Articles et interventions

Les réseaux et le développement – 3p – 20.08.2004 – Développement, réseaux

Les réseaux en tant que vecteurs de développement :
Réflexion sur des pratiques

 

QUESTIONNAIRE :

Elaborer une petite fiche d’expérience informelle : Gustave Massiah

Un échec

Réflexion sur l’action, les objectifs et les résultats :

Il s’agissait de lancer un appel à des contributions scientifiques dans le cadre de la Charte européenne pour l’accès à l’habitat et la lutte contre l’exclusion.

Ce réseau était formé d’une quinzaine de réseaux européens de locataires, de sans domicile fixe, de chercheurs, d’organismes du logement social, etc.

Le projet a été initié, dans le cadre de la Charte par l’AITEC (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs) et la FPH (Fondation Léopold Meyer pour le Progrès de l’Homme).

L’appel aux contributions s’adressait aux thésards et doctorants des universités et écoles européennes qui développaient une recherche compatible avec les objectifs de la Charte européenne. Les candidats s’inscrivaient, avec éventuellement et sans obligation l’accord de leur directeur de thèse. Ils pouvaient bénéficier de la documentation et des personnes ressources du réseau ; ils avaient accès aux associations de base et pouvaient s’appuyer sur elles pour des études de cas. Chaque année, les travaux terminés étaient présentés à un concours. Les trois recherches retenues par le jury bénéficiaient d’une prime ; elles étaient présentées à des éditeurs associés au jury.

L’objectif était de lancer le débat public sur la lutte contre l’exclusion et l’accès à l’habitat ; de faire prendre en compte les orientations de la Charte dans  ce débat ; de soumettre à la critique nos propositions ; de mobiliser la communauté intellectuelle sur la question de l’habitat des plus démunis.

Dans un premier temps, le projet a bien fonctionné. La Charte et l’appel au Concours ont été placardés sous forme d’affiches dans ont été placardés sous forme d’affiches dans de nombreux laboratoires universitaires. Une quarantaine de jeunes thésards ont fait connaître leur intérêt pour le concours. Mais, au bout de trois ans, le projet s’est progressivement ralenti et a été arrêté. 

Analyse sur ce qui a fonctionné ou pas et les causes

Au départ, l’écho rencontré par le projet a été assez fort. Mais nous avons sous-estimé les efforts nécessaires pour lancer le processus et le temps pour que celui-ci se consolide et se reproduise.

Le montage d’un projet associatif européen est très complexe et coûteux. Les questions de traduction et de prise en charge de l’interculturalité sont très lourdes à assumer. Nous avions fait l’hypothèse d’un processus rapidement autocumulatif et d’une animation essentiellement bénévole. En fait, les taches de secrétariat et d’animation se sont révélées croissantes et les moyens financiers mobilisables ont été très loin de ce qui était nécessaire pour assurer le lancement sur trois ans.

La cible s’est révélée insuffisante. Nous pensions nous appuyer sur les jeunes doctorants pour entraîner les laboratoires et les professeurs. Nous nous sommes rendus compte que ce sont en général les professeurs qui définissent les sujets de recherche. Les premières manifestations d’intérêt ont précédé de longtemps les premiers résultats ; il faut plusieurs années pour qu’une thèse aboutisse. De ce fait, la production associée au projet a été très faible les trois premières années et l’intérêt de projet très peu visible. La Charte elle-même ayant connu des difficultés (évolution des institutions européennes rendant plus difficile les négociations sur le logement, difficultés des réseaux membres de la Charte, etc.), le projet n’a pas pu s’appuyer sur la dynamique de la Charte pour passer les premières années de lancement et les résultats du projet étaient trop faibles pour contribuer au renforcement de la Charte et à sa survie.

Un succès 

Réflexion sur l’action, les objectifs et les résultats :

Il s’agissait d’organiser un contre-sommet à l’occasion de la rencontre du G8 à Evian et Annemasse.

Ce contre sommet a été organisé par des réseaux et associations coordonnés par le CRID. On y retrouvait ATTAC, Greenpeace,

Les Amis de la Terre, la FIDH, et de manière directe une vingtaine des associations du CRID (Artisans du Monde, TDH, CCFD, Secours Catholique, Peuples Solidaires, RITIMO, IPAM, etc.)

L’objectif était d’intervenir sur les thèmes qui déterminent les actions de développement (dette, financement du développement, environnement, guerres et conflits, etc.) ; de resituer la question du développement dans le cadre de la mondialisation ; de peser sur les politiques des institutions internationales et de l’APD). Nous voulions accentuer la prise de conscience sur la situation ; mobiliser l’opinion publique à travers les médias ; peser sur les politiques ; faire connaître les propositions du mouvement de solidarité internationale et du mouvement altermondialiste.

Un bilan très complet de l’initiative est disponible au CRID

Analyse sur ce qui a fonctionné ou pas et les causes

Le succès est dû à la pertinence de l’initiative par rapport à la situation créée par le réunion du G8.

Il faut aussi souligner la capacité de rassemblement dont a fait preuve le CRID dans la convergence de mouvements et de réseaux qui ont des cultures différentes.

Il faut enfin mettre l’accent sur le succès de la communication par rapport aux médias.

La préparation a été longue, soutenue et continue. Elle a porté sur les contenus qui devaient être abordés (état des lieux, stratégie, propositions) t sur la mobilisation des compétences et de l’expertise des réseaux. Elle a porté ensuite sur l’organisation de l’initiative et sur les garanties de fonctionnement démocratique, même dans l’urgence, et de respect de tous les intervenants.

Questions complémentaires :

- Les réseaux humains sont des outils de développement, mais pour quel développement ?

- Comment expliquez-vous qu'ils soient actuellement tellement mis en avant ou "à la mode" ?

Les réseaux en eux-mêmes ne donnent aucune garantie sur la nature du développement. Ils vont des réseaux maffieux aux réseaux de solidarité.  Ce qui compte c’est la nature des associations, des institutions et des personnes qui sont à la base du réseau et qui l’animent. La nature du développement est définie par les objectifs, la stratégie, les modalités et les moyens du réseau.

Les réseaux sont à la mode pour des raisons contradictoires. Cette d’abord une tentative de réponse à l’échec des formes d’organisation très structurée (partis notamment) et aux formes avant-gardistes et hiérarchiques. C’est une forme d’organisation souple permettant de répondre à des situations complexes et évolutives dans des avenirs incertains. C’est un moyen de faire intervenir en commun des structures individuelles et collectives de nature différentes et d’importance très variable. Mais, ils peuvent être aussi des instruments de récupération des initiatives et de manipulation par les plus riches et les plus puissants.

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