Le génie helvétique.
Un film sur le pouvoir et la démocratie
Gustave Massiah
05-09-2004
Le Parlement Suisse va légiférer. Il se prépare à adopter une loi, GEN-LEX, sur le génie génétique. Il confie sa préparation à une commission. Une équipe de cinéma fait le siège de la salle de la commission. Elle suit, de l’extérieur, la progression du débat dans la commission et puis nous fait assister au plénum qui vote la loi. A partir des réactions de cinq des commissaires, elle met en scène une comédie du pouvoir vue de l’antichambre. Elle nous offre une leçon d’éducation civique qui refuse la simplification et accepte la complexité.
Les personnages prennent leur consistance à travers leurs confidences et leur implication grandissante dans l’action. Le consultant d’un groupe chimique se définit comme l’attaquant. La jeune écologiste, engagée dans l’agriculture, opposera sa fermeté souriante aux assauts des tenants des OGM. L’exploitant agricole, soucieux de son élevage, s’engagera de plus en plus fermement dans son opposition aux OGM. La militante du parti socialiste, soucieuse de précaution, soutiendra les deux autres. Le professeur après avoir donné le change sur sa neutralité se révélera le pivot de l’offensive pour le génie génétique. La partie est serrée, les retournements nombreux. Tous les personnages se cherchent et avancent leurs coups. Ils sont vivants ; ils rient et ils souffrent. L’un d’eux dira : il faut apprendre à perdre à 65 ans, ce n’est pas facile.
La pièce se déroule en deux actes. La commission est le lieu des échanges et des discussions. Après un premier round d’observation et de déclarations, on mesure les positions et les points sensibles. Très vite, l’affrontement va se préciser autour d’un point de fixation. Le dernier des trente deux articles propose un moratoire interdisant les expériences de dissémination, c’est là-dessus que tout se jouera avec des coups de théâtres successifs. Le plénum est le lieu du spectacle et de la confrontation. Les représentations partidaires s’imposent ; les groupes politiques sont à la manoeuvre. Les polémiques enflent dans la salle, les négociations occupent la salle des pas perdus.
Le processus de pouvoir démocratique, dans son acception parlementaire, déroule son rythme et son sérieux. La démocratie est formelle, elle n’est pas dérisoire. Ces personnages réels et, d’une certaine manière, ordinaires sont pénétrés de l’importance de ce qu’ils font. La tension sur les visages lors du comptage électronique des votes introduit un réel suspens.
Les enjeux de la mondialisation sont suggérés. L’approche discrète souligne le sens qui se dégage. Le bruit et la fureur des luttes contre la mondialisation sont étouffés, filtrés. Il faut un effort pour saisir que les positions en présence sont celles qui se sont dégagées dans les mouvements sociaux et citoyens réels. Le professeur explique que tant que les experts ne se sont pas prononcés, le débat est idéologique. Mais qui sont les experts ? Ceux qui partagent le réalisme de l’industrie chimique ? Sur la responsabilité civile, à la préoccupation d’éviter les abus et les dangers, répond l’assurance qu’on ne peut pas éviter tous les dégâts et tous les risques. Quand un ténor s’élève contre « le racisme anti-OGM et tonne : ce soir on va assassiner la Recherche ! Une voix douce réplique, attention de ne pas séparer la recherche de la société.
La démocratie n’est pas futile. Un gouvernement, un parlement ont des marges de manœuvre. Il leur faut résister à la sainte alliance de la recherche et de l’industrie qui s’est arrogé le monopole du progrès et qui l’a subordonné aux profits des grandes firmes. Il leur faut réfuter l’idéologie néolibérale qui se plie à la croyance que seul le marché mondial est porteur de modernité. Les intérêts et les rapports de force existent. Ils ne suffisent pas à tout expliquer. La soumission est dans les têtes, l’émancipation aussi !
Gustave Massiah
Président du CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement)
Vice-Président d’ATTAC-France
Septembre 04
