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L’expertise citoyenne et les cabinets multinationaux de consultants – AITEC – 2p – 02.05.2022 – Expertise, citoyenneté

L’expertise citoyenne et les cabinets multinationaux de consultants
AITEC

Gustave Massiah
2 mai 2022

Le recours intensif à des cabinets internationaux de consultants pendant la crise du COVID et la révélation des pratiques du cabinet Mac Kinsey ont relancé le débat sur l’évolution de l’expertise et son rôle dans l’évolution du capitalisme. Elles interpellent l’expertise citoyenne.

Le néolibéralisme est défini comme une phase de la mondialisation capitaliste dès la fin des années 1970. En réponse à la tentative de non-alignement des pays nouvellement décolonisés et à la hausse des prix du pétrole en 1973 et 1977, le G5 qui deviendra G7 définira la stratégie du néolibéralisme. L’endettement des pays décolonisés par le « recyclage des pétrodollars » donnera le pouvoir aux institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale, complété dans les années 1980 par l’Organisation Mondiale du Commerce, qui à partir de la gestion de la crise de la dette imposeront les PAS, les Programmes d’Ajustement Structurel. Il s’agit d’ajuster chaque société au marché mondial et d’imposer la liberté pour les firmes multinationales d’investir librement et de retirer leurs bénéfices, et de les abriter dans des paradis fiscaux.  Le néolibéralisme a été défini par Milton Friedman et l’Ecole de Chicago et expérimenté par la dictature de Pinochet. La financiarisation mondialisée s’appuie sur deux techniques motrices : la technique de la finance mondialisée et le numérique. Les chaines mondiales de production sont contrôlées par les grandes multinationales qui transforment les autres entreprises en sous-traitantes. Des start-ups explorent les innovations technologiques possibles avant de laisser les grands groupes les exploiter. Le capital est détenu par l’actionnariat financier qui associe des managers et des techniciens sous le contrôle des grandes banques financières internationales.

Les cabinets de conseil internationaux, aident à la gestion des grandes entreprises qu’ils modernisent en les ajustant à la logique du néolibéralisme. Ils sont eux-mêmes liés à des grandes banques qui les contrôlent. La modernisation correspond à la logique : privatisation, mondialisation, marchandisation, financiarisation. L’action publique est redéfinie. L’Etat conserve les fonctions régaliennes, la sécurité et la police. Les fonctions économiques sont confiées au secteur privé, sous le contrôle des banques et des grandes entreprises. Les services publics sont privatisés autant que possible. La fonction publique est réduite et numérisée ; elle est réorganisée par les grandes firmes de consultants internationaux ; on appelle cela la modernisation. Elle est réduite et considérée comme bureaucratique et inutile. Toutes les innovations sont confiées à des consultants extérieurs. La seule spécialité qui est laissée au secteur public est la spécialité de gérer l’appel à des consultants et de les payer.

De leur côté, les consultants internationaux ont une idée claire de ce qu’ils ou elles doivent préconiser : l’ajustement à la logique et aux méthodes du marché mondial.  Comme le marché mondial est considéré comme plus efficace, il y a un accord avec les donneurs d’ordre sur la définition de ce qui est efficace. D’autant que le capitalisme mondial a ramené l’économie à la gestion, la managérisation et a imposé le vocabulaire managérial comme celui de l’efficacité. Il a formé des millions de « mba », de master en business administration qui peuplent les entreprises, les administrations et le salariat des associations. Ils parlent le même langage et communient dans la même conception.

Les cabinets de consultants internationaux sont à l’avant-garde de la bataille pour l’hégémonie culturelle. Ils prétendent que le progrès est du côté de la privatisation, de la sécurité et de l’austérité. Ils tentent de marginaliser la défense des libertés et de la solidarité. Ils défendent une idée réactionnaire des libertés, celle des libertariens et d’une liberté individuelle égocentrique contre la proposition de la liaison entre les libertés individuelles et les libertés collectives. 

Les cabinets de conseil multinationaux construisent un monopole de l’expertise. Ils offrent aux jeunes cadres sélectionnés la possibilité de naviguer entre les grandes entreprises, les banques, la haute administration, les centres de recherche universitaires et les universités. Ils cherchent à marginaliser l’expertise citoyenne et indépendante : les cabinets de consultants de type coopératif, de la recherche universitaire indépendante, de l’expertise menée par les petites et moyennes entreprises indépendantes, par l’expertise des associations et des mouvements sociaux, syndicaux, paysans et citoyens. Une expertise indépendante et citoyenne est une condition pour la définition et la construction d’autres mondes possibles, des mondes moins inégalitaires et plus solidaires.

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