Articles et interventions

Soulèvements au Maghreb et Machrek – 2p – 13.04.2012 – Moyen Orient, mouvements

Article pour Lan Deia du syndicat ELA… et pour la Fondation Manu Robles-Arangiz

Soulèvements du Maghreb et du Machrek

Gustave Massiah
13-04-2012

 

Tout comme ce qui s’est déroulé en Amérique Latine il y a 30 ans, ce sont des révolutions démocratiques dont les effets sont à suivre sur les 2 ou 3 décennies à venir.

Le Forum Social de Dakar s’est déroulé en même temps que les soulèvements en Tunisie et en Egypte. On a appris le départ Moubarak l’avant dernier jour du Forum ! Il y a avait donc un enthousiasme extraordinaire !

Au-delà de la forme particulière et spécifique que prennent ces évènements, en Tunisie puis en Egypte (prenant une plus grande ampleur), c’est 6 ou 7 pays donc toute une région du monde qui est touchée ! C’est une véritable onde de choc qu’on peut appeler insurrection populaire, intifada ou révolution démocratique.

Deux dimensions
• Une dimension nationale, qui est spécifique, car c’est à cette échelle que se dénouent différentes situations.
• Une dimension régionale voir mondiale :
o Elle est liée aux conséquences sociales de la crise et des voies de sortie de la crise qui sont mises en avant par les plans d’austérité imposés par l’ensemble des systèmes dominants (FMI, Banque Mondiale).
Cela se traduit par une augmentation des prix des produits alimentaires. Les couches les plus pauvres et les plus marginalisée en sont les premières victimes! Et pas simplement au Maghreb. Ainsi, l’Inde connaît une série de manifestations pour dénoncer la hausse des prix des produits alimentaires.
Tout cela est lié au monopole de grandes firmes agro-alimentaires internationales ! En Tunisie, Egypte ou ailleurs le sucre, la farine, le café, etc. sont contrôlés par de grandes firmes françaises entre autres !
o Conséquence sur la structuration sociale des couches dominantes.
On assiste à l’apparition d’oligarchies et des divisions au sein même de la classe dominante via l’intensification de la corruption qui est devenu un phénomène structurel mondial. D’ailleurs, une des évolutions possibles de cette corruption est le contrôle du capitalisme mondial par des mafias financières !
D’autre part, il y a une structuration sociale des couches populaires qui est nouvelle : les classes moyennes sont paupérisées. Du fait de la démographie scolaire des dernières décennies il y a une jeunesse scolarisée dans ces pays qui a connu un exode massif des cerveaux et une jeunesse au chômage ou précarisée. Tous se sont appropriés les réseaux sociaux qui les ont mis en relation avec le monde. La jeunesse de ces pays est consciente des différents rapports existant entre liberté individuelle et liberté collective. On peut prendre l’exemple des logiciels libres qui sont un exemple de l’affirmation individuelle de chacun et de la construction du collectif et du social à des niveaux particuliers.
o Remise en cause de l’hégémonie occidentale et celui des Etats-Unis : les dirigeants de l’impérialisme mondial doivent s’adapter. Ainsi, voit-on Obama qui doit prendre des positions type Carter qui après le Viet-Nam a dû composer avec les révoltes populaires à travers des propositions de démocratisation contrôlées.

Causes de ces révolutions démocratiques

Au niveau du Maghreb et du Machrek, qui n’est pas seulement une région arabe, on trouve 6 ou 7 situations insurrectionnelles.
Les causes sont :
o L’exaspération populaire contre des formes de domination remise en cause. Elle s’appuie sur la question sociale, celle des libertés et de l’indépendance.
o La remise en cause des dictatures mises en place dans la région et adoubées par l’occident qui leur a donné 4 missions particulières:
 Garantir l’accès au mat première et pétrole !
 Garantir des alliances militaires (via un traité avec Israël)
 Mettre en place un contrôle des flux migratoires pour l’Europe
 Faire face aux dangers de la montée de l’islamise : ayant servi de fondement à la justification et au soutien des dictatures par les grandes puissances occidentales !

Deux éléments clé :
o La montée en puissance des oligarchies va prendre une très grande force. De petits clans vont entourer les Chefs d’Etat (concentrer la rente, les revenus…) en marginalisant la bourgeoisie ainsi que l’armée, et, en s’appuyant des forces de polices plus que de l’armée ! Contradictions vont apparaître dans les armées et la bourgeoise autour du monopole de la rente !
o Le second se retrouve en Turquie. C’est l’AKP, Parti pour la justice et le développement, un mouvement partant de l’islamisme mais qui est devenu une forme d’organisation politique musulmane et modérée, cherchant à organiser des formes d’alliances politiques. Les insurrections populaires remettent l’islamise à sa place ! Cela est la levée d’un énorme tabou qui fait tomber les justifications des dictatures. En Egypte, les frères musulmans étaient considérés comme «ceux à éradiquer sans autre discussion» car si on libérait le régime ils prendraient toute la place ! Actuellement on considère qu’ils sont à 30% de l’opinion et des couches sociales. A ce niveau on peut trouver un règlement politique et non militaire.

Perspectives : beaucoup de leçons pour tout le monde
o La forme d’insurrection : c’est la naissance d’une nouvelle culture politique horizontale ! Le pacifisme n’exclut pas les affrontements mais ne s’organise pas comme les anciennes formes de lutte armée pour la prise de pouvoir immédiate. Il y a eu un basculement de l’armée, liée aux contradictions au sein des classes dominantes, et le fait qu’il n’y a pas de partie d’avant-garde !
o Une nouvelle forme politique : liée à une nouvelle culture politique qui est sans leader actuellement... Ces mouvements qui ont une très grande conscience politique laissent les choix immédiats à des forces politiques d’opposition traditionnelle… sans grande illusion, mais tout en gardant une vigilance pour peser sur les choix. On ne dit pas les politiques immédiates qu’on veut appliquer… mais on dit ce qu’on ne veut pas. C’est un mouvement social en retrait mais observateur et maintenant une forme de vigilance très intéressante : « on veut, c’est ok, on veut pas, « dégage » ».
o On trouve des points communs ou des ressemblance avec ce qui s’est passé en Amérique Latine il y a 30 ans. C’était une région de dictatures contrôlées par les Etats-Unis. Les révoltes populaires ont été fortes. Il y a eu une démocratisation dans tous les pays... Des Etats plus démocratiques se sont mis en place. Des bourgeoisies nationales sont apparues et ont mis en place des formes de croissance, de développement et de démocratisation avec un peu de redistribution…. Tout cela était contrôlé par les Etats-Unis… qui ont dû s’adapter aussi. Cela a ouvert des espaces de liberté et d’autonomie qui ont permis à de nouveaux mouvements sociaux de s’ouvrir et de se structurer. Ainsi c’est dans ces pays qu’est né une forme originale d’alliance entre des salariés, des peuples indigènes, des mouvements de femmes, de paysans, de citoyens, etc. … en fait l’altermondialisme, qui a ouvert une nouvelle période.

En conclusion, l’onde de choc qui touche les pays du Maghreb et Machrek, est un mouvement révolutionnaire à juger non pas sur les 3 ou 4 ans à venir mais sur 20 ou 25 années à venir !

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