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Développement, transformation sociale et migrations – Toulouse – 3p – 08.11.2007 – Développement, migrations

Développement, transformations sociales et migrations

Séminaire sur Economie Sociale et Solidaire
A l’Université de Toulouse

Gustave Massiah
08-11-2007

Antoine de Ravignan : « Gustave Massiah, est-ce qu’on n’est pas dans ce paradoxe que l’aide au développement se pense maintenant par rapport à la question des migrations si on aide le Sud à se développer il y aura moins de flux migratoires ? Est-ce que vous pouvez décoder un peu cette idée ? »

 

Gustave Massiah :

Migrations, transformation sociale et développement. Comment peut-on les relier ?

Nous avons trois points d’interrogation :

- la question des migrations
- la question de la transformation sociale et du développement
- la question de l’économie sociale et solidaire.

 

Comment est-ce qu’on peut les relier et qu’est-ce qu’on peut proposer ?

La transformation sociale, les migrations et l’Economie Sociale et Solidaire sont liées à la question de la mondialisation et de la globalisation. Le codéveloppement se présente comme une idée pour relier ces différents aspects.

L’idée du codéveloppement apparaît en 1981 juste après la victoire de la gauche, le codéveloppement est présenté comme une nouvelle orientation de la politique de coopération française. On va essayer de trouver des moyens d’aller plus loin dans des rapports qui ne soient pas uniquement du commerce mais de la construction de développement en commun. On va admettre l’idée qu’il faut que les prix, notamment des matières premières, ne soient pas définis uniquement par le marché mondial mais par une volonté politique de construction d’un nouvel ordre mondial.

Cela n’a pas fonctionné très longtemps car en 79/80, on est sortis d’une phase qu’on a appelé keynésienne, fordiste, sociale, libérale… pour passer dans une phase néo-libérale de la mondialisation. Et là, la manière même de penser le développement change. On va passer d’un capitalisme industriel à un capitalisme financier dans lequel il faut accepter la logique du marché mondial des capitaux. Ce sont les multinationales qui font fonctionner le marché mondial des capitaux, il faut leur permettre de développer le marché mondial et on a une idée aujourd’hui fondamentale, c’est que si le marché mondial croît, il y aura la croissance pour tout le monde.

Effectivement l’économie mondiale est plus riche qu’il y a 25 ans. Mais cette croissance ne profite pas à tout le monde. La France est 2,5 fois plus riche qu’en 80 mais il y a plus de pauvres et plus d’inégalités.

L’idée que la croissance permet de lutter contre les inégalités et les discriminations est fausse. Il faut que nous inversions notre manière de penser. Il faut commencer par lutter contre les discriminations et contre les inégalités pour construire un nouveau type de croissance, et non pas se laisser diriger par cette croissance liée au marché mondial.

Cette approche du codéveloppement n’avait plus de sens et dans les années 80/85 est née l’idée que le codéveloppement c’est la manière de faire participer les migrants en tant qu’acteurs du développement, c’est également reconnaître leur droit à la dignité. Le respect des droits individuels pour tous est une condition préalable qui ne peut pas se négocier et si on y subordonne la question du codéveloppement de politique étrangère, nous allons rentrer dans une régression.

La troisième idée est que le codéveloppement c’est la manière de maîtriser les flux migratoires. Cependant, le codéveloppement n’est pas une solution aux questions ni du développement, ni es migrations. La liaison entre développement et migration est une fausse évidence. Le discours sur les migrations se base sur de fausses évidences :

La première c’est qu’il faut fermer les frontières sinon ce sera l’invasion. Par exemple lorsque l’Espagne et le Portugal ont adhéré à l’Europe, on a retardé de trois ans la circulation des personnes parce que l’on avait peur de l’invasion puis qu’est-ce qui s’est passé ? Beaucoup de gens sont rentrés parce que comme le dit un spécialiste des banlieues « l’envie de rester est directement liée au droit de partir ». Si vous empêchez les gens de partir ils n’ont plus envie de rester et ils feront n’importe quoi pour partir. La deuxième c’est qu’il faut combattre les clandestins pour intégrer les réguliers. En fait c’est comme cela que l’on produit de plus en plus de clandestins. La troisième c’est le détournement de l’idée du codéveloppement.

L’Economie Sociale et Solidaire correspond à la fois à des valeurs, à des pratiques et à un mouvement. Ce qui nous intéresse ce n’est pas des pratiques innovantes dispersées mais c’est l’ESS en tant que mouvement qui s’inscrit dans la mondialisation aujourd’hui. Ce mouvement de l’ESS redéfinit ses valeurs et ses propositions autour de trois idées principales qui sont celles des forums sociaux mondiaux :

- La première idée c’est qu’il n’y a pas de fatalité. Quand on dit « un autre monde est possible » ce n’est pas une tautologie. Cette idée porte l’ESS : par définition elle dit « on peut faire autrement » et nous avons une expertise correspondante à ce que l’on veut faire.

- Deuxième idée : la convergence des mouvements. La co-existence et la confrontation entre les différents mouvements (paysan, syndical, féministe, consommateurs, l’Economie sociale et solidaire…) se traduit par un saut qualitatif pour chacun des mouvements.

- La troisième idée c’est que nous avons une alternative stratégique par rapport au

Néolibéralisme actuel, c’est l’accès aux droits pour tous. Construire une économie sur l’idée des droits c’est la définition de l’ESS.

L’ESS peut répondre à la contradiction entre développement et immigration à condition qu’elle se définisse comme une alternative qui expérimente et explore les nouveaux rapports actuels.

L’ESS, à condition qu’elle réaffirme sa nature peut donner des éléments y compris par rapport à la question de la migration, dans les pays et ici. Parce qu’on peut créer des entreprises pour répondre à la question de l’emploi, pour répondre à la question de ceux qui sont chassés par l’augmentation de la productivité des rapports traditionnels.

L’ESS doit participer à des politiques locales alternatives fondées sur l’accès aux droits. C’est en posant la question des politiques locales et du rôle de l’ESS dans les politiques locales que nous pourrons trouver des solutions, des réponses aux questions qui sont posées par la question des migrations.

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