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Associations et accès à l’habitat – Massiah et Tribillon – 3p – 13.04.2000 – Associations, habitat

Les associations et l’accès a l’habitat

Gustave Massiah et JF Tribillon
Mars 2000

 

Le rôle des associations dans l’accès au logement pour ceux qui en sont dépourvus ou qui sont mal logés est ancien. Il prend un sens nouveau avec la crise du logement social. 

En ce qui concerne le logement, le modèle d'accès qui a été efficace depuis l'après-seconde guerre mondiale jusque dans les années quatre-vingts, continue de faire référence. Ce modèle est lié à un modèle social, le "compromis de 1945" modifié en 1977, qui reposait sur l'industrialisation et la généralisation du salariat.

Les habitants quant à eux tentent de se débrouiller en jouant sur ce qu'ils peuvent ; pour résister, ils jouent sur la durée. La représentation du temps par les habitants est en complète discordance avec celle des entreprises (l’amortissement des investissements) et celle de l’Etat (le budget annuel et les échéances électorales). Pour les habitants, ce qui compte c’est la situation actuelle d’une part et l'enchaînement des générations de l’autre. D'où un décalage entre cet horizon immédiat (la « démerde ») et à très long terme et les solutions étatiques qui tendent à déconstruire les filières populaires informelles pour arriver à les faire entrer dans leur champ visuel et leurs procédures.

Pour résister et améliorer leur situation, les habitants s’organisent et créent des associations. Ils s’organisent pour lutter (syndicats, associations de locataires...), ils s’organisent pour expérimenter et faire (associations de solidarité, d’insertion, de développement), ils s’organisent pour accéder au pouvoir (partis, associations citoyennes).

Cette situation n’est pas nouvelle et n’est pas propre au logement. Elle se pose à tout mouvement porteur de transformations. Rappelons par exemple l’histoire du mouvement ouvrier et la difficile complémentarité entre les partis, les syndicats, les coopératives et les mutuelles.

Aujourd’hui, le mouvement associatif est confronté à trois contradictions majeures :  l'institutionnalisation qui entraîne les risques de substitution à des fonctions de l’état et d’instrumentation (le modèle administratif s’impose alors dans l’association) ;  la professionnalisation, la prestation de services et la subordination au marché (le modèle de référence est l'entreprise) ; l’interpellation, la revendication et la liaison au  mouvement social (le modèle syndical sert de référence). L’articulation entre ces trois tendances caractérise chaque association et détermine ses formes d’organisation.

Pour les associations qui interviennent dans le champ du logement, le débat porte sur la manière d’investir l'espace de la négociation, et de construire leur stratégie et la légitimité autour de questions fondamentales :

- Quel projet mettre en avant ? Améliorer le sort des exclus, ou éradiquer l'exclusion ? Pour cela, est-on capables d’imaginer un monde sans exclusion ?

- A qui s’intérer et quelles alliances envisager ? Les pauvres ou la société toute entière ? Les sans-logements ou les mal logés ? Faut-il lutter pour le droit de ceux qui n’ont pas un logement à y accéder ou pour le logement pour tous ? Le renforcement des liens avec des groupes d'habitants semble sur ce point une alliance stratégique à mener, la nécessité de privilégier les habitants en mouvement et leurs associations plutôt que les associations institutionnalisées.

- Quelles modalités démocratiques ? En quoi les associations sont-elles représentatives des questions de société ? Sont-elles porteuses de solutions nouvelles, de conceptions nouvelles, d’un modèle social nouveau ?

Les associations ont développé une nouvelle approche méthodologique de la connaissance, des rapports entre connaissance et demande et entre connaissance et action.

(nous reprenons, à partir de là, le rapport de l’atelier du Congrès de la FAPIL, en 1998, sur les associations et l’approche méthodologique de la connaissance).

L’observation de la demande dépend aussi de l’observateur et de ses représentations. Un exclu du logement n’est pas caractérisable en soi. D’autant que la distance de l’exclusion allonge la chaîne des interprètes et des truchements. La connaissance associative de la demande se veut une démarche partagée et une démarche qui privilégie l’écoute dans l’observation. La connaissance partagée est une construction de la demande à travers le travail d’accueil ; la logique d’accueil est une logique d’écoute.

L’association ne sélectionne pas, elle liste ; elle ne se contente pas de ce qui est représentatif, elle s’intéresse à tous ceux qui se manifestent et à tout ce qui est particulier. La première demande à respecter, c’est la volonté de ceux qui arrivent de se présenter, de s’exprimer, de dire, de faire voir qui ils sont. Ce qui en ressort, c’est la situation vécue, la caractérisation et l’expression de l’exclusion par le logement. Le travail en groupe permet d’appréhender la complexité, de suivre des parcours, des processus, des changements. Il donne les moyens d’échapper à l’autocensure de ceux qui n’ont pas les moyens ou l’habitude de s’exprimer. Le groupe ou l’association permet de dépasser l’individuation, la crainte de se mettre en avant dans son quartier.

Les associations constatent le déficit des observatoires publics mais n’entendent pas s’y substituer. Elles ressentent la nécessité d’élargir l’outil de connaissance par la prise en compte de la nature globale des besoins, et particulièrement du rapport entre le logement et le travail, par une approche globale du quartier.

Les rapports entre la connaissance et l’action ne sont pas séparables de la connaissance de la demande. La volonté affirmée à priori, est de connaître pour comprendre et de comprendre pour transformer. L’analyse de la situation se concrétise par une mise en situation qui traduit une mise en mouvement. L’attention portée à la dignité de la personne est fondée sur l’expression d’une volonté, celle qui est affirmée par les premiers intéressés de se considérer comme des sujets et les acteurs de leur devenir, de gagner leur autonomie. Cette démarche permet d’apercevoir les sorties possibles. La prise de conscience de l’existence de sorties possibles ouvre de nouvelles perspectives dans l’analyse des demandes. La prise en compte des finalités dans l’évaluation des situations permet de valoriser les situations. Une question est d’autant plus pertinente qu’elle sert à résoudre un problème

L’approche de la connaissance par les associations s’inscrit dans une démarche collective. La connaissance partagée, quand elle part du refus de l’exclusion, crée du lien social, des solidarités nouvelles et de la citoyenneté. L’appréciation de la demande est liée aux rapports entre droit et logement. On ne peut pas s’intéresser à la situation des ménages sans-droits ou aux droits limités sans se poser la question des droits et en précisant que l’accès aux droits n’est pas limité au droit au logement.

Partir de la légitimité de ceux qui sont exclus amène à relier connaissance et reconnaissance. Cette posture permet de changer la perspective de ceux qui sont regardés, de ceux qui regardent, de ceux qui décident. Quand un groupe se fait reconnaître comme une catégorie statistique, il est visible durablement, éligible aux décisions politiques et budgétaires. Appréhender la connaissance des besoins implique une interrogation sur les relais institutionnels qui seront en mesure d’assurer le traitement des demandes ; elle prépare l’interpellation des relais, l’identification des autres acteurs, la mobilisation des demandeurs et des autres acteurs. L’approche associative rompt avec la quiétude dans la connaissance.

La connaissance est une action, elle met en lumière et en évidence, elle demande une réponse, elle interpelle, fait prendre conscience. La parole associative s’appuie sur des acteurs et sur des publics et sur leurs paroles. La connaissance associative s’appuie sur les échanges et la capitalisation des expériences et des pratiques. La démarche permet d’accroître la connaissance à travers les actions et d’utiliser la connaissance pour lancer des actions. L’action permet de structurer l’expression de la demande. On ne peut pour autant reprocher à l’association de créer la demande en la faisant connaître. Les événements, y compris les événements provocateurs, mettent en évidence des situations, créent de nouvelles situations, ils ne sont pas à l’origine des demandes et des actions.

La spécificité de la démarche associative se nourrit de la perception des enjeux. La démarche pourrait comporter plusieurs étapes : analyser les situations, évaluer des réponses, imaginer des solutions nouvelles, négocier avec les pouvoirs publics.

L’analyse des situations implique la capacité de faire surgir une demande latente non liée à une offre. Il s’agit de prendre en compte le public potentiel en difficulté de logement. Cette approche s’appuie sur l’analyse de la transformation exclu/précaire. D’une façon générale, on voit mieux les exclus (RMI voire SDF) que les précaires (CDD ou mal logés). Il convient de faire un effort particulier appuyé sur des observations expérimentales pour mieux saisir la réalité du terrain, identifier les catégories et les individus concernés

Le fondement de l’approche associative est d’opposer une démarche d’insertion au processus d’exclusion. Elle implique la capacité à être présent sur les points chauds, à rendre visible les dysfonctionnements et les situations singulières. Evaluer les réponses consiste à relier le projet avec une approche plus globale. La connaissance recherchée est reliée à un territoire et à un projet. L’autonomie par le projet nécessite une connaissance liée à un processus continu et une interrogation particulière sur le rapport entre le projet, le logement et les autres aspects.

Le mouvement associatif affirme sa volonté d’être une force de proposition à partir de l’analyse. Imaginer des solutions nouvelles permet de lutter contre le positionnement des acteurs quand ils se satisfont de la situation, s’imaginent ne rien pouvoir faire. Il faut avoir alors la capacité de porter le débat et ne pas limiter la production de réponses à des propositions immobilières.

La relation entre institutions et associations est la question centrale. La lutte pour le droit commun pour tous implique la prise en compte de l’institution, le rapport à l’institution ne va pas sans danger pour l’autonomie des associations. Entrer dans un partenariat avec les institutions implique une attention particulière et sourcilleuse à la libre-parole et la capacité de conserver une capacité d’auto-saisine.

La connaissance est un enjeu de pouvoir. Il s’agit de faire reconnaître les situations par l’institution et aussi de faire partager le dispositif de connaissance et pas seulement les connaissances. La discussion porte sur la légitimité, le droit de produire des connaissances et de les faire reconnaître. Il convient aussi de mettre en discussion la déontologie qui s’attache aux outils techniques et à leur usage. L’approche thématique permet de placer des questions dans l’espace du débat ; l’approche qualitative de réinjecter du sens dans les statistiques.

Le mouvement associatif intervient parce que les autres, et particulièrement les pouvoirs économiques et politiques, ne le font pas ; et aussi parce qu’il a un point de vue particulier sur l’ensemble de ces questions.

Nous nous référons au travail avec la Fondation de l’Abbé Pierre, les Boutiques de solidarité, les PACT-ARIM, le DAL, la FAPIL.

Etudes ACT sur l’évaluation des boutiques de solidarité, sur les PACT-ARIM Travaux du Congrès de la FAPIL en 1998.

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