Agritecture en Chine

Photo de Tim Franco
Cette image met en scène les rapports entre villes et campagnes, l’opposition entre le rural et l’urbain. Elle fait partie d’un reportage qui s’intitule agritecture. Une manière de camper une nouvelle forme d’architecture. Il ne s’agit pas de la recherche d’une agriculture urbaine qui serait une reconquête dans le tissu urbain, une manière de réintroduire des plantations dans les vides et les interstices de la ville. Ce porteur de racines, enraciné au pied des tours, souligne le paradoxe et la brutalité d’une juxtaposition de contraires. Les tours viennent d’atterrir sur une autre planète. Sans se soucier de ce qui vit à ras de terre, dans les herbes. Ou alors, les tours ont poussé dans les campagnes, dans les racines et dans les ronces ; comme de nouvelles plantations arrosées par des pluies de capitaux.
Voilà un résumé d’un pan de l’histoire longue de la Chine, de ses permanences et de ses bouleversements. La Chine est lancée dans une transition contradictoire, aux multiples facettes. La Chine manque cruellement de terres par rapport à sa population. Elle compte 22% de la population mondiale mais moins de 10% des terres arables sur la planète, dont 1/5 gravement polluées. La moitié de la population est encore rurale, la population urbaine devrait atteindre 70% en 2030, dans quinze ans.
Les communes populaires et la chine urbaine sont deux faces de la transition chinoise. Ces tours hors-sol ne sont qu’une caricature de ville. La ville chinoise, ce sont les rues qui séparent et réunissent, ce sont les places qui campent l’espace public. La société chinoise est vivante et contradictoire. Plus de cent-mille manifestations, grèves et luttes en témoignent chaque année.
Le capitalisme s’étend en Chine. Au début du 20ème siècle, Max Weber liait l’émergence du capitalisme à une forme de rationalisation, à la bureaucratie et à la ville. David Harvey nous rappelle que l’espace urbain n’est pas un simple décor. Il modèle un ordre social, produit des modes de vie, nourrit les imaginaires politiques. La Chine cherche son avenir dans le capitalisme. Elle a choisi de se désengager de la quotidienneté mais elle a accentué les inégalités sociales, les inégalités multiples. Va-t-elle suivre la pente ou, à partir d’un sursaut, explorer de nouvelles voies.
Gustave Massiah
5 juin 2014
