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Migrations, l’Histoire longue et les changements à l’œuvre – MSH – 4p – 08.11.2021 – Migrations, décolonisation

Conférence MSH

Migrations
Décolonisation, mouvements

Gustave Massiah
6 novembre 2021

 

Quelques brèves réflexions pour commencer.

Quels sont les changements à l’œuvre dans l’histoire longue des migrations

L’Histoire des Migrations se confond avec l’Histoire de l’Humanité. Elles s’inscrivent dans le temps long et structurant de l’histoire humaine. Elle a commencé en Afrique à partir des migrations des Néanderthaliens et de l’Homo Sapiens. Les migrants ne sont pas des intrus ; ils sont partie prenante de l’histoire de chaque société. Les migrations marquent l’imaginaire de notre monde : citons parmi d’autres le nomadisme, la sédentarisation avec la maîtrise de l’agriculture, l’exil, les colonisations, les diasporas, l’exode rural.

La réduction de la population agricole.
Et la contestation des grands domaines agricoles extensifs par l’agriculture paysanne vont changer le rapport entre sédentaires et nomades
Technologie de séparation inventée pour le bétail et appliquée aux migrants : le fil de fer barbelé.
Innovations contradictoires dans la sédentarisation du logement avec Airbnb.

Dans l’histoire longue des migrations, un changement important survient, entre le 17ème et le 18ème siècle, avec le passage de l’Etat-Empire à l’Etat-Nation. Les Etats-nations n’ont pas existé de tous temps et ne sont pas une forme éternelle. L’identité nationale est d’invention récente, comme le disent si bien Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, chaque individu a des identités multiples ; il est réducteur et faux de vouloir le rabattre à une seule identité.

Dans la période actuelle, marquée par la mondialisation capitaliste, les migrations prennent plusieurs formes.
Dans l’histoire du capitalisme, il reste encore les traces profondes de l’esclavage et de la colonisation.

Aujourd’hui, avec la mondialisation capitaliste dans sa phase néolibérale, on peut définir trois formes importantes de migration :

Les migrations économiques caractérisées par la différence des situations qu’on peut définir pour simplifier par l’impérialisme et le néocolonialisme. Comme l’exprimait très bien Alfred Sauvy dès 1950, « si les richesses sont au Nord et que les hommes sont au Sud, les hommes iront là où sont les richesses et vous ne pourrez rien faire pour les en empêcher ». Les migrations politiques résultent des guerres et des conflits et se traduisent par des déplacements de réfugiés. Les migrations environnementales qui commencent vont bouleverser les équilibres de la population mondiale.

Les migrations, avec l’industrialisation et l’urbanisation font partie des questions stratégiques du peuplement de la planète.

Il faut revenir sur la question du peuplement.
La crainte de l’explosion démographique a marqué les dernières cinquante dernières années. Depuis le rapport du club de Rome en 1970.
La prise de conscience des limites écologiques a fait exploser la conception du développement.

Il faut aussi revenir sur la question du peuplement. Deux démographes canadiens Darrell Bricker et John Ibbitson, dans un livre, la Planète vide, analysent le choc de la décroissance démographique mondiale

Ils remettent en cause les prévisions des Nations Unies qui estiment que la popultion mondiale passera se 7 à 11 milliards d’ici la fin du siècle avant de se stabiliser. Ils estiment que le pic sera de 9 milliards entre 2040 et 2060. Et que la population sera en décroissance dans une trentaine de pays en 2050 (contre une vingtaine aujourd’hui). Les taux de fécondité ne sont pas astronomiques dans les pays en développement. Beaucoup sont au taux de rempacement ou au dessous. La raison en est de l’émancipation des femmes. taux de 1,7 enfant par femme

Canada, 20% de personnes nées hors du Canada.

Le vieillissement social devient un problème essentiel.

Les migrants acteurs de la transformation des sociétés et du monde
(flux, 466 millions de dollars, contre 149 d’aide publique)

Le droit international définit les grandes lignes des politiques migratoires. Il met en avant six principes de base : la dignité ; les droits des migrants ; la lutte contre le racisme ; la redéfinition du développement ; la liberté de circulation ; le droit international. La dignité est le fondement de toutes les propositions. Les migrants doivent être reconnus comme acteurs de la transformation des sociétés de départ et d’accueil et comme acteurs de la transformation du monde. Le respect des droits des migrants s’inscrit dans le cadre du respect des droits de tous. Le droit des étrangers doit être fondé sur l’égalité des droits et non sur l’ordre public. Il commence par la régularisation des sans-papiers Il met en avant le droit de vivre et travailler dans son pays et aussi le droit de libre circulation et d’installation. Il propose de reconnaître la citoyenneté de résidence

On prétend que la bataille idéologique s’organise autour de la question des migrations. C’est une instrumentalisation médiatique. La bataille pour l’hégémonie culturelle porte d’abord sur l’égalité. Les migrations sont utilisées mais partagent toujours autant les sociétés. Il y a autant d’appel à la haine que de manifestations de solidarité. Depuis quatre ans, les sondages annuels indiquent que 60% des sondés sont pour la citoyenneté de résidence et la participation des résidents étrangers aux élections locales. Et quand on les interroge sur leurs sujets d’inquiétude, les français mettent en tête le pouvoir d’achat et l’écologie, l’islam arrive en dixième position et l’immigration en treizième position.

Pour aborder ces questions, il nous faut partir de la situation actuelle. Dans quel changement de période sommes-nous ? Il faut mesurer l’importance des bouleversements en cours et des ruptures systémiques qui caractérisent la situation actuelle. Dans cette situation, les contradictions s’aiguisent et se redéfinissent.

Toutes les facettes d’une crise globale et structurelle sont présentes. La crise de la pandémie et du climat met en évidence la perte de résilience du système dominant et de la caractérisation de la mondialisation dominante. La crise sociale est de plus en plus aigüe, les inégalités sociales sont démesurées et sont devenues de plus en plus insupportables, les discriminations sont intolérables. La fracture politique entre les pays du Nord et les pays du Sud devient explosive. Le système capitaliste est en crise et la question de son dépassement est posée, vers un autre mode de production qui ne sera pas forcément égalitaire. Le néolibéralisme est épuisé et a évolué vers un austéritarisme sécuritaire ; les contradictions se renforcent au sein même du capitalisme entre les GAFAM et les extractivistes. La crise géopolitique oppose une approche multipolaire avec l’affrontement de deux nouveaux blocs ouvrant l’extension de nouveaux risques de guerre. La crise démocratique devient majeure avec la faillite des institutions et la défiance généralisée contre les formes ressenties de corruption.

Cette situation de crise généralisée se traduit sur le plan idéologique. Des partis d’extrême droite accèdent au pouvoir dans toutes les régions du monde avec Bolsonaro, Orban, Dutertre, Modi, Trump, et d’autres. Les idées d’extrême droite n’ont pas été aussi présentes et fortes depuis la deuxième guerre mondiale ; elles sont dominantes dans des secteurs dominants des médias. Et pourtant, on peut admettre l’hypothèse que la montée des idées d’extrême droite est une réaction au sens propre du terme. Elle traduit un refus violent et un affolement par rapport aux nouvelles radicalités portées par les nouvelles générations sur les questions du féminisme, du refus du racisme, de l’urgence écologique. Les indices ne manquent pas ; par exemple, alors que les extrêmes-droites s’affolent, une mapuche est élue présidente de l’assemblée constitutionnelle au Chili.

Nous sommes engagés dans une bataille pour l’hégémonie culturelle particulièrement violente. Comme l’affirmait Gramsci, elle est essentielle. Cette bataille pour l’hégémonie culturelle oppose violemment deux conceptions du monde ; d’un côté l’identitarisme et le sécuritarisme, de l’autre l’égalité et la solidarité. La bataille porte sur les libertés avec d’un côté une conception individualiste et libertarienne et de l’autre le lien entre les libertés individuelles et les libertés collectives.

A partir de là, nous pouvons proposer deux réponses par rapport aux questions que je vous ai proposé.

Sur la caractérisation de la période, nous pouvons dire que la décolonisation n’est pas terminée. La première phase a été celle de l’indépendance des Etats. On peut considérer qu’elle a relativement réussi même si on en voit les limites. La deuxième phase, celle de la libération des nations et des peuples commence. Elle implique de remettre en cause les formes de domination, dont la FrançAfrique, et les prolongements de la colonisation dans la colonialité des institutions internationales et nationales et dans les idéologies.

Sur la question des alliances, il s’agit d’une ouverture vers la construction d’un bloc de mouvements porteurs de radicalités nouvelles : les mouvements ouvrier et syndical, paysans, féministe, écologiste, des peuples autochtones, contre le racisme et les discriminations et le précariat. La stratégie de ces mouvements est en pleine évolution. Par exemple, le mouvement paysan a réussi à mettre en avant l’agriculture paysanne considérée comme plus avancée que l’agro-industrie et correspondant plus aux impératifs écologistes, à rejeter les OGMs, et à proposer la souveraineté alimentaire.

L’urgence est de définir le projet de dépassement et d’émancipation correspondant à cette nouvelle alliance stratégique. Et d’inventer les nouvelles formes du politique renouvelant une approche de la démocratie.

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