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Droits dans les villes et droit à la ville – 4p – 23.02.2003 – Droits, habitat

Droits dans les villes et droit à la ville

Gustave Massiah
25-01-03

La situation

L’existence du mouvement social et citoyen modifie l’analyse de la situation. Elle modifie les rapports de forces et les représentations. Les luttes sociales et citoyennes obligent les décideurs à infléchir leurs politiques et à accepter l’ouverture d’un espace de négociations. En mettant en avant l’affirmation qu’un autre monde, plus juste est possible, le mouvement citoyen ouvre le champ des possibles ; il inscrit les résistances dans une perspective d’ensemble et place les pratiques nouvelles  dans l’espace des alternatives.

La situation est caractérisée par les conséquences de la phase actuelle de la mondialisation que nous appelons la mondialisation néolibérale. Elle marque l’évolution de l’urbanisation et des politiques urbaines. Quatre grandes familles d’inégalités structurent chacune des sociétés et la société mondiale : les inégalités sociales, les inégalités politiques, les inégalités écologiques, les inégalités dans l’accès aux droits fondamentaux.

Les inégalités sociales dans chaque pays et dans le monde sont croissantes. Dans un monde globalement plus riche, la concentration des richesses, à un pôle, et la profondeur de la misère, à l’autre pôle, ont pris des proportions défiant toute imagination. Les inégalités sociales sont structurées par les discriminations entre les genres, les âges, les origines, les cultures. Les discriminations construisent des représentations qui regroupent et désignent comme minoritaires tous ceux qui différent des normes admises comme normales, c’est à dire dominantes. Comme l’expliquait magistralement Henri Lefèvre, l’espace projette au sol ces rapports sociaux ; la ségrégation spatiale traduit, reproduit et redouble les inégalités et les discriminations sociales.  

Les inégalités politiques dans le monde et dans chaque pays sont structurelles et se renforcent. Elles sont aveuglantes entre les pays du Nord et ceux du Sud dans le système international. Elles donnent son actualité à la proposition d’Alfred Sauvy, quand il définissait le tiers-monde, par analogie avec le tiers-état de la Révolution Française, comme l’ensemble de ceux qui sont exclus de la décision politique. La décolonisation est inachevée et nous vivons une période de reprise en main particulièrement brutale par les pays du Nord qui sont pour l’essentiel, étrange hasard, les anciennes puissances coloniales. Les aventures militaires et la gestion, agressive et scandaleuse, de la crise de la dette ne sont pas des accidents ; elles dessinent l’ordre du monde. Les nouvelles guerres définissent une nouvelle norme de l’organisation des territoires, la « purification ethnique » qui va compléter la ségrégation sociale dans la géographie des villes. Le territoire urbain est séparé en quartiers socio-ethniques, dont les quartiers considérés comme dangereux ou en difficulté souvent baptisés « banlieues ». C’est dans ce contexte d’inégalités politiques fondées sur la domination que se développe la nouvelle révolution urbaine. D’après les estimations des Nations Unies, la population urbaine mondiale devrait s’accroître de 2,5 milliards de personnes, dont 500 millions dans les villes du Nord et deux milliards dans les villes du Sud qui n’ont déjà pas les moyens de répondre aux besoins de leur population actuelle.

La lutte contre les inégalités écologiques et pour le respect des droits des générations futures.

La lutte contre les répressions et l’impunité et pour le respect des libertés et de l’égalité d’accès aux droits, tant civils et politiques, que des droits économiques, sociaux et culturels.

Les politiques urbaines, qui sont une part des politiques économiques et sociales du néolibéralisme, considèrent ces inégalités comme une fatalité. Les nouvelles politiques urbaines doivent d’abord refuser cette fatalité. Elles doivent s’opposer aux inégalités sociales fondées sur les discriminations, aux inégalités politiques fondées sur la domination, aux inégalités écologiques fondées sur les spéculations à court terme, aux inégalités dans l’accès aux droits fondés sur l’exclusion. Elles doivent mettre en avant des valeurs de référence qui marquent une nouvelle orientation. Elles mettent en avant l’égalité des droits, la solidarité, les droits des générations futures, la citoyenneté.

 

Comment on en est arrivé là

Le résultat des politiques

Libéralisation, ajustement, marché

Croissance, modernité, privatisations

Précarisation, remise en cause du salariat

La ville-monde par rapport à la ville-providence

Une évidence assise sur un rapport de forces

Décolonisation, soviétisme, défaite sociale

Mouvement social urbain

Création
Inscrire l’histoire dans la ville
Quelle représentation du lien social
La ville : la mondialisation et la démocratie

 

Quel programme

Propositions et programme
Pour qui les propositions : le mouvement, les institutions

Une orientation : l’égalité d’accès aux droits

Inscrire les droits dans les politiques

Accès pour tous aux services essentiels

Production des richesses

Accès au logement

Accès à l’espace public

 

Alliances et articulations :

Dans les mouvements
Des acteurs : administrations, entreprises, cl, associations
Des niveaux institutionnels : local, national, régional, mondial

 

La mondialisation relève d’un processus contradictoire. D’un côté, il s’agit d’une nouvelle forme de modernité, sans oublier que toute modernité n’est pas forcément positive. D’un autre côté, la mondialisation est déjà ancienne. Fernand Braudel a démontré, dans sa magistrale théorie des « système-mondes » que le capitalisme constitue depuis le départ une superstructure à caractère mondial. Mais, alors que par le passé, cohabitaient plusieurs systèmes monde, le système-monde capitaliste s’est élargi à l’ensemble de la planète ; cette évolution a été achevée avec l’effondrement du bloc soviétique. Parmi beaucoup d’autres, soulignons deux conséquences majeures. D’une part, le capitalisme évolue dans un espace géographique fini ; l’expansion illimitée du marché et, la représentation de la « nouvelle frontière » qui lui est associée, est remise en cause  D’autre part, le productivisme sans frein met en danger l’écosystème planétaire, les risques deviennent majeurs et mettent en cause les droits et les chances des générations futures. Cette double limite, géographique et écologique, inaugure une crise majeure des systèmes capitalistes.

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