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Où est Attac où en sommes-nous ? – Attac – 2p – 25.12.2005 – ATTAC, situation

Où en est Attac ? Où en sommes-nous ?

Gustave Massiah
25-12-2005

Le problème, lorsqu'on vit un moment historique, c'est qu'on a tendance à utiliser les concepts forgés dans les périodes précédentes. On reprend les questions non réglées et on les réinterprète. Il nous faut donc prendre en compte les trois moments historiques précédents pour mieux évaluer celui-ci :

  • le moment des révolutions socialistes, de 1905-1920 avec ce qu'elles ont porté ;
  • le moment de la décolonisation ;
  • le moment de 1968-1971.

 

Par rapport à eux, la question mondiale (je préfère dire la question mondiale plutôt que la mondialisation) réinterroge l'articulation entre la question sociale et la question nationale et pose les outils et la manière de la transformation sociale. D'autre part, il existe un certain nombre de préoccupations de ce que pourrait porter le mouvement :

  • au quotidien
  • l'idée de réinventer le politique pour porter les droits
  • prise de conscience d'un système-monde planétaire avec ses limites (écologiques, scientifiques...).

Il faut resituer Attac dans ce mouvement historique et nous voulons y peser. On peut dire ça aujourd'hui car par rapport au début d'Attac il y a des hypothèses qu'on peut mettre en avant.

Sur les formes d'organisation d'Attac, comment Attac est-elle définie par ses organisations ? On a un mouvement nouveau car il combine plusieurs légitimités donc des difficultés à le faire fonctionner - même si certaines sont évitées.

  • d'abord il y a une légitimité "média", fondatrice (Lénine disait que 80% du parti, c'est le journal !). La conséquence c'est qu'Attac a une culture des média, il sait en parler et parler avec. C'est pourquoi la relation à l'opinion est aisée.
  • Il y a une légitimité des fondateurs : c'est évidemment à première vue celle d'un "cartel", d'un "front", mais jusqu'à aujourd'hui l'expression en France est négative. Là les membres fondateurs ont la conscience que chacun seul ne peut agir sur son contexte. Nos partenaires du Québec, Alternatives, ont une belle expression pour en parler : ils disent "quand on fait un front, on ne fait pas un mariage, on fait un enfant". Ils suggèrent ainsi qu'il s'agit d'une nouvelle manière d'envisager les relations bien qu'il existe des difficultés et des tensions !
  • Il y a aussi une légitimité des comités, qui est celle d'association. Elle est particulière, et son fonctionnement se fait entre le système associatif et le centralisme démocratique. Il y a donc ici des difficultés à coexister avec d'autres légitimités, il faut en tenir compte mais arriver à les dépasser. D'une certaine façon les partis politiques sont des associations : cela signifie simplement qu'ils n'ont pas le monopole du politique.
  • Attac comme mouvement populaire : c'est l'une des manières de faire de la politique aujourd'hui, et cela permet de dépasser la délégation.
  • Le conseil scientifique, il a une capacité à mobiliser la communauté intellectuelle, et c'est considérable pour un mouvement.
  • Internet : il s'agit là d'une nouvelle culture. Laurent Jésover a réellement innové car il a permis une manière de réfléchir en temps réel et au niveau mondial. Cela est innovant (même si on sait qu'il faut faire attention à l'exclusion que peut générer l'internet). Ce qui a été formidable de ce point de vue là, c'est la mutualisation sur internet : pensez qu'Attac est parvenu à mobiliser 740 traducteurs et combien cela apporte !
  • La capacité de mobilisation et de manifestation enfin est un élément déterminant pour les sept autres légitimités.

 

Tous les mouvements historiques s'arrêtent un jour - en tous cas les deux que j'ai déjà pu connaître dans ma vie, ceux de la décolonisation et de 1968, se sont arrêtés. Celui-ci aussi peut s'arrêter !

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