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Réinventer l’Internationalisme – UEMS 2023 – 11p – 26.08.2023 – Altermondialisme, internationalisme, solidarité

Uems 2023
  Réinventer l’internationalisme

Gustave Massiah
26 août 2023

 

Croiser les trois dimensions

Solidarité internationale ; altermondialisme ; internationalisme

 

Solidarité internationale

Une valeur, une stratégie, des pratiques, un mouvement
La critique du développement

 

Altermondialisme

Les mouvements sociaux par rapport aux partis
La réponse à la mondialisation néolibérale
Réinventer les forums sociaux mondiaux
La radicalité des nouveaux mouvements
(social, paysan, femmes, antiraciste, peuples premiers, migrants, droit à la santé et au logement)

 

Réinventer l’internationalisme

La première internationale
Les contradictions : social, écologique, démocratie
Démocratie internationale (multipolarité et autoritarisme)
La démocratie n’est pas la démocratie occidentale
La crise des années 1930 (crise économique, guerres, nouvelle phase du mpc)

 

 

  1. Repenser le développement des sociétés et réinventer la solidarité internationale

La solidarité internationale est interpellée par cette nouvelle situation. Il faut donc en rappeler les fondements et la manière de tenir compte des nouvelles conditions. Dans la mesure où la solidarité internationale concerne les rapports entre les sociétés, il faudra revenir sur la manière de comprendre le changement social et l’évolution d’une société ; il faudra aussi s’interroger sur les rapports entre des sociétés et sur les inégalités et les rapports de domination qui peuvent caractériser les rapports entre les sociétés ; il faudra enfin s’interroger sur l’évolution du système international. Les réflexions que nous avons proposé sur la pensée du développement, comme une manière de prendre en compte les changements des sociétés et de leurs rapports doivent permettre de prendre en compte la situation actuelle et son évolution par rapport aux ruptures qui ont été identifiées.

Considérons la solidarité internationale comme une valeur, une stratégie, des pratiques et un mouvement. Partons de la solidarité internationale en tant que valeur, examinons quelle stratégie permet de la développer, prenons en compte les pratiques qui la définissent, examinons enfin les acteurs qui portent cette solidarité et considérons qu’il existe des mouvements de solidarité internationale.

En tant que valeur, la solidarité internationale est la dimension internationale de la solidarité. Il faut donc partir de la solidarité comme valeur et de l’évolution de sa signification. La solidarité se distingue progressivement de la charité et de l’aide d’une part et de l’altruisme d’autre part. La solidarité traduit le lien entre des personnes qui se considèrent comme liées par leur appartenance commune à une communauté ou à un territoire. En cela, la solidarité internationale renforce et complète la solidarité en élargissant la communauté à l’Humanité et le territoire à la planète. La solidarité est souvent perçue dans les valeurs fondamentales comme le complément de la liberté et de l’égalité en étant plus générale que l’injonction de fraternité ou de sororité. L’actualité de ces valeurs est renforcée par les dérives dans l’explosion des inégalités, la remise en cause des libertés et le renforcement de l’égoïsme. Les sociétés sont confrontées à l’inverse de la solidarité avec la folle démesure dans la possession des richesses et dans l’ivresse de la puissance (ce qu’on a appelle l’hubris).

La solidarité, et la solidarité internationale, sont présentes dans des pratiques multiples. C’est ce qu’on a vu dans les relations de travail avec la solidarité dans les syndicats ouvriers et paysans. C’est ce qu’on a vu aussi avec le développement de l’économie sociale et solidaire, et particulièrement avec les coopératives agricoles et ouvrières qui ont tenté d’organiser la solidarité à travers la coopération. C’est aussi le cas des mutuelles quand elles ont résisté à leur mutation dans le système bancaire. C’est le cas dans les territoires et dans l’histoire des municipalités qui ont conservé pendant très longtemps des communs. Les pratiques de solidarité ont résisté à la marchandisation, la privatisation et l’étatisation. Elles sont à la base des propositions telles que les communs et la propriété sociale.

La solidarité internationale a mis en avant des pratiques spécifiques. D’abord pendant la décolonisation, la solidarité internationale a pris des formes actives dans le soutien, et même la participation sous des formes diverses, aux luttes de libération nationale des peuples colonisés, et aussi aux luttes contre les racismes, les ségrégations et les discriminations. Après les indépendances, la solidarité internationale a essayé de s’engager dans la coopération, mais l’évolution des Etats décolonisés a découragé ces tentatives. Les associations de solidarité internationale ont avancé une autre proposition, théorique et pratique, avec le partenariat. L’hypothèse du partenariat, et son pari, c’est de parvenir à construire des relations d’égalité alors que les situations sont profondément inégales, du fait des inégalités et des dominations entre les sociétés auxquelles sont reliés les partenaires. C’est une option volontariste pour construire et inventer de la solidarité internationale en contradiction avec le marché, les puissances financières, les appareils d’Etat. Suivant les situations ce partenariat peut être possible ou impossible, bénéficier des contradictions ou au contraire en être victime, permettre des marges de manœuvre ou faciliter les récupérations.

La solidarité internationale est un mouvement qui s’inscrit dans l’ensemble des mouvements sociaux et citoyens. Faisons l’hypothèse que tous les mouvements de solidarité doivent prendre conscience de l’importance de la solidarité internationale comme prolongement et comme fondement de toutes les actions de solidarité. Plus généralement, la solidarité est constitutive de tous les mouvements sociaux et citoyens ; c’est dans chacun de ces mouvements que naît et que se construit le sentiment d’appartenance à des communautés de destin. Et c’est tout naturellement que se construisent les réseaux internationaux de familles de mouvements, confrontés à la mondialisation néolibérale d’une part, et d’autre part heureux de se retrouver en confiance, d’apprendre les uns des autres, de chercher des réponses, d’expérimenter des pratiques. C’est ce qu’on peut voir avec les mouvements paysans, les syndicats salariés, les mouvements pour les droits des femmes, les peuples indigènes, les mouvements d’habitants, ... Prenons l’exemple de La Via Campesina ; c’est au niveau international qu’elle a défini son programme et fait reconnaître l’importance des paysanneries. Chaque point de son programme est maqué par la solidarité et par la liaison entre le local, le national et le mondial : l’agriculture paysanne ; la biodiversité, les semences, et le refus des OGM ; la souveraineté alimentaire et le refus de l’OMC ; la réforme agraire ; le respect des droits humains pour les communautés rurales et les militants ; les droits des femmes, des jeunes et des migrants.

L’altermondialisme est né de la convergence des mouvements sociaux et citoyens et des réseaux internationaux de mouvement. Ils ont rendu la solidarité internationale plus visible. Les forums sociaux mondiaux ont montré cette convergence ; ils sont encore présents en tant que processus. Une nouvelle phase du mouvement altermondialiste est à inventer. La mondialité, proposée par Edouard Glissant, permettrait de dépasser l’affrontement entre nationalisme et mondialisme. La multipolarité permettrait de dépasser les contradictions toujours vivantes entre Nord et Sud.

L’organisation de la continuité des échelles est à réinventer en prenant comme impératif la nécessité de la solidarité internationale. Le local implique la liaison entre les territoires et les institutions démocratiques de proximité, la redéfinition d’un municipalisme d’émancipation. Le niveau national implique la redéfinition du politique, de la représentation et de la délégation dans la démocratie, le renforcement de l’action publique et le contrôle démocratique du pouvoir d’Etat. Les grandes régions sont les espaces des politiques environnementales, géoculturelles et de la multipolarité. Le niveau mondial est celui de l’urgence écologique, des institutions internationales, du droit international qui doit s’imposer par rapport au droit des affaires, de la liberté de circulation et d’installation et des droits des migrants.

Le mouvement de solidarité internationale est formé par les mouvements sociaux et citoyens. Il met en avant le respect de la diversité des mouvements. La mise en avant de contradictions principales ne justifie pas la subordination de certains mouvements à d’autres. C’est ce que signifie l’intersectionnalité qui ne se limiterait pas aux rapports entre classes, genres et origines. L’évolution des mouvements est aussi à interroger. Dans les forums sociaux, le débat a été engagé sur l’ongéisation des mouvements et la différenciation entre mouvements de mobilisations et mouvements d’influence par rapport à des pouvoirs étatiques ou d’entreprises. Cette tendance a été renforcée par les Fondations qui sont, avec leurs contradictions, les formes d’un capitalisme philantropique. Le partenariat doit être interrogé en tant que concept et en tant que pratique. Des changements culturels considérables sont à l’œuvre qui vont marquer le mouvement de solidarité internationale. Particulièrement, les nouvelles formes générationnelles d’engagement et les changements dans le rapport individuel/collectif

Repenser le développement, c’est redéfinir les stratégies de changement social. Le mouvement social de solidarité international rappelle que la transformation de chaque société ne peut pas être envisagée en dehors du changement du monde. Il s’appuie sur un droit international construit autour du respect des droits fondamentaux. Il propose, en lieu et place d’une définition du développement fondée sur la croissance productiviste, une concurrence illimitée et des formes de domination, une stratégie de la transition écologique, sociale, démocratique et géopolitique.

La démarche proposée est de partir de la stratégie des mouvements sociaux et citoyens. De proposer à tous les mouvements, et aux réseaux internationaux de mouvements, de définir leur stratégie par rapport aux changements et aux ruptures qui caractérisent la situation actuelle et de mettre en évidence la dimension internationale de ces stratégies. La nouvelle phase de l’altermondialisme pourra être définie et construite à partir des stratégies des mouvements sociaux et citoyens et de leurs réseaux internationaux.

[1] Pour aller plus loin

Pierre Beaudet et Paul Haslam, Enjeux et défis du développement international (sous la direction de), Presses de l’Université d’Ottawa, 2014

Pierre Beaudet et Thierry Drapeau, L’internationale sera le genre humain, Ed M, 2015,

Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, L'Intraitable Beauté du monde. Adresse à Barack Obama, Ed Galaade, 2009

Roger Martelli, La bataille des mondes. "Pour la démondialisation, tapez 1 ; pour la mondialité, tapez 2", Ed François Bourrin, 2013

Gustave Massiah, L’engagement dans la solidarité internationale, Echanges et Partenariats, 2015

Gustave Massiah, L’internationalisme, une culture et un engagement, Ritimo, 2019

Gustave Massiah, Stratégie des mouvements et projet d’émancipation, Le Monde Diplo Brésil, mars 2016

Sylvain Lefevre, ONG & Cie, Ed Le Monde-PUF, 2011

Didier Minot, A quoi sert la philantropie, Ed Charles Leopold Meyer, 2019

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