Migrations
Quelques pistes
Gustave Massiah
13-06-2016
Constats
Un monde sans migrant est un monde irréel. Dites- nous quelle est la situation des migrants dans votre société et nous pourrons vous dire dans quelle société vous êtes. Les migrants sont au cœur de toutes les contradictions. Les inégalités et la précarisation les frappent de plein fouet. Les idéologies sécuritaires construisent l’intolérance et mettent en danger les libertés et la démocratie. L’instrumentalisation du terrorisme accroît le racisme et la xénophobie. La bataille porte sur les valeurs, particulièrement sur l’égalité, face à la montée des formes répressives de pouvoir qui s’attaque en premier aux étrangers et aux migrants. Les migrants peuplent les prisons, les camps et les centres de rétention dans le monde. Nous assistons à un véritable apartheid planétaire.
Alors que la majorité des migrations concerne des flux Sud-Sud, les pays riches verrouillent leurs frontières. Mais les guerres, les catastrophes, les changements de régime se traduisent par des exodes massifs. Les migrations climatiques et environnementales vont induire des bouleversements d’une ampleur comparable à celle des migrations rurales des 19ème et 20ème siècles.
Cap à prendre
Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve (Holderlin). Dans chaque société, en même temps que le rejet des migrants, des contre-tendances s’affirment avec la présence forte des valeurs de l’accueil et de l’hospitalité et de multiples actions d’hospitalité et d’entraide locale, par exemple RESF.
Les migrants ne sont pas seulement subis ; ce sont des acteurs. Leurs pratiques ouvrent de nouvelles voies. Par exemple, les transferts de fonds envoyés à leur famille sont trois fois supérieurs à l’aide publique internationale au développement. Les flux arrivent dans les ménages les plus pauvres, sans "dérivation" par la corruption.
La reconnaissance des migrants et des migrations concrétise la multiculturalité à travers la manière dont chaque personne, chaque groupe, construit sa spécificité par ses identités multiples. Pour repenser le monde à son échelle et à celle de son histoire, les droits des migrants cherchent leur chemin dans les grandes révolutions en cours : celles des droits des femmes, des droits des peuples et de la décolonisation inachevée, de la rupture philosophique portée par l’écologie.
Principes à débattre
La dignité est le fondement de toutes les propositions. Les migrants doivent être reconnus comme acteurs de la transformation des sociétés de départ et d’accueil et comme acteurs de la transformation du monde
Le respect des droits des migrants s’inscrit dans le cadre du respect des droits de tous. Le droit des étrangers doit être fondé sur l’égalité des droits et non sur l’ordre public. La citoyenneté de résidence, qui implique l’élargissement du droit de vote, est un fondement démocratique.
La lutte contre toutes les formes de discrimination, de racisme et de xénophobie doit être au fondement des politiques publiques et appuyée sur le droit international.
Les rapports entre migrations et développement doivent être réexaminés. Le développement doit être défini à partir de l’accès aux droits pour tous. Les accords économiques entre pays ne peuvent pas servir de chantage pour le contrôle des migrations. Les migrations environnementales doivent être reconnues.
La liberté de circulation et d’établissement fait partie des droits fondamentaux. Les visas de courte durée doivent être assouplis, voire supprimés. La liberté d’établissement peut être encouragée par les accords régionaux et s’appuyer sur les citoyennetés régionales. A l’échelle internationale, la liberté d’établissement nécessite de progresser parallèlement à la protection sociale universelle.
La garantie du respect des droits des migrants doit être renforcée dans le droit international. Dans une première étape, la convention internationale pour les droits des migrants et de leurs familles doit être ratifiée.
