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Regards Kaboul – 1p – 10.08.2014 – Résistances

Un manège à Kaboul

 

Un manège à Kaboul

Un manège à Kaboul ! Une parenthèse ! Un tournant ! Autour de ce manège, dans ce parc d’attractions sommaire, se retrouve une famille élargie afghane bientôt dispersée par la guerre au gré des routes des migrations. Omari y a amené sa fille, Bahara, qui a deux ans. C’est dans cette famille, avec ses grands-parents, ses tantes et ses oncles, ses cousins que Bahara a vécu. Ce sont ces familles qui forment la société afghane et lui donnent ses capacités de résistance. Omari vient chercher Bahara pour retrouver sa femme et ses deux premiers enfants arrivés à Argenteuil il y a un an. Dix ans depuis le début de son exil en France et un entêtement de tous les jours pour réussir ce regroupement familial !

Omari est revenu en Afghanistan pour la première fois depuis dix ans. Il s’était battu avec celui qu’on appelait le commandant Massoud, assassiné en septembre 2001, qui rêvait dans sa vallée du Pandjchir, dans les montagnes patchounes, d’un islam apaisé et d’un Afghanistan libéré des talibans. Et libéré de tous ceux qui venaient libérer les Afghans des talibans. Des russes, des américains, des pakistanais, des européens, français compris. Et des Afghans corrompus qui ont su en profiter pour s’enrichir avant de négocier avec les talibans. Massoud qui refusait que les Afghans soient les pions d’un poker mondial et qui avait compris qu’aucune armée étrangère ne pouvait convaincre et donc ne pouvait vaincre. Des armées étrangères successives qui, faute de victoire, jouent la déstabilisation et la destruction pour démontrer qu’on ne leur résiste pas impunément.

Bahara gardera-t-elle un souvenir, une image de ce manège ? La voilà lancée dans un monde ouvert, un monde que les frontières ne peuvent plus juguler et où elles ne servent plus à protéger. Dans quelle France vivra-t-elle ? Quelle France connaîtra-t-elle ? Celle du droit d’asile accordé à son père ou celle des discriminations et des rejets. Une France qui saura l’accueillir ou une France peureuse et agressive, craintive de son avenir. Le droit d’asile chichement accordé et régulièrement remis en cause a largement participé à l’identité française. Ce qui est en jeu, c’est autant l’avenir de Bahara que celui de la France.

15 août 2014
Gustave Massiah

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