peuples indigènes. Ces mouvements ont avancé trois propositions :
-la prise de conscience écologique nous amène à considérer ce que nous sommes dans une rupture très profonde. Le changement du rapport entre l'espèce humaine et la Nature ouvre une crise de civilisation qui touche à certains des fondements de la science contemporaine.
-l'urgence est de lutter contre la marchandisation, la privatisation, la financiarisation, pour la suppression des paradis fiscaux et la mise en œuvre d'une taxe sur les transactions financières.
-l'alternative c'est la transition écologique, sociale et démocratique. Dans cette proposition le mot transition est important. La transition n'est pas une simpe proposition progressive voire même réformiste. C'est une autre conception de la transformation, dans laquelle il y a des ruptures et des révolutions. Mais, ce n'est pas la conception du « grand soir », ce ne sont pas des transformations qui se font du jour au lendemain, “en faisant du passé table rase” ; c'est une nouvelle approche de l'histoire.
Rappelons-nous que les nouveaux rapports capitalistes sont nés pendant la société féodale. Nous devons donc nous poser la question : quels sont les rapports de dépassement du capitalisme dans la société capitaliste ? C'est pour cela que les alternatives sont importantes, car ce sont les manifestations de la construction de nouveaux rapports sociaux qui participant au dépassement du capitalisme.
Gustave Massiah a complété la stratégie de Belem avec les nouveaux mouvements qui ont émergé à partir de 2011 en Tunisie avec les printemps arabes puis les Indignés, Occupy, le mouvement des étudiants chilie, ... Des millions de personnes sont descendues dans les rues dans près de 40 pays ! Que peuvent nous apprendre ces nouveaux mouvements ?
Il s'agit tout d'abord de mouvements urbains qui occupent physiquement les places et défendent l'espace public. Cela correspond tout à fait au Droit à la Ville. A Madrid, à Barcelone, ces mouvements luttent contre la privatisation de l'espace public. C'est une notion énorme. Le municipalisme radical part de ces mouvements qui refusent la marchandisation, refusent les discriminations, refusent la financiarisation, refusent la rente. Dans le capitalisme contemporain, les rentes ce sont les pétroles, les armes et les services publics marchandisés par Véolia, Vinci et qui s'attaquent à la propriété foncière qui est pourtant au fondement des propriétés dans les villes.
- La lutte contre la dette est un enjeu déterminant. D'ailleurs le mouvement altermondialiste s'est d'abord construit contre l'endettement. C'est un endettement des banques puis un endettement privé. Aujourd'hui, il y a des mouvements de lutte contre l'endettement de la jeunesse scolarisée, comme au Chili et le développement des mouvements de diplômés-chomeurs. La lutte contre l'endettement public et l'endettement privé est un élément fondamental des nouvelles politiques municipales. Le CADTM et ATTAC ont par exemple participé à des audits de la dette, dernièrement dans des villes comme Barcelone.
- Le nouveau municipalisme estconstruit un nouveau rapport local-mà partir du compte rendu rédigé par ondial. Ce rapport n’élimine pas le national mais il ne s’y limite pas Il s'agit d'articuler le droit international avec le droit local, comme par exemple le Droit au Logement ou les luttes contre l'extractivisme. L'une des problématiques importantes porte sur la question politique. Comment réinventer la politique et comment réinventer la question du pouvoir ? L'un des traits marquant des derniers mouvements, c'est la lutte contre la corruption : en Roumanie, en Corée, en France. Qu'est ce que la corruption, si ce n'est la fusion entre la classe financière et la classe politique qui annule l’autonomie du politique ? Ces dérives provoquent une défiance générale vis à vis du politique : plus personne n'a confiance, non pas seulement vis-à-vis du gouvernement mais également vis à vis des élus locaux. Il s'agit donc de redéfinir des liens en partant des populations. Nous devons également être vigilant avec les grandes villes qui essayent de construire des villes-Etats avec une reference au modèle étatique comme par exemple la Venise du Xvème siècle. C'est pourquoi nous devons questionner les tendances à la métropolisation.
- Dans la période actuelle de très grande rupture, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, avec un autre rapport au temps : le temps géologique d’un côté avec le climat et un nano-temps qui se déploie dans l’espace virtuel... Cela impacte l'idée de la transformation sociale qui reliait le temps des investissements avec le temps de la génération. C'est tout le modèle des 5 derniers siècles qui s'effondre. On pensait que l'on pouvait maîtriser la nature et que le temps était fini, mais l'urgence climatique nous montre que nous sommes dans un temps fini.
- Nous devons reposer la question de l'espace qui interroge à son tour la question du pouvoir. La proposition la plus importante c'est que le municipalisme ne peut se reposer uniquement sur le local. Il s'agit d'articuler les échelles et reposer la question des pouvoirs territoriaux ; l’articulation etre le local de proxilmité, le national étatique, les grandes regions géopolitiques, le mondial avec ses questions globalisées comme par exemple le climlat, les migrations, la financiarisation.
- Gus Massiah a terminé sa présentation en reposant la question de l'hégémonie culturelle. La droite et l’extrême droite surfent sur les angoisses générées par les bouleversements majeurs. Mais d'un autre côté, il y a la révolution du droit des femmes, la décolonisation et le droit des peuples, la revolution philosophique de l’écologie, le numérique qui touche au langage et à l'écriture, la révolution du peuplement de la planète. L'une des réponses est peut-être l'émergence d'une nouvelle culture politique qui redéfinit un nouveau rapport entre l’individuel et le collectif.
[1] Mise en forme de la partie du compte rendu rédigé par David Gabriel Bodinier
