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Regards – mouvement antiguerre et mondialisation – 1p – 15.04.2003 – Guerre

Regards - mouvement antiguerre et mondialisation

Gustave Massiah
Président du CRID et Vice président d’Attac France.

 

« La question du rapport entre le mouvement altermondialiste et le mouvement anti-guerre était au cœur de la rencontre de Porto Alegre et de ses centaines de débats en atelier. La forte participation de délégués nord américains – 3000, seconde délégation par le nombre - y a certainement contribué. On s’est demandé comment non pas se fondre dans ce mouvement mais s’articuler avec lui. Nous ne voulons pas réduire toute notre action à ce seul terrain de la lutte anti-guerre ; nous ne voulons pas être instrumentalisé par la menace de guerre. Il fallait tout à la fois que le mouvement se mobilise contre la guerre et éviter qu’on ne parle plus que de ça.

Je partage tout à fait les analyses de Immanuel Wallerstein qui constate une perte de l’hégémonie économique et idéologique des Etats-Unis. Il leur reste l’hégémonie militaire. C’est le propre d’un empire en déclin, mais le déclin peut prendre des décennies et le danger n’en est que redoublé : Les États-Unis peuvent être tenté par l’usage militaire pour reconquérir leur hégémonie politique et économique. Georges Bush n’a en tout cas pas réussi à reprendre de terrain politique, au contraire. Il avait sans doute mésestimé les contradictions du camp libéral et il a, à son corps défendant, aidé à l’émergence d’une opinion publique mondiale.

La stratégie du mouvement altermondialiste est donc de tout faire pour isoler Bush notamment en dévoilant ses intentions … Cette stratégie a d’ores et déjà parfaitement fonctionné, peut-être même parviendra-t-elle à empêcher cette guerre.

Mais la guerre pose directement au mouvement altermondialiste la question du politique. Dans les premiers temps de la mondialisation néolibérale, le pilotage semblait aller de soi, il revenait directement aux marchés financiers. Compte tenu de l’hégémonie du néolibéralisme après la chute du mur de Berlin, le politique pouvait être implicite. Le G8 contrôlait la banque mondiale et le FMI et laissait les organismes internationaux monter en première ligne. Face à la montée d’une crise de la mondialisation libérale, à partir de 1995, il a fallut mettre en place une instance politique plus forte, chercher des cadres institutionnels nouveaux comme l’OMC. Mais l’hégémonie néolibérale entre en crise au sein même des milieux dirigeants de cette mondialisation, entraînant un durcissement politique, y compris sous la forme du militaire. C’est sans doute la prise de conscience de ce passage au militaire dans la continuité d’une vision néolibérale du monde qui commence à poindre. Le rejet de la mondialisation néo-libérale se double et s’amplifie d’un refus de l’option militaire de remise en ordre.

Cette évolution pose de façon aiguë pour le mouvement altermondialisation la question du passage du social au politique. L’émergence d’une opinion publique mondiale à travers le mouvement anti-guerre et l’élection de Lula qui pourrait modifier les rapports Nord/sud renforcent encore son acuité. Dès à présent le mouvement amorce un type de réponse avec la déclinaison du forum social mondial en forum régionaux (comme à Florence), en forum nationaux et locaux. Sans l’avoir théorisé, le mouvement est engagé dans l’invention de formes nouvelles dans le passage du social au politique »

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