Articles et interventions

Global Chance et l’écologie à Copenhague – Interview – 9p – 18.09.2009 – FSM, écologie

Global Chance et l’écologie à Copenhague

Interview Gus Massiah
Par Ronack, Echanges et Partenariat

18-09-2009

Quelles perspectives politiques pour Copenhague ? En termes de résultats politiques stricts ? Et en termes de perspectives pour la construction du mouvement alter ?

Il y a la conférence officielle et puis il y a les activités de la société civile et les attentes ne sont bien sûr pas les mêmes. Il y a une autonomie d’une certaine manière entre les deux.

Partons des activités officielles… C’est la raison sinon le prétexte de notre présence là-bas…

Ce que l’on peut dire de façon claire c’est… Quelles sont les perspectives ? Il y a deux possibilités puisque j’élimine d'entrée la possibilité qu’il y aurait un accord significatif sur quelque chose de tangible puisque je pense qu’il n’y aura rien. Il reste deux possibilités. Ou un accord vide ou pas d’accord ?

Un accord vide ça veut dire qu’on signera un papier sur lequel il n’y aura rien ou très peu de choses et que l’Europe et les Etats-Unis se précipiteront pour nous expliquer que les enjeux climatiques sont pris en compte, que c’est un événement historique qui va sauver la planète. Dans ce cas ça nécessitera de notre part de la mise au point médiatique et de la contre propagande pour que l’on explique la réalité de ce qui existe vraiment.

Jusqu’à maintenant c’était le scénario le plus probable mais il se trouve que la donne a un peu changé avec l’évolution de la position chinoise puisque la Chine et l’Inde ont décidé d’abord de se mettre d’accord et puis de rejoindre les revendications du G77 pour demander que le Nord paye une partie de ce qu’il a dégradé, bref qu’il reconnaisse sa responsabilité historique ce que le Nord n’est pas prêt à faire. A ce moment-là, on risque d’arriver à un constat de désaccord, ce qui serait la position la plus intéressante puisque ce constat de désaccord obligerait à continuer le débat public On aura la triade Europe/Etats-Unis/Japon qui va expliquer qu’il faut que l’on soit raisonnable et d’un autre coté le Sud reconstitué qui va dire qu’il faut que le Nord paye.. Dans cette perspective nous aurions la possibilité en tant que mouvement altermondialiste de mettre en avant nos propositions propres de façon plus crédible puisque le constat de désaccord montrera qu’on ne peut pas résoudre la question climatique avec une continuité et qu’il y a une rupture et un changement de modèle de développement nécessaire.

Alors faisons un petit détour sur la question de la Chine et de l’Inde et de 77… L’hypothèse possible défendue par quelqu’un du CEDETIM comme Michel Vigier c’est que dans l’évolution de la crise il peut y avoir un palier mais il n’y a pas de vraie résolution de la crise, on le voit bien chez nous avec tous les problèmes de chômage. Mais dit Michel Vigier, en fait l’évolution longue de la crise c’est un rééquilibrage entre le Nord et le Sud.  Le Sud va quand même progresser, en tout cas améliorer sa position économique et donc éventuellement, après des arbitrages, peut être améliorer d’une part le revenu de ses populations en tout cas des couches moyennes, continuer une extension des couches moyennes et d'autre part développer une production plus axée sur le marché intérieur. Alors évidemment ça laisse de coté une partie de la population du Sud mondial mais il faut quand même se rendre compte que si l’on prend la population de la Chine, de l’Inde et l’ensemble des 40 pays émergents, ça représente quand même plus de 80 % de la population mondiale.

La Chine, l’Inde et un peu le Brésil sont tentés par l’idée que la prochaine étape de la crise c’est le rééquilibrage Nord/Sud. C'est-à-dire que le Nord accepte des formes de récessions, pas de dépressions mais de récessions. Et la Chine est très intelligente là-dessus puisqu’elle est prête à négocier pour qu’il n’y ait pas de dépressions parce que ça lui couterait très cher notamment sur le plan monétaire. C’est donc la possibilité pour les pays du Sud d’améliorer leur revenu national, de continuer à renforcer leurs couches moyennes qui quand même sont en expansion très rapide et d’améliorer également une partie des revenus populaires comme ça s’est fait ces dernières années même si ce n’est pas dans des proportions suffisantes, ce n’est quand même pas secondaire. Evidemment ça exclu 20% du Sud concentré sur quelques régions : une partie de l’Afrique, une partie de l’Asie du Sud et une partie des Caraïbes etc.

Le Nord va jouer sur la division Nord/Sud en mettant en avant sa propre position d’un filet social, d’un filet humanitaire par rapport au 20 % restants en essayant de diviser le Sud. Donc on va avoir une bataille géopolitique à travers la question du climat, va se jouer la question du rééquilibrage Nord/Sud. Ça c’est la première chose.

Donc après si c’est un désaccord ou même un accord vide, il va y avoir un développement de conférences internationales comme c’est déjà le cas dans le cadre desquelles il y a peut-être des choses qui peuvent progresser comme on le voit ici avec la taxe carbone mais ces choses seront plus médiatiques que réellement fondamentales.

Alors maintenant, le vrai enjeu pour le mouvement altermondialiste c’est que se passe-t-il du point de vue de la société civile ? Alors là je vais faire un retour en arrière…

La montée en puissance de la société civile du point de vue de l’environnement et du rapport entre environnement et social et environnement et développement a commencé en 1992 avec la conférence de Rio dans laquelle nous avons été très impliqués, notamment l’AITEC a joué un rôle non négligeable – enfin c’était l’AITEC pour le CRID d’une certaine manière –

Dans la préparation de 92 à la Villette, c’est la première rencontre internationale des ONG et de la société civile sur la question de l’environnement et dans laquelle une partie du débat s’est construit. Ca été la convergence entre la solidarité internationale et les écolos dans laquelle sont rentrés mais de façon assez limité les syndicats et dans laquelle les gens qui ont

joué un rôle important c’est les brésiliens avec l’idée nouvelle de la dette écologique et la critique des droits à polluer qui a marqué la conférence de Rio.

Il y a donc plein de choses qui se passent en 1992 dont nous sommes un peu la continuité.

Premièrement, la proposition d’alliance entre une partie du système des Nations Unies avec le mouvement associatif et le mouvement des ONG, parce qu’après 1989, la montée en puissance du G7 marginalise les Nations Unies. Kofi Annan, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter personnellement, décide de chercher une alliance avec la société civile pour que les Nations Unies continuent à exister. C’est pourquoi il développe l’idée des conférences mondiales qui existaient un peu avant… Il y avait eu la conférence de Vancouver auparavant dans laquelle Brundtland avait pour la première fois mis en avant l’idée du développement durable. Mais là c’est la première fois qu’apparaît une volonté de débat international qui n’est pas contrôlé uniquement par les grands Etats puisqu’ils ne maitrisent pas l’agenda. Ils maitrisent la déclaration finale mais ils ne maitrisent pas l’entrée. C’est le démarrage d’une nouvelle forme d’expertise citoyenne internationale avec une partie des institutions des Nations Unies : le PNUD (avec le rapport sur le développement humain), le BIT etc. On a donc entre les Nations Unies et le mouvement social une première alliance et l’émergence d’une expertise commune, en tout cas d’une confrontation d’expertises qui se fait dans le forum des ONG à côté de la conférence et dans la préparation.

Deuxièmement, c’est le moment où monte en puissance une opinion publique mondiale qui passe notamment par des grandes associations comme les grandes associations écolos, les grandes fondations.

Troisième élément qui est très important, c’est la rupture du milieu scientifique. C’est notamment à Rio qu’il y a le débat entre l’appel de Heidelberg à l’initiative d’Allègre et ce qui va devenir ensuite Global Chance dont les fondateurs sont Benjamin Dessus, Bernard Laponche et Martine Barrère qui était vice-président de l’AITEC et qui était président d’un journal scientifique ( ??). On a un numéro de l’AITEC « Vous avez dit Développement ? » dans lequel nous avons mis tous les textes de Rio y compris l’appel de Heidelberg et l’appel de Global Chance. Allègre, et les scientifiques qui signent avec lui, s’adresse aux chefs d’Etats et il les conjure de ne pas écouter les propos obscurantistes des écologistes et surtout il demande de ne pas rompre l’alliance historique qui a permis le progrès entre la science et l’industrie. C’est très intéressant car c’est un des moteurs idéologiques de la bataille et cette bataille continue. Nous même, nous avons essayé avec le Forum Mondial « Sciences et Démocratie » de contrer cette idée là mais en réalité dans les grands labos scientifiques nous n’avons pas gagné, c’est toujours le marché mondial qui reste l’élément déterminant.

 

L’autre débat très important à Rio qui s’est développé après dans le mouvement altermondialiste, c’est le rôle du droit international, l’importance des normes obligatoires dans le droit international et surtout ce n’est pas une bataille du droit international mais dans le droit international pour se battre pour un droit international subordonné au droit des affaires que l’OMC commence à mettre peu à peu en avant…

 

En quoi consiste l’appel de Global Chance par rapport à celui de Claude Allègre ?

Il consiste à dire que notre position n’est pas obscurantiste, que l’écologie est un élément fondamental et qu’il faut lier l’écologique et le social et il abjure les scientifiques de se battre sur cette position. C’est tout à fait prémonitoire et c’est un des textes qui trouve un bon écho dans les milieux scientifiques. C’est ce qui va donner plus tard la fondation « Sciences Citoyennes » et « INES » et tous les grands réseaux scientifiques de gauche.

(Reprise)

Alors sur le plan international il y a un autre élément c’est que cette bataille sur le droit international et sur l’environnement rejoint la bataille qui est menée par notamment le Tribunal Permanent des Peuples et qui va décliner un certain nombre de choses et notamment quelque unes des grandes sessions de ce Tribunal notamment la session sur l’Amazonie avec Chico Mendès, juste avant qu’il soit assassiné, qui a lieu à Paris - et dont l’AITEC et le CEDETIM étaient les organisateurs – et la session du tribunal sur Bhopal qui va pour la première fois énoncer un certain nombre de propositions pour le droit international sur la question du contrôle des multinationales.

Rio c’est aussi d’une certaine manière le début de la convergence des mouvements sociaux qui vont constituer la base de l’altermondialisme et dont l’étape d’après sera Seattle : les mouvements écologistes, les ONGs, les syndicats, les paysans qui sont très présents à Rio et ce qui deviendra Via Campesina, les femmes, les jeunes, des alliances entre les écolos et les consommateurs à travers Public Citizen aux Etats-Unis et également à travers un certain nombre de bataille notamment la bataille sur Shell en Angleterre qui va voir l’union de Greenpeace et des unions de consommateurs. Donc la date de Rio est vraiment fondatrice.

Après il va y avoir toute une série d’éléments qui vont jouer. Notamment le fait que 4 années après Rio à la conférence internationale d’Istanbul, Kofi Annan va essayer d’élargir l’alliance des Nations Unies avec les collectivités locales, ce qui va donner naissance à la CGMU. De plus le BIT va servir de base de travail et d’espace de liaison du mouvement syndical et notamment la création de la CES qui était un peu avant et surtout de la CSI…

Alors l’acteur qui manque dans tout ça, c’est les entreprises. Là, il va y avoir une période compliquée parce que Kofi Annan va essayer de passer alliance avec les entreprises et notamment avec les multinationales. Bon alors c’est un sujet très discuté puisque beaucoup de gens ont dit que ça avait révélé sa vraie nature et qu’il avait trahi. Mais je ne pense pas que ça soit ça pour ma part. En fait, les Nations Unies sont confrontées à une attaque très violente aux Etats-Unis d’une part des néoconservateurs qui veulent se retirer des Nations Unies et du Congrès qui refuse de voter la contribution aux Nations Unies. Donc Kofi Annan va chercher des alliées et il va les trouver dans une partie des multinationales américaines, notamment Ted Turner qui va donner 1 Milliard de dollars aux Nations Unies. Et il va trouver comme base d’alliance Global Compact… C’est à Johannesburg que la bataille sera particulièrement rude. L’idée c’est qu’on peut arriver à un accord avec les multinationales sur une base de concertation, pas de normes contraignantes internationales mais des codes de bonne conduite. Mais dans le même temps les Nations Unies sont confrontées à la montée de l’alliance ancienne et la question des normes contraignantes dans le droit international continue à progresser. Tout ça pour dire que je pense que ça c’est aussi une piste que nous devons creuser : la bataille dans le droit international, sa nature et les formes de régulation d’une certaine manière.

Maintenant, on a un double élément nouveau : la crise économique et l’écologie qui apparaît comme un facteur déterminant de la crise. Du coup ce que j’ai dit par rapport à Rio montre bien sur quoi l’on peut s’appuyer et ce que le mouvement doit continuer à suivre.

Ces deux éléments nouveaux amènent de nouveaux chantiers.

Sur la crise financière et économique, l’élément clef de la crise c’est le secteur financier parce que d’une certaine manière c’est le monopole du Nord. Ce que le Nord contrôle dans l’économie mondiale c’est le secteur financier et c’est pour cette raison qu’il ne peut pas le laisser tomber et qu’il se battra pour le sauver absolument. Du coup, c’est pour ça que c’est une de nos cibles : la régulation publique, la socialisation… La proposition d’Attac est très intéressante là-dessus : socialisation citoyenne à l’échelle européenne. C’est une double rupture :

  • par rapport à l’idée de nationalisation d’abord puisque c’est une socialisation citoyenne
  • par rapport à l'idée d'une régulation Etat par Etat qui implique aussi une régulation monétaire. C’est une idée qui progresse comme par exemple dans la Commission Stieglitz avec l’idée des monnaies régionales, ça c’est un axe fondamental. Et dans la dans la Commission Stieglitz, il y a une réflexion là-dessus… Pourquoi est ce qu’on dit un Green New Deal ? Parce qu’il y a d’une part la régulation publique et d’autre part l’idée qu’il faut des nouvelles formes de croissance verte. C’est le premier enjeu qu’il y a devant nous : la régulation citoyenne.

Le second enjeu c’est l’idée de l’écologie comme facteur essentiel de la Crise. Il y a un élément assez intéressant c’est que dans la crise, il y a le cœur de la crise et il y a la succession des crises qui conduit à la crise globale : crise alimentaire, énergétique, financière, immobilière etc. Ce qui est intéressant c’est que dans aucune de ces crises, on ne peut envisager de sortie qui sous estime la question écologique. On a une démonstration par l’absurde parce qu’il y a beaucoup de gens qui continuent à dire : « Oui mais l’écologie c’est bien mais bon… Et puis le Climat on ne sait pas vraiment si c’est bidon ou pas… Mais maintenant il faut surtout résoudre la crise économique ». En réalité, on voit bien que quand on prend les crises une par une, il n’y a pas de sortie envisageable en dehors d’une prise en compte fondamental et stratégique de la question écologique. Donc, de mon point de vue, nous devons nous intéresser à ces différentes crises une par une, nous ne devons pas uniquement passer à la crise globale. Nous devons continuer à travailler sur chacune de ces crises pour définir des issues, des sorties en les liant à la crise globale mais sans les subordonner à la crise globale et donc à la question du climat. La question du climat est évidemment fondamentale, elle donne son cadre à l’ensemble mais elle est trop globalisante donc il faut à discuter de la crise alimentaire, des agrocarburants, du nucléaire…

Tu poses ta question comment… Si on prend la question des agrocarburants, quand tu dis qu’il ne faut pas la subordonner à la question climatique, comment formules-tu ta question alors ?

C'est-à-dire que je cherche d’abord quelles sont les différentes solutions possibles avec la liaison entre le social, l’écologique et la démocratie au niveau de la crise agroalimentaire et je choisis mes solutions par rapport au débat de la crise climatique. Je ne pars pas de la crise climatique pour savoir ce qu’il faut faire sur la crise énergétique ou sur les agrocarburants comme le fait une partie du courant écolo dont le seul argument c’est « Ah oui mais on ne peut pas faire ça parce qu’il y a la question climatique ». Non il y a la famine, il y a la famine, on ne va pas… D’une certaine manière ça permet de désidéologiser le climat. Partir des crises spécifiques sans éviter la liaison avec la crise globale mais en regardant ce qu’il y a de spécifique de chaque crise.

Après commence un autre débat qui est interne au mouvement altermondialiste. Jusque là on est dans le débat du mouvement altermondialiste vis-à-vis de l'extérieur. Et les débats au sein du mouvement altermondialiste rejoignent les débats sur les issues de la crise.

En gros il y a 4 issues possibles à la crise :

  • Le conservatisme de guerre qui peut prendre plusieurs formes : militarisation du jeu politique comme avec l’Iran ou bien la montée en puissance des dictatures dont certaines se réclameront de l’urgence climatique (si la planète est en danger les libertés deviennent un luxe). Certains en parlent mais ce n’est pas signifiant.
  • Issue du type Commissions Stieglitz c'est-à-dire refondation du capitalisme : Green New Deal et Croissance Verte. Leur idée de la croissance verte c’est le remplacement des industries polluantes par des industries vertes et donc c’est un nouveau marché et la nouvelle frontière du capitalisme. Ça peut marcher, c’est une des pistes, c’est une stratégie sérieuse et une partie de l’establishment capitaliste peut être à l’écoute de cette solution. En effet, il faut se rendre compte que le néolibéralisme a été la victoire du capitalisme financier par rapport au capitalisme industriel sur l’idée de la croissance à bride abattue. On peut donc avoir une partie de la bourgeoisie industrielle qui reprend sa revanche et retrouve une place plus importante dans la direction des opérations. Ce ne seront plus les fonds de pension qui décideront de l’investissement en fonction de la rentabilité à court terme mais il y aura d’autres critères qui seront notamment des critères écologiques et qui permettront aux industries vertes d’avoir plus de place. La troisième ligne stratégique c’est les syndicats qu’il soit salariés ou paysans parce qu’ils sont sensibles au court terme, à l’urgence. Pour eux c’est donc normal de négocier avec le pouvoir et évidemment ils préféreront négocier avec les refondateurs du capitalisme. Et là une partie de ce mouvement syndical peut être plutôt tenter par des stratégies que l’on appelait avant de débordement c'est-à-dire pousser le plus loin possible le compromis social de la nouvelle bourgeoisie qui a besoin de cette alliance parce qu’elle est confrontée au capitalisme néolibéral et donc elle a besoin de chercher des alliés. Donc il y a une alliance possible qui est l’alliance social-démocrate, l’alliance keynésienne, l’alliance fordiste contre le capitalisme archaïque ou réactionnaire etc. Et ces syndicats font partie du mouvement altermondialiste même s’ils détestent le mouvement altermondialiste… (Rires)
  • La troisième voie c’est l’aile radicale du mouvement altermondialiste au sens fort du terme pas au sens extrême gauche… Il faut retourner aux racines donc il faut changer le modèle de développement. C’est un magma bien sur mais c’était très bien représenté dans les déclarations du FSM de Belem qui est en fait une alliance entre le mouvement syndical (qui ne sont pas des réformistes au sens propre du terme mais plutôt des réformateurs) et l’aile radicale.

Là se pose la question de la définition du nouveau modèle et c’est le chantier devant lequel nous sommes. Qu’est-ce que ce nouveau modèle de croissance qui doit être écologique et social, qui doit quand même avoir un modèle économique… Parce qu’on ne peut pas dire : « Tout ce qui est industries vertes, c’est mauvais on en veut pas ». On se dire : « Industries vertes en liaison avec quoi ? et pour quoi faire ? ». Et par contre on est obligé de poser la question de la croissance. C’est pour ça qu’on avait repris un titre très beau de la Commission Britannique du développement durable - dans laquelle était infiltré un écolo - : Prospérité sans croissance ! Ca permet de ne pas rentrer dans le débat complètement religieux de la décroissance.

On a plusieurs discussions dans le courant altermondialiste radical. On a la discussion sur les formes de la croissance, sur les rapports entre l’industrie et les nouveaux modèles de développement, on a la question du rapport avec le social, on a la question du rapport avec les libertés et le refus des dictatures vertes, on a la question géopolitique c'est-à-dire sur quelle base du droit international et du financement international peut se construire ce nouveau modèle. C’est ça nos chantiers à Copenhague.

A Copenhague, nous devons regarder quelles sont les débats dans lesquels ces questions sont traités et dans lesquels il y a des propositions avancées et qui dépassent l’incantation… Et puis la question du projet d’émancipation ? Quelles dominations il permet de dépasser ? Et puis d’autre part toute la question du politique avec plusieurs interrogations :

  • Celle sur le rôle de l’Etat
  • Celle sur la démocratie
  • Celle sur la rupture et la violence
  • Des pratiques d’émancipation concrète : attend-on le grand soir ou commençons-nous tout de suite tout en sachant qu’on ne pourra pas aller jusqu’au bout mais que c’est une façon de renforcer le rapport de forces
  • Celle des partis

Ce sont des questions cruciales mais ce ne sont pas des questions premières. On peut avancer sur toute une série de luttes sans avoir résolu la question de l’Etat en gardant l’idée que l’Etat est contradictoire et ça permet d’avancer (Stratégie de Dépérissement de l’Etat…).

Entre Istanbul et Copenhague, quelles rencontres ?

Entre Istanbul et Copenhague, on s’est enfoncé sur les négociations climatiques qui ont pris le devant de la scène.

Il a y a eu Johannesburg sur le racisme et puis les autres conférences ont été prolongements : Rio + 10, Pékin +10.

Mais il y a eu des avancées par exemple avec la conférence de Vienne en 1994 sur les droits de l’homme. Tout de suite après Rio, il y a Copenhague sur le Social et elle accouche des objectifs du millénaire pour le développement et puis se met en place une nouvelle bataille entre ceux qui s’autocongratulent et ceux qui disent que c’est insuffisant et que c’est la question des droits qu’il faut mettre en avant… Et ces débats pèsent sur le débat public.

Ensuite donc il y a Vienne dans laquelle est défini le protocole additionnel sur les DESC qui est un moment très important pour le droit international avec notamment l’idée que les droits sont justiciables.

Après on a le Caire sur la Démographie mais là on s’enfonce plutôt dans une situation de crise. Ce qu’il se passe c’est que la chef de la délégation européenne c’est Brundtland. Elle prend la parole et elle dit : « Nous proposons une modification de la définition statistique de l’unité de population et nous disons qu’un foyer est composé des personnes de sexe différent ou du même sexe vivant sous le même toit ». La conférence explose et là il y a une coalition qui se crée avec le Vatican, l’Iran, Cuba, la Chine : « De même sexe, mais ça va pas… »

Pékin sur les femmes : il y a une progression de l’idée du mouvement des femmes mais c’est assez restreint…

Istanbul sur la ville et l’habitat… Ce sont les principales…

Après il y a d’autres conférences mais aucune n’arrive à avoir beaucoup du poids à part Kyoto et Johannesburg sur le racisme qui est un échec et également celle qui concerne le débat à propos des multinationales dont n’a pas encore fait le bilan par rapport aux mouvements sociaux. C’est là que Greenpeace passe un accord avec les multinationales pétrolières et le directeur de l’Union des multinationales pétrolières et celui de Greenpeace sont virés…

Bon par rapport à ça, on connaît nous aussi des problèmes. C’est pour ça que je dis qu’il ne faut pas uniquement rester au niveau global mais accepter aussi la discussion sur les ressources naturelles, les matières premières, l’eau… Les grandes discussions sectorielles sont aussi une piste parce que c’est là que se créent des propositions et des pratiques…

Parallèlement à ces sommets internationaux, se déroule désormais un forum parallèle…

C’est devenu le modèle. Tu as la négociation, le forum des ONG et les manifestations dans la rue… Ces espaces s’interpénètrent un peu… En 10 ans, tu retrouves des membres d’ONG qui deviennent ministres ou conseillers ou bien qui sont associés dans certaines délégations. Ce qui est clair, c’est que la conférence est plus perméable aux propositions d’expertise de la société civile à travers l’infiltration dans les délégations et à travers le rôle des Nations Unies mais ce n'est pas le pouvoir ! Il reste situé dans les mains des grands pays et dans les négociations entre Etats.

Alors au niveau du forum de la société civile, c’est un peu le bazar, c’est une foire aux propositions et aussi une foire d’influence pour se faire voir et se vendre aux fondations et aux Etats mais il y a quand même un noyau dur et c’est ce qu’il faut qu’on identifie à Copenhague : le Noyau Dur à soutenir.

La manifestation dans la rue où une partie des gens font partie du Forum.

Et après tu as tout le travail classique de plaidoyer. Par exemple, dans toutes ces grandes conférences ENDA faisait toujours un journal quotidien de la société civile sur ce qui se passait en interne. A Rio aussi, l’Ambassade de France proposait à tous les membres de la délégation française de venir discuter pour savoir ce que pensait les associations et à la fois pour avoir des informations… C’était également le moment où en amont (Sarkozy a arrêté) était organisé une consultation de la société civile avant les négociations.

Mais quoi qu’il en soit il faut que nous ayons nos objectifs propres :

  • démonter les mensonges médiatiques, mettre en évidence les vrais enjeux
  • soutenir l’aile radicale de la société civile ouverte sur des alliances
  • mettre en évidence les propositions les plus pertinentes sectorielles ou stratégiques

     

La meilleure chose serait qu’on n’est pas d’accord plutôt qu’un accord vide mais est ce facilement entendable pour l’opinion publique ? 

On peut le dire et on sera entendu par certains mais évidemment on aura du mal à passer dans les médias. Ça dépend de la bataille géopolitique, si l’Inde et la Chine ne signe pas, ça sera très facile de dire « il n’y a pas d’accord parce qu’on ne va pas au fond des choses et nous préférons qu’il n’y ait pas d’accord parce qu’il faut aller au fond des choses… »

On peut le dire dès le début puisque les éléments de la négociation sont connus donc nous pouvons dire que « contenu du vide des accords possibles, autant qu’il n’y ait pas d’accord », c’est tout à fait entendable…

Comment gérer les différentes alliances sans que ça soit la confusion médiatique ?

Les deux sommets ne sont pas indépendants… Le sommet le plus radical fait partie de l’autre donc il faut montrer que l’ensemble des personnes posent des questions et que les réponses peuvent différer…

Nous devons également pousser les grandes ONGs à suivre l’aile la plus radicale… S’il n’y a pas d’accord, ça sera plus facile mais s’il y a un accord à minima ça peut en pousser certaines à soutenir l’accord à minima…

Il faut également faire attention à ce que la réduction des gaz à effets de serre et la reconnaissance de la dette écologique ne masquent pas les autres questions qui ne sont pas secondaires : énergétiques, accès aux matières premiers etc.

Entre la stratégie des petits pas et le processus de long terme ? 

Nous devons dénoncer la stratégie des petits pas qui est mise en avant par les responsables puisqu’elle n’est pas à l’échelle du problème. Maintenant la question que nous devons nous poser est quelles sont les mobilisations que nous sommes prêts à susciter et à développer ? Que peut-on arracher ?

Par ailleurs, il faut que vous identifiiez les idées importantes ? les personnes et asso importantes ? Quels sont les rapports de force ?

Et après on réfléchit pour voir quelles alliances on peut passer… C’est rarement sur place que se font les alliances…

Rechercher