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IBASE, mouvement social brésilien et altermondialisme – Notes – 5p – 13.09.2009 – Amérique, mouvements

IBASE
Mouvement social brésilien et altermondialisme

Notes

Gustave Massiah
13-09-2009

 

Quelques pistes et réflexions

Pour les organisations comme IBASE
Non pas des conseils à IBASE, mais aussi des leçons à tirer aux organisations comme IBASE qui ne sont pas IBASE

Articuler le rôle d’IBASE dans le mouvement social brésilien et dans le mouvement altermondialiste

Le défi social

Nous sommes dans une période de transition par rapport à la crise. Comme dans chaque crise, il y a des dangers et des opportunités.

Les dangers sont connus. Pour les classes dirigeantes, il s’agit de faire payer la crise aux pauvres. Il s’agit d’autant plus qu’il faudra rembourser l’énorme dette publique accumulée par les plans de relance.

Les deux possibilités, l’inflation et la reconsidération complète du secteur financier, se heurtent à la remise en question des intérêts des couches dominantes qui gardent un pouvoir financier et militaire considérable.

Les dangers sont donc : la pauvreté, le climat, la répression et la guerre.

Sur chacun de ces points, le Nord a besoin de l’accord, voire de la complicité des grands pays émergents.

Les associations comme IBASE doivent peser de tout leur poids pour empêcher un tel accord.

Un mot sur la pauvreté.
Elle est structurellement lie aux discriminations. On n’est pas pauvre par hasard dans nos sociétés. On a plus de chance d’être pauvre si on est femme d’un milieu populaire, jeune d’un milieu populaire, migrant, membre d’une communauté discriminé
Une association comme IBASE doit mettre tout son poids pour inverser le discours toujours dominant qui lie inéluctablement la lutte contre la pauvreté à la croissance. Il faut mettre en avant une proposition alternative : c’est en luttant contre les discriminations que l’on luttera contre les inégalités et que l’on mettra ainsi un nouveau modèle de transformation sociale.

Une association comme IBASE doit donc orienter son travail vers les mouvements qui expriment les revendications et les propositions des groupes opprimés

Le défi géopolitique

La représentation Nord-Sud n’a pas disparu, mais elle n’est plus la seule

La crise va se traduire par une récession dans le Nord et une progression dans les pays émergents

Appréciation contradictoire : les pays du Sud vont-ils continuer le même modèle, socialement inégalitaire et écologiquement insupportable

La démocratisation va-t-elle laisser la place à des régimes autoritaires, voire dictatoriaux centrés sur les armées

La division du Sud est un risque immense, comme en 1977 avec le deuxième choc pétrolier. Le G5 a proposé le recyclage des pétrodollars et préparé la crise de la dette. Il a proposé aux pays pétroliers une alliance au détriment des pays non pétroliers ; ce qui lui a permis de remettre au pas l’ensemble des pays du Sud, pétroliers compris.

Les pays émergents comptent plus de 80% de la population des pays du Sud. Une amélioration même relative n’est pas négligeable

Ce rééquilibrage économique ne se fera pas sans problème. Il est un des facteurs qui empêcherait une sortie de la crise sans trop de dommages pour les pays dominants de la triade. La défense du secteur financier qui reste un des derniers monopoles, avec les armes, les médias et les technologies, prendra encore plus d’importance.

Deux évolutions sont possibles. L’une est l’ouverture d’une période de confrontation, de déstabilisations, voire de guerres ouvertes.

L’autre est l’ouverture d’une nouvelle phase de la décolonisation inachevée. Les pays émergents, avec l’accord tacite ou explicite des pays du Sud, chercheront à négocier une autonomie et une réorientation du système international.  

Dans ces conditions, le rôle des mouvements sociaux et des sociétés civiles des pays émergents devient stratégique.

Il s’agit particulièrement des pays baleines, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud. Il y en a d’autres dans les trente autres pays émergents, notamment l’Egypte, le Nigéria, l’Indonésie, le Pakistan, l’Iran.

Du point de vue de leur capacité d’autonomie, il s’agit surtout de l’Inde et du Brésil.

Le mouvement social brésilien doit redéfinir son rôle. Il n’est pas un mouvement d’un pays du Sud qui doit être aidé. Il doit se donner la possibilité de soutenir les pays du Sud exclus. Il peut peser sur son état pour infléchir les négociations internationales. Pour éviter de se situer dans un nouveau jeu de rôles de domination géopolitiques, il peut renforcer les solidarités au niveau des grandes régions. Il doit réaffirmer le choix stratégique de la démocratie et des libertés.

Le FSM est un des espaces de cette évolution. Ce n’est pas par hasard que les mouvements indiens et brésiliens y jouent un rôle particulier.

IBASE est une des associations qui peut assurer la transition du mouvement social brésilien.

Penser l’avenir

Il s’agit de penser la discontinuité

Le défi écologique et le climat oblige à penser différemment

IBASE a commencé, pour Belem, avec son affirmation, en matière d’écologie, l’urgence, c’est l’utopie

Il s’agit de définir un nouveau projet d’émancipation, après le projet national et la souveraineté populaire des Lumières, après le projet de libération sociale du communisme, il faut définir un projet qui associe la libération sociale, écologique, des libertés et de la paix

IBASE s’est inscrit dans ce projet en mettant en avant la radicalisation de la démocratie

Les bases sociales de ce modèle sont visibles dans les FSM. Il y a une dialectique des bases sociales et du projet. Celui-ci n’est pas l’expression des bases sociales. Les bases sociales se construisent à partir du projet. Celui-ci a avancé quelques axes stratégiques, notamment l’accès aux droits pour tous et le droit international. Cette référence n’abolit pas le politique au profit de la morale. Entre la morale universelle et le politique, il y a l’appréciation des situations qui définit l’espace des libertés et des responsabilités. 

Dans les FSM, la diversité n’est pas une addition de différences. Elle est l’affirmation de la légitimité de toutes les formes de luttes contre les oppressions et les exploitations. Il n’y a pas de contradictions secondaires subordonnées à une lutte principale. Le mouvement des femmes joue un rôle stratégique, il a ouvert la voie à une libération de la parole et de l’action des mouvements qui n’attendent plus le grand soir et la révolution pour affirmer leur présence et leur contribution à la transformation sociale.

Les bases sociales ce sont les mouvements et la convergence entre les mouvements qui définissent des morceaux du projet. Par exemple entre le mouvement écologique et le mouvement de la dette autour de la dette écologique.

IBASE a joué un rôle essentiel dans cette conception des FSM et d’une nouvelle culture politique 

Les pratiques concrètes d’émancipation

Comment lier la théorie et la pratique ? Comment préparer dès aujourd’hui l’autre monde possible ?

Le futur existe dans le présent des sociétés en tant qu’opportunité. Comme les rapports sociaux capitalistes se sont dégagés dans les sociétés féodales.

Il ne s’agit pas des micro projets ou des expérimentations, il s’agit des pratiques concrètes d’émancipation, issues des luttes et des résistances, et qui ont imposé des transformations radicales de la société permettant dans le même temps d’améliorer la situation des couches populaires et de préfigurer des transformations structurelles des sociétés.

Donnons des exemples :

Le droit des femmes à la contraception a participé au chgagement de la condition des femmes

Le doit à la santé et à l’éducation, et la montrée en puissance de l’idée de service public et de bien commun, remis en cause par le libéralisme

La protection sociale

En Inde, le droit à un revenu paysan minimum, le droit à cent jours de travail payés est une avancée considérable

La gratuité des transports mise en place par des municipalités dans des agglomérations

Le mouvement des logiciels libres (autonomie collective, local et mondial, droits de propriété, gratuité, résistance à microsoft et google, démarchandisation de la production)

Aucune victoire partielle n’est irréversible. La logique dominante facilite les remises en cause et les récupérations. Les changements nécessitent des ruptures et des rapports de force. Il ne s’agit pas de revenir sur le débat entre réforme ou révolution. Aucune classe dominante ne se laisse déposséder de son pouvoir sans user de son pouvoir. Il n’y a pas de changement structurel sans rupture. Il ne faut pas confondre les réformes et le réformisme, l’affirmation d’une transformation gradualiste qui privilégie la gestion à la transformation, qui subordonne les changements à l’acceptation par les dominants et à la préservation par les dominants. Si on ne remet pas en cause la logique dominante, toutes les innovations finissent par être récupérées et peuvent être utilisées contre ceux qui ont imposés des réformes. 

Le rôle des associations comme IBASE est d’identifier les pratiques concrètes d’émancipation issues des luttes et des résistances ; de soumettre les propositions au travail d’élaboration et de critique ; d’aider à définir les conditions de mise en œuvre concrète et la formalisation des propositions ; d’aider à la formation des alliances et des coalitions ; de soutenir les formes de mobilisation ; d’aider aux négociations avec les institutions pour les traduire en lois ; de contrôler et d’évaluer la mise en oeuvre

Il s’agit d’éviter de rester dans une approche qui évite le concret et d’éviter de perdre la charge subversive des projets d’émancipation.

Quatre axes : démarchandisation de la production, écologie sociale, autonomie collective, régulation citoyenne

La réinvention du politique

L’équation stratégique de référence reste toujours : il faut créer un parti pour conquérir l’état pour changer la société.

Mais les partis se transforment en parti-état avant même de l’avoir conquis

Et l’Etat n’est pas le seul moyen de changer la société

Il ne faut pas être obligatoirement au gouvernement pour obtenir des changements positifs.

La relation avec les gouvernements et les Etats relève des situations

Les associations comme IBASE s’intéresse à l’Etat, à son caractère contradictoire. Elles savent que l’Etat peut jouer un rôle positif pour permettre des avancées et les garantir. Elles savent aussi les dangers du pouvoir et les dangers de la corruption.

Elles rappellent l’importance des mouvements sociaux, de l’accès aux droits, du droit international

Elles connaissent aussi l’importance de l’interpellation de l’opinion publique et le rôle contradictoire des médias.

La question qui est posée est celle de la redéfinition du rôle des partis politiques. Ils restent nécessaires, mais il faut savoir à quoi

Les cinq courants de la transformation de gauche
Recomposition politique et culturelle
Occuper l’Etat, les politiques publiques
Démocratiser
Traduction électorale            
Droit international, régulation internationale

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