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Transformations urbaines et néolibéralisme – Asuncion – 6p – 13.03.2010 – Néolibéralisme, urbain

WORKSHOP France – MERCOSUR

Transformations urbaines et néolibéralisme – Asuncion 2010

 

B) Séminaire de préparation au workshop d’Asuncion du 17 avril au 2 mai 2010
Séance n°2 : le 13 mars 2010, 9h30-13h00

B) Intervention de Gustave Massiah dans le séminaire de préparation au workshop de Asuncion 2010, le 13 mars 2010, 9h30-13h00

Propos introductif :

GM propose quatre hypothèses de départ :

1) Réflexions méthodologiques pour situer le propos

2) Sur le modèle dominant actuel : le néo-libéralisme et ses conséquences urbaines

3) Comment le modèle néo-libéral s’est-il imposé à partir de 1945 à 1980 ? Pour remplacer quel autre modèle ?

4) Le modèle néolibéral en crise : critiques et pistes émergentes aujourd’hui ?

5) Échelle de la transformation urbaine locale

1_ Réflexions méthodologiques pour situer le propos

 

  • Réflexion n°1

La réflexion proposé ici se situe met en scène plusieurs dialectiques :

- la dialectique entre modèle politique et modèle socio-économique

- la dialectique entre modèles de développement urbain et modèle de développement économique

Sachant que :

- par le terme « développement », il s’agit de parler des transformations sociales ;

par le terme « modèle », il s’agit de mettre l’accent sur les logiques qui s’imposent

Aujourd’hui, les modèles articulent plusieurs échelles (c’est du reste du ressort du politique d’arriver à articuler les échelles) :

  • les échelles spatiales : local, régional, national, mondial, planétaire
  • les échelles temporelles : « temps court » et ou urgence (populations dans la pauvreté) ; « temps long » ou transformations lentes

Les approches sur l’articulation de ces échelles se posent en termes de « stratégies »

 

  • Réflexion n°2

Comment analyser un modèle de développement ?

Aujourd’hui, on se situe dans un modèle capitaliste

Ce modèle s’inscrit dans un phénomène de mondialisation qui s’inscrit dans un temps très long vu qu’il commence (selon Bourdel) en 1492 avec la découverte de l’Amérique.

Chaque phase dure environ de 30 à 50 ans.

Dans chaque phase, il y a :
- un mouvement « dominant », un systémique,
- un mouvement « résistant », ou anti-systémique

 

Par exemple, dans la période de 1945 à 1980, on a une dominance de l’industrie, et une résistance des syndicats

Le développement doit se penser dans la combinaison entre les deux.

Les idées de transformations se construisent donc sur les dominantes socio-économiques et les forces anti-systémiques, les résistances.

Prenons l’exemple du Paraguay, quels sont les mouvements anti-systémiques actuels ? Est-ce que ce sont les Indiens Guarani ? Les petits paysans luttant contre les grosses propriétaires terriens brésiliens ? les femmes ? les syndicats de salariés ? les adeptes des mouvements écologistes ?

Toutes ces questions sont souvent posées dans les « mouvements sociaux mondiaux » sont porteurs de mouvements systémiques. Ils l’expriment entre autres car ils ont toujours lieu en parallèle (même moment et même lieu) aux forums économiques mondiaux.

Penser les transformations urbaines, c’est penser les deux mouvements en même temps, les systèmes dominants et les résistances ou tendances anti-systémiques.

2_ Modèle dominant actuel : le modèle néo-libéral, 1980-2010 jusqu’à…

 

  • Quelle est la logique systémique de ce modèle économique qui débute en 1980 ?

Le fondement :

  • la priorité est donnée au marché mondial et en particulier à celui des capitaux

Les politiques économiques de tous les pays s’ajustent sur ce modèle : on parle dudit « ajustement structurel » - invention et produit de la Banque Mondiale.

Pourquoi a-t-on eu besoin de créer cet « ajustement structurel » ?

Parce le modèle économique sous-jacent est celui de la « croissance » : cet AS permet de renforcer le modèle dominant, donc le modèle financier néolibéral. Autrement dit, il renforce ceux qui détiennent le pouvoir sur le marché des capitaux.

L’hypothèse qui est au fondement de ce modèle est bien : le développement du marché mondiale permet la croissance !

Comment se développe ce marché mondial ? Sur quelques éléments simples comme :

  • développer les exportations
  • empêcher le protectionnisme (ou dit autrement libre marché est à privilégier ;
  • investissements libres ;
  • avoir la porte ouverte aux multi-nationales

On est face à une logique très simple, c’est un développement systémique

 

  • Quelles sont les contradictions de ce modèle ? Et ou quelles en sont les conséquences ?

Ce modèle a une logique simple, mais aussi des conséquences évidemment lourdes :

  • oui, il permet la croissance, mais il permet aussi la croissance des inégalités ; inégalités qui elles-mêmes renforcent les discriminations ;
  • oui encore, il permet la croissance mais au détriment de l’écologie : produire de plus en plus induit aussi une plus grande consommation et l’utilisation de ressources de la planète ;
  • oui, encore, ce modèle permet la croissance au détriment ou contre le phénomène de décolonisation engagé dès les années 1960 ; il suffit de mettre en rapport la carte de matière et la carte de matière première pour s’en rendre compte !

oui, enfin, ce modèle permet la croissance tout en construisant une idéologie « sécuritaire ». Plus il y a croissance, plus il y a insécurités sociale, écologique, civique, etc.

La lutte contre l’insécurité devient un enjeu.

Et surtout être pauvre dans ce modèle, c’est le vouloir !

Face à cette idéologie, des mesures et ou actions opposées sont prises :

- l’ancien maire de New York, Rudolph Juliani, qui a mis en place la politique de la « tolérance zéro » ;

- alors que (contre-exemple), le maire de Bogota, Antanas Mokus, a mis au centre dès le milieu des années 1995/97 (puis 2001/03) une « action citoyenne contre l’insécurité » ou mieux « pour une sécurité citoyenne ».

 

  • Comment les politiques de transformations urbaines s’appuient-elles sur ces contradictions ? Autrement dit, comme ce modèle s’exprime-t-il dans les transformations urbaines ?

Partons d’un exemple :

Atlanta est une ville traversée par les autoroutes. Le centre s’est déplacé autour des sièges de Coca-Cola et de CNN. Le centre s’est donc déplacé
_ d’un lieu où était représentées les institutions publiques (église, town hall, etc.)
- à un lieu  où s’affiche le représentant les plus huppé du marché économique mondial

Or, dans chaque ville, il existe des (parties de) villes-mondes avec à côté le reste de la ville qui est :

  • dominé par les discriminations/ségrégations
  • par le fait que l’on ne circule pas à pied entre les quartiers
  • on place des autoroutes entre et au-dessus de certains quartiers

Cela dit, dans cette idée de ville-monde, il y a des traces non-seulement dans les centres économiques des grandes villes, mais aussi dans des quartiers d’immigrés. Par exemple, Western Union a ouvert des banques pour permettre le transfert d’argent des immigrés vers leur pays natal.

Il y a une armature mondiale des villes :

- 27 villes-états ou mégalopoles

- x00 métropoles

- x villes moyennes organisant le territoire urbain et régional

Ce sont ici quelques-uns des éléments qui caractérisent le modèle urbain issus du modèle économique néo-libéral.

Pour appréhender ce modèle, d’où faut-il partir ?

  • de la prise en compte des contre-modèles
  • de la prise en compte des conséquences de ce modèle dominant ?

3) Comment le modèle néo-libéral s’est-il imposé à partir de 1945 à 1980 ? Pour remplacer quel autre modèle ?

 

Quel est le modèle qui s’imposait avant le modèle néolibéral ? Si ce dernier s’est imposé c’est qu’il répondait à des contradictions du modèle précédent !

 

  • Le précédent ou ancien modèle économique était le « modèle fordiste », 1945-1980.

Sur quoi se fonde le « modèle fordiste » ?

D’abord, l’industrie était l’élément constitutif de la ville en s’organisant autour du binôle : logement & travail.

Dans ce modèle, l’objectif est le « plein emploi ».

Autrement dit, on peut augmenter les salaires si on augmente la productivité.

Si ce point constitue le pacte social de ce modèle, néanmoins, il n’y a pas de démocratie dans l’entreprise. Par contre en dehors oui !

Dans cette tendance dominante (systémique), il y a la naissance d’une mouvement sociale (anti-systémique). Cette résistance au modèle dominant est représentée par les syndicats. (NB. Le droit syndical dans l’entreprise en France date de 1968/69).

 

  • Le modèle urbain lié au modèle économique dit « fordiste », 1945-1980.

C’est le modèle de la Charte d’Athènes : zoning, d’abord en différenciant les activités et en pensant l’articulation travail, logement loisir par les infrastructures.

Ce modèle trouve sa forme la plus aboutie dans les Villes Nouvelles.

C’est ce modèle fordiste que le modèle néo-libérale remet en cause, remplace. C’est-à-dire qu’il remet en cause, entre autres, l’industrie lourde et ces modèles urbains.

Aujourd’hui, on constate une nostalgie de ce modèle chez les architectes mais aussi chez les bailleurs et autres politiques.

Entre autres, parce qu’il se basait sur la « solvabilité » de futurs habitants. La montée du chômage fait que celle-ci n’est plus assurée.

Donc, il y a eu la crise profonde de ce système.

 

4) Le modèle néolibéral en crise : critiques et pistes émergentes aujourd’hui ?

  • Comment est-il possible de lier le modèle post-néo-libéral au modèle urbain lui correspondant ?
  • Comment les exprime-t-on ?
  • Quelles sont les questions posées ?
  • Quelles sont les issues possibles, sachant qu’il y en a toujours plusieurs !

 

  • Identification de trois pistes pour sortir de la crise …

1) au-delà d’un néo-liberalisme de guerre : les pouvoirs en place ont développé pour conserver ce néo-libéralisme un système politique répressif.

Une première piste est de trouver des alternatives à cette politique. Des expériences en cours sont éclairantes (par ex. Bogota)

2) vers la réforme du capitalisme néo-libéral. Une telle réforme a déjà été effectuée en 1929, avec le Crash de Wall Street.

Du reste, la Commission Joseph Stiglitz, au Sommet de l'ONU du 24-26 Juin 2009, a revisité le slogan de 1929 en parlant de « Green New Deal ». Ce dernier est basé sur :
- la question écologique est réelle et fondamentale
- les questions sociale et de l’emploi doivent être placées an devant des préoccupations
- il faut développer un équilibre géopolitique multipolaire.

3) dans l’analyse de la crise actuelle du néo-libéralisme, il ne s’agit pas seulement d’une crise de phase (30/50 ans) mais une crise plus longue et profonde, à savoir c’est capitalisme qui est en crise.

Quelles sont les modèles de dépassement du capitalisme ? Quelles sont les formes possibles de ce dépassement ?

De nombreuses expériences en cours et des pratiques nouvelles offrent des pistes pour ce dépassement, même si elles ne sont encore aujourd’hui que marginales.

Donc, quelles sont ces expériences ?

 

  • Éléments - pistes – nouvelles pratiques à suivre attentivement

Question n° 1.
L’évolution de la question du foncier dans son rapport aux transports [1].

De nombreuses questions se jouent dans cette articulation foncier/transports, car c’est là que se posent le plus clairement la question des inégalités, de la ségrégation, etc. (prix de terrains au regard de la proximité aux transports)

Il faut éviter que le foncier se substitue à la planification, autrement dit de faire que le foncier cher soit très accessible et le foncier bon marché ne soit  pas desservi. La question de la planification des transports est un moyen pour dépasser cette contradiction.

  1. Certaines villes sont même aller par rendre gratuit les transports publics (cf. Aubagne), alors qu’à Paris, le RER de banlieue coûte au moins 8/9 euros pour se rendre au centre de Paris.

 

Question n°2.
Devenir de l’habitat irrégulier
Au lieu de viser la « propriété foncière », il faut privilégier la « sécurité foncière ». En ce sens, il faut développer des processus d’auto-promotion, auto-production, etc.

Il faut que les états acceptent que la population de quartiers auto-produits et auto-gérés (barrios, favellas, slums, etc.) restent sur place tout en leur permettant d’améliorer leurs conditions d’habitat. Surtout que la masse de perosnnes habitants dans ces quartiers ne cessent de croître de manière exponentielle : par ex. 65 %  de la population de Caracas vit dans les barrios ; plus de 95 % de la population en Ethiopie vit dans de l’habitat auto-produit. IL n’est pas possible de continuer à faire comme si ces quartiers n’existaient pas !

La question qui se pose est faut-il tout régulariser ? Une grande partie de ces quartiers se sont installés dans des lieux à risques : le long de cours d’eau qui débordent ou dans des zones innodables ; terrains inadaptés à la construction (éboulement, effondrement) ; très forte pente (40% et plus) ; zone désertique (accès à l’eau) ; le long d’infrastructures (autoroutes, voies ferrées) ; etc.

De ce fait, il faut aussi développer des alternatives pour prendre en compte ces situations difficiles, à savoir :

  • il faut régulariser sur place lorsque c’est possible
  • lorsque les risques sont trop importants, il faut assurer voir s’il est possible d’assurer l’habitat sur place en faisant des travaux d’infrastructure : digue, fondation, services et équipements, etc.
  • lorsque la situation est trop dangereuse, il faut mettre en place des processus de relogement dans des sites convenables
  • le processus d’indemnisation existe, mais il ne fait que repousser le problème plus loin ; la population indemnisée ne sait toujours pas où aller, donc elle se ré-installe dans des situations nouvelles mais tout aussi difficiles.

Autrement dit, la régularisation est d’abord une question de situations, autant relatives aux risques physiques qu’aux données culturelles (statut particuliers du sol).

Si les institutions ne sont pas là, la population revendique naturellement la propriété du sol. Par exemple, en Indonésie, si la population paie pendant 10 ans leurs impôts, ils reçoivent une « garantie foncière », même sans le titre de propriété.

En résumer, si la sécurité du sol est souvent proposée par le biais de la « propriété foncière », il faut préférer le « droit d’usage » ou « droit de propriété ».

 

Question n°3.
Les services publics : accès à ce droit pour tous

 

Question n°4.
Favoriser la création d’emplois locaux.

Production de richesses par les projets urbains. Par exemple, les commerces informels doivent pouvoir être maintenus voire développés.

Il faut aussi favoriser le retour du travail dans le logement. Cette proximité fait vivre les gens et le quartier.

La question est bien : comment produire et introduire de l’emploi par un projet urbain ?

 

Question n°5.
La question de l’environnement.

Dans les pays du Sud, les déchets sont un problème, bien qu’ils deviennent aussi source de revenus par des gens qui récupèrent, recycles, réparent, vendent, etc.

Des documents d’urbanisme du type « Master Plan » de ces pays (par ex., celui de Karaikudi, Tamil Nadu, Indes du Sud) imaginent même de réutiliser ces déchets en quantité importante pour produire de l’énergie.

 

Question n°6.
Diversification des modes de production des logements :
promotions publics et privées certes, mais coopropriétés, petites promotions privées, auto-productions, etc.

 

Question n°7.
Taxes et impôts locaux.
Tendre vers l’autonomisation des quartiers de manière à ce que les populations les plus pauvres puissent prendre en main le développement de leur environnement proche…

[1] Référence, voir : RENARD Vincent, Études foncières

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